Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le martinet noir

Alors qu’il affectionnait les falaises pour nicher, le martinet noir s’est tellement adapté à la présence humaine qu’il ne nidifie pratiquement plus que dans nos bâtiments. Ce mode de vie adapté à notre présence nous donne de facto une responsabilité ! Il est donc grand temps d’en apprendre plus sur cet animal stupéfiant, si proche de nous.

Rédigé par , le 14 Jun 2026, à 15 h 39 min
Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le martinet noir
Précédent

Le martinet noir, ou Apus apus, est souvent confondu avec l’hirondelle. Pourtant, cet oiseau migrateur appartient à une autre famille, celle des Apodidés. Son nom scientifique évoque ses pattes très courtes, car le martinet passe l’essentiel de sa vie dans les airs. Il y chasse, s’accouple, migre et peut même dormir en vol.

Le martinet noir, un oiseau taillé pour le ciel

Avec environ 16 à 17 cm de long et une envergure de 42 à 48 cm, le martinet noir se distingue facilement des hirondelles lorsqu’on prend le temps de l’observer. Ses ailes longues, étroites et arquées forment une silhouette en faucille. Son plumage paraît presque entièrement sombre, avec seulement une petite zone plus claire sous la gorge.

Contrairement aux hirondelles, il ne se pose presque jamais sur les fils électriques. Il passe la majorité de sa vie en vol, sauf au moment de la nidification. C’est d’ailleurs l’un des oiseaux les plus impressionnants à observer en ville, lorsqu’il file entre les immeubles en poussant ses cris stridents.

Le martinet noir se nourrit d’insectes capturés en plein vol. Moucherons, moustiques, petits coléoptères et autres insectes aériens composent son menu. Il joue donc un rôle discret mais utile dans les écosystèmes urbains.

Originellement lié aux falaises et aux cavités naturelles, le martinet noir s’est très bien adapté aux bâtiments. Il niche aujourd’hui souvent sous les toits, dans les fissures, les trous de murs, les corniches ou les anfractuosités situées en hauteur. Toutefois, il ne construit pas de grand nid visible comme les hirondelles. Il aménage plutôt une cavité déjà existante.

Martinet noir en vol dans le ciel

En vol, toujours en vol : le martinet noir passe l’essentiel de sa vie dans les airs – © Sokolov Alexey

Lire aussi : Pourquoi et comment nourrir les oiseaux en hiver ?

Pourquoi le martinet noir est-il si particulier ?

Le martinet noir est un champion du vol. Il peut voler très vite, réaliser des virages serrés et se faufiler entre les bâtiments avec une précision étonnante. Son corps fuselé et ses ailes longues lui permettent de planer, d’accélérer et de changer brusquement de trajectoire.

Observer un martinet noir en vol donne parfois l’impression qu’il va percuter un mur. Pourtant, il freine au dernier moment avec une maîtrise spectaculaire. Ses arrivées près des sites de nidification sont souvent impressionnantes, surtout dans les rues étroites où les colonies sont installées.

Ses pattes, en revanche, sont très courtes. Elles lui permettent surtout de s’accrocher à une paroi ou à l’entrée d’une cavité. Le sol n’est donc pas son élément. Un martinet trouvé à terre est presque toujours en difficulté. Il peut être blessé, épuisé, déshydraté ou trop jeune pour repartir.

Chez les jeunes martinets, le premier envol est décisif. Une fois partis du nid, ils peuvent passer de très longues périodes sans se poser. Ils ne reviendront généralement sur un site de nidification qu’à l’âge adulte, après plusieurs années de vie aérienne.

Autre particularité fascinante : le martinet noir peut dormir en vol. Le soir, il prend de l’altitude, puis plane une partie de la nuit. Cette adaptation exceptionnelle illustre à quel point cette espèce dépend du ciel.

Ce qu’il faut retenir

  • Le martinet noir n’est pas une hirondelle.
  • Il passe presque toute sa vie en vol.
  • Il niche souvent dans les cavités des bâtiments.
  • Un martinet au sol est généralement un oiseau en détresse.
  • Ses sites de nidification sont menacés par les rénovations du bâti.

Le martinet noir est-il menacé ?

Le martinet noir reste classé en « préoccupation mineure » à l’échelle mondiale. Cela signifie que l’espèce n’est pas considérée comme menacée d’extinction à court terme. Pour autant, la situation mérite d’être surveillée. Dans plusieurs pays européens, les effectifs déclinent, notamment en raison de la disparition des cavités de nidification et de la baisse des insectes.

En France, le martinet noir est aussi concerné par les transformations rapides du bâti. Les vieux murs, les corniches, les avant-toits et les fissures dans lesquels il nichait disparaissent peu à peu. Or, cet oiseau revient volontiers au même site de nidification d’une année sur l’autre. Lorsque l’accès est bouché, toute une colonie peut être privée de reproduction.

Les menaces qui pèsent sur le martinet noir

La disparition des sites de nidification

La principale menace pour le martinet noir en ville reste la disparition des cavités. Les constructions récentes sont souvent lisses, hermétiques et dépourvues d’anfractuosités. Quant aux bâtiments anciens, ils sont régulièrement rénovés, isolés ou ravalés sans diagnostic préalable de la faune présente.

La rénovation énergétique est indispensable pour réduire les consommations d’énergie. Mais elle doit être pensée avec la biodiversité du bâti. Boucher une cavité utilisée par des martinets peut supprimer un site de nidification. C’est d’autant plus dommage qu’il existe des solutions simples : conserver les ouvertures utiles, adapter le calendrier des travaux ou installer des nichoirs à martinets.

En France, les martinets sont des espèces protégées. Il ne faut donc pas détruire ou obstruer leurs sites de nidification sans respecter la réglementation. En cas de doute avant des travaux, mieux vaut contacter une association naturaliste locale, la LPO ou les services compétents.

La baisse des insectes

Le martinet noir se nourrit presque exclusivement d’insectes capturés en vol. La diminution des populations d’insectes est donc une menace sérieuse. Elle peut être liée à plusieurs facteurs : pesticides, artificialisation des sols, raréfaction des prairies fleuries, éclairage nocturne excessif ou simplification des paysages.

Moins d’insectes signifie moins de nourriture pour les adultes, mais aussi pour les poussins. Pendant la période de reproduction, les parents doivent multiplier les allers-retours pour nourrir les jeunes. Lorsque les ressources se raréfient, l’élevage des nichées devient plus difficile.

Les épisodes de chaleur et les aléas météo

Les canicules peuvent aussi mettre les martinets en difficulté, surtout les jeunes encore au nid. Sous les toits, la chaleur peut devenir étouffante. Certains poussins tombent alors au sol en tentant d’échapper à la surchauffe.

Les conditions météo influencent également la disponibilité des insectes. Une longue période froide, pluvieuse ou venteuse peut réduire brutalement les ressources alimentaires. Pendant la migration, les tempêtes et les fortes perturbations peuvent aussi compliquer les trajets.

Que faire si vous trouvez un martinet au sol ?

Un martinet noir posé au sol n’est pas dans une situation normale. Il ne faut surtout pas le lancer en l’air pour « l’aider » à repartir. Ce geste peut aggraver une blessure ou provoquer une chute.

La première chose à faire est de le mettre en sécurité. Placez-le délicatement dans un carton fermé, aéré et tapissé d’un tissu propre. Gardez-le au calme, à l’abri des enfants, des animaux domestiques et de la chaleur. Ne lui donnez ni pain, ni lait, ni graines. Évitez aussi de lui faire boire de force, car cela peut être dangereux.

Contactez ensuite rapidement un centre de soins pour la faune sauvage, la LPO, SOS Martinets ou une association locale compétente. Ces structures sauront vous indiquer la bonne conduite à tenir selon l’état de l’oiseau.

Jeune martinet noir recueilli avec précaution

Un martinet noir trouvé au sol doit être confié rapidement à une structure compétente – © Sashko Tkachenko

Comment aider les martinets noirs près de chez soi ?

La première aide consiste à préserver leurs sites de nidification. Si des martinets nichent sous un toit ou dans une façade, il faut éviter les travaux pendant la période de reproduction. Celle-ci s’étend généralement du printemps au coeur de l’été, avec des variations selon les régions et la météo.

Lors de travaux de rénovation, il est possible d’intégrer des nichoirs spécifiques dans les façades ou sous les avant-toits. Ces nichoirs doivent être placés en hauteur, avec un accès dégagé. Le martinet étant fidèle à ses sites, il peut mettre du temps à adopter un nouvel emplacement. La patience est donc indispensable.

Au jardin ou sur un balcon, on peut aussi favoriser les insectes. Plantez des fleurs mellifères, bannissez les pesticides, laissez quelques zones plus sauvages et limitez l’éclairage nocturne inutile. Ces gestes profitent aux martinets, mais aussi aux hirondelles, chauves-souris, pollinisateurs et autres alliés de la biodiversité.

Comme pour toute biodiversité ordinaire, l’observation et la transmission comptent. Parler des martinets aux enfants, signaler les colonies, participer aux inventaires naturalistes et soutenir les associations de protection de la faune sont autant de moyens d’agir.

Conseil pratique : si vous voyez des martinets entrer régulièrement sous un toit ou dans une fissure de façade, notez l’emplacement. Cette information peut être précieuse avant un ravalement, une isolation extérieure ou une rénovation de toiture.

À lire aussi : Pour aider les oiseaux, installez des nichoirs !

Article mis à jour



Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis