L’un des plus grands icebergs de mémoire humaine se détache de l’Antarctique

Imaginez qu’un bout de la France de la taille de la Creuse se détache du fait du réchauffement climatique. C’est en quelque sorte ce qui vient de se passer aujourd’hui : un iceberg de 1.000 milliards de tonnes, de 200 mètres de haut et d’une surface de 5.800 km2 vient de se séparer du continent Antarctique. C’est l’un des plus grands icebergs jamais observé.

Rédigé par Stephen Boucher, le 12 Jul 2017, à 19 h 29 min

Ca y est : les scientifiques du projet MIDAS rapportent qu’entre lundi 10 et mercredi 12 juillet l’immense iceberg s’est finalement détaché de la plateforme de glace Larsen C. Ils l’anticipaient, après des mois d’observation grâce à des satellites européens. Si ce décrochage modifie pour toujours la carte du continent, l’iceberg n’aura pas d’effet immédiat sur le niveau des océans, car il reposait déjà sur l’eau.

Vérifié avec les satellites de la NASA capables de voir au travers de la couche nuageuse et malgré l’obscurité hivernale propre à l’hiver austral, le vide laissé par ce décrochage sera en partie comblé. Toutefois, les scientifiques anticipent que la glace qui le remplacera sera moins stable, du fait du réchauffement climatique, particulièrement perceptible aux pôles. C’est ce qui avait été constaté après une disparition similaire, en 2002.

plateforme larsen

Les chercheurs du projet MIDAS surveillent la faille dans Larsen C depuis de nombreuses années, suite à l’effondrement de la plateforme de glace Larsen A en 1995 et à la rupture soudaine de la plateforme Larsen B en 2002.

Les icebergs et la changement climatique

Le professeur Adrian Luckman, de l’Université de Swansea, chercheur principal du projet MIDAS, déclare : « Cet iceberg est l’un des plus grands jamais enregistrés et ses évolutions futures sont difficiles à prévoir. Il peut rester en un seul morceau, mais il est plus probable qu’il se brise en fragments. Une partie de la glace peut rester dans la région pendant des décennies, tandis que certaines parties de l’iceberg peuvent dériver vers le nord dans des eaux plus chaudes ». Y compris en travers des routes maritimes.

faille larsen C

Sur cette image, la faille présidant à la séparation de la plateforme de glace est bien visible ©NASA ICE (PIG rift) [CC BY 2.0], via Wikimedia Commons

Son collègue Dr Martin O’Leary, glaciologue de l’Université de Swansea et membre de l’équipe de projet de MIDAS, précise : « Bien qu’il s’agisse d’un événement naturel, et que nous ne soyons certains d’aucun lien avec le changement climatique provoqué par l’homme, cela met la plateforme glacière dans une position très vulnérable. Le front de glace n’a jamais autant reculé dans l’histoire connue. Nous allons surveiller très attentivement les signes indiquant que le reste de la plateforme deviendrait instable ».

Pr Adrian Luckman ajoute que la plateforme de glace pourrait progressivement régresser dans les années à venir : « Nos modèles prédisent que la plateforme sera moins stable, mais tout effondrement futur se produira dans plusieurs années ou décennies ».

Ce nouvel iceberg n’élèvera pas immédiatement le niveau de la mer. Toutefois, si la plateforme venait à perdre encore en superficie, cela pourrait amener le détachement et la fonte d’autres icebergs. Cette glace non flottante aurait un impact éventuel sur le niveau de la mer, mais seulement à un taux très modéré, estiment les scientifiques(1).

Illustration bannière : fonte du glacier de la plateforme Larsen B en Antarctique © Shutterstock
Références :
  • Projet MIDAS, programme de recherche britannique sur l’Antarctique
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Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

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