Les jeunes ne rêvent plus d’avoir une voiture

La voiture aura-t-elle à l’avenir la même place dans l’imaginaire, et sur nos routes, que pour les générations précédentes ? Apparemment non, selon une enquête menée auprès des jeunes de 16 à 35 ans.

Rédigé par Stephen Boucher, le 25 Sep 2016, à 15 h 29 min

Le mythe de la voiture individuelle, qui apporte la liberté et marque le passage à l’âge adulte aurait-il fait son temps ? Le nombre global de détenteurs du permis de conduire n’a jamais cessé d’augmenter au sein des pays de l’OCDE, Japon, États-Unis, Australie, Canada, Suède, Grande-Bretagne, Allemagne, France… Et pourtant, on constate une rupture chez les jeunes depuis les années 2000 : les jeunes de 30 ans et moins sont de moins en moins nombreux à passer le permis de conduire.(1)

Les jeunes ne se précipitent plus pour passer le permis de conduire

C’est pour mieux comprendre ces évolutions que le think tank de la mobilité Forum Vies Mobiles, soutenu par SNCF, a enquêté auprès de jeunes de 16 à 35 ans au sein de la deuxième région de France, Auvergne-Rhône-Alpes, en particulier dans les deux principales villes de cette région, Lyon et Grenoble. Cette enquête dévoile les nouveaux comportements des jeunes Français envers la voiture.

L’enquête confirme les tendances constatées par ailleurs.

Alors qu’au niveau national, le nombre de jeunes détenant le permis a baissé de 9 % chez les 18-30 ans entre 1993 et 2008, la tendance se confirme, voire s’amplifie ces dernières années à Lyon et Grenoble. Notamment, dans cette dernière ville, on constate -14 % de détenteurs du permis chez les hommes chez les 18-25 ans et -10 % chez les femmes entre 2002 et 2010.

La part de personnes ne possédant pas de voiture explose

L’enquête montre aussi qu’une part croissante de jeunes n’a pas de voiture, mais ne dit pas s’il s’agit là d’un effet avant tout de priorité et choix, ou de contrainte, économique notamment, même si l’effet, peut-on constater, se fait sentir depuis de nombreuses années, et avant la crise financière de 2008. À Lyon, la part des ménages non équipés augmentait ainsi de 20 % chez les 18-24 ans, +67 % chez les 25-29 ans et +45 % chez les 30-34 ans entre 1995 et 2006. Tandis qu’à Grenoble, la part des ménages non équipés chez les 16-34 ans augmentait quasi de moitié entre 2002 et 2010 (+46 %).

C’est également l’interprétation du Forum Vies Mobiles, qui constate « qu’il ne s’agit pas uniquement d’une réponse à des problèmes conjoncturels de financement (du permis, de l’achat de la voiture et de son utilisation). Le passage du permis de conduire et l’acquisition d’une voiture perdent leur statut de rite de passage à l’âge adulte et de vecteur d’autonomie, excepté pour certaines jeunes femmes d’origine modeste qui les considèrent comme un outil d’émancipation. »

Report de modalité sur les transports doux

Conséquence logique des deux premières tendances : on assiste en France à une baisse des déplacements en voiture de 10 %, tous âges confondus. Ce phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes : 17 % à Grenoble par exemple pour les jeunes hommes et 14 % chez les jeunes femmes (2002-2010).

mobilité voiture vélo jeunes

Bien entendu, la demande de mobilité est toujours forte, et le report se fait donc avant tout sur les transports en commun et le vélo. Utilisée moins automatiquement, la voiture est ainsi intégrée à un panel de solutions de mobilité entre lesquelles les jeunes font des arbitrages. L’importance de l’offre de transport en commun et dans une moindre mesure, des services de mobilité (vélos en libre-service…), influence le choix du mode de déplacement.

Cette étude confirmerait donc que « le tout-automobile est bel et bien derrière nous », selon Sylvie Landriève, co-directrice du Forum Vies Mobiles, qui ajoute : « Avec cette étude, on constate que le rapport que les jeunes entretiennent à la voiture change depuis les années 2000. Centrée sur Lyon et Grenoble, cette enquête met en lumière un mouvement de fond au sein des pays occidentaux où la voiture, longtemps objet de fantasme, symbole de liberté, change de statut. Et cela se traduit dans les pratiques. C’est un indicateur fort pour imaginer ce que pourraient être nos mobilités dans les années à venir, de nature à encourager les politiques visant à réduire la place de la voiture en ville. »

La voiture n’est plus une priorité pour les jeunes des centres-villes

La baisse du passage du permis chez les jeunes traduit un changement profond du rapport à l’automobile. D’autres expériences, comme les voyages à l’étranger, tendent à jouer le rôle de rite de passage à l’âge adulte.

Désormais, le permis est avant tout vu comme une compétence, un diplôme, qu’il est utile d’avoir – à indiquer sur le CV par exemple – mais qu’on n’utilise pas forcément, surtout quand on habite en centre-ville où les alternatives sont nombreuses pour se déplacer. D’ailleurs, on passe le permis quand on en a le temps et les moyens, la priorité étant généralement donnée aux études.

Tiana, 23 ans témoigne ainsi dans l’étude : « Passer le permis, mes parents me l’ont imposé. Ils m’ont dit que c’était nécessaire pour plus tard, que le jour où j’en aurais besoin, je l’aurais. »

Si cette tendance est moindre en dehors des villes-centres, où l’usage de la voiture est souvent incontournable, et n’est pas le reflet des générations plus âgées, toujours accros à leurs véhicules, il semble bien que nous assistions à un changement d’ère : la voiture ne fait plus autant rêver. Objet utilitaire, peu investie de symbolique, elle est même de plus en plus perçue comme une contrainte. Pour Anaïs, 22 ans, également citée par l’étude : « C’est horrible de conduire en ville ! Il faut trouver une place, tout est payant… c’est plus une contrainte qu’autre chose. Pour moi, ce n’est pas l’indépendance la voiture, en fait. »

C’est sur ce terreau que la voiture autonome pourra probablement conquérir de nouveaux comportements et, espérons, permettre une plus grande fluidité des trafics urbains et moindre emprise dans l’espace public.

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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

3 commentaires Donnez votre avis
  1. Quel boulet cette voiture! Mais comment faire autrement quand on vit à la campagne et que, parce qu’elle a existé, tous les autres moyens de transport ont quasi disparu?

  2. Marrante la conclusion. Tout un article pour expliquer que les jeunes se détachent de la voiture et par quoi finit -il ? par la voiture, autonome pour ne pas faire trop ringuard. Je ne sais quel âge a le rédacteur mais il a du mal à penser l’avenir sans la voiture.

  3. Que c’est super d’habiter en ville, tellement de problèmes pour garer la voiture, il faut s’en passer car avec les transports en « communs »!!!
    A la campagne nous avons de la place, une voiture pour nous rendre en ville ou à la plage la plus proche, aller aux champignons, faire nos courses en ville d’où les voitures ont disparues, ça en devient un bonheur que d’avoir sa voiture car que ferait on sans voiture, rien. 2ème degré.

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