Dans la famille biodiversité ordinaire, protégeons le grillon
On croit le grillon banal parce qu’on l’entend chaque été. Pourtant, cet insecte discret révèle beaucoup de l’état de nos jardins, prairies et sols vivants.

Le grillon appartient à la grande famille des insectes orthoptères, comme les criquets et les sauterelles. Sous le mot « grillon », on regroupe pourtant des espèces très différentes. En France métropolitaine, on recense aujourd’hui près d’une trentaine d’espèces de grillons au sens large. Autrement dit, dire « les grillons », c’est un peu comme dire « les oiseaux » pour parler de tout ce qui a des plumes.
Discret, souvent entendu avant d’être vu, le grillon fait partie de cette biodiversité ordinaire que l’on oublie trop vite. Pourtant, son chant accompagne nos soirées chaudes, nos jardins, les talus ensoleillés et les prairies. Prenons donc le temps de mieux connaître cet insecte familier, inoffensif et précieux pour les écosystèmes.
Ce qu’il faut retenir
- Le grillon est un insecte orthoptère, proche des criquets et des sauterelles.
- La France métropolitaine compte environ 29 espèces de grillons au sens large.
- Le chant du grillon est produit par les mâles, qui frottent leurs ailes antérieures.
- Les grillons ne sont pas dangereux pour l’homme et jouent un rôle dans la chaîne alimentaire.
- Leur avenir dépend surtout de la préservation des prairies, talus, haies et jardins sans pesticides.
Le grillon, l’insecte qui stridule dans les soirées chaudes
Comme tous les insectes, le grillon possède six pattes. Ses pattes arrière sont puissantes et adaptées au saut. Ses longues antennes lui permettent d’explorer son environnement, de détecter les obstacles et de communiquer.
La plupart des grillons apprécient les milieux chauds, secs ou bien exposés. On les rencontre dans les pelouses naturelles, les prairies maigres, les talus, les bords de chemins, les friches et certains jardins.
Le grillon champêtre, ou Gryllus campestris, est l’un des plus connus. Les adultes sont surtout visibles au printemps et au début de l’été. Les mâles chantent souvent à l’entrée de leur terrier, notamment lorsque la température est douce.

Le grillon dangereux ? Ici, un Gryllus campestris, aussi mignon qu’inoffensif © Sabine Seiter_sh
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Chez certaines espèces, les grillons creusent des galeries dans le sol. Elles servent de refuge, de lieu d’hivernage ou de poste de chant. Chez le grillon champêtre, le terrier peut atteindre plusieurs centimètres de profondeur.
La femelle pond ses oeufs dans le sol grâce à un long organe appelé oviscapte. Chez le grillon champêtre, la ponte peut atteindre plusieurs centaines d’oeufs. Ce nombre compense la forte prédation naturelle.
Car le grillon est aussi une proie importante. Oiseaux, amphibiens, lézards, araignées et petits mammifères insectivores s’en nourrissent. À sa manière, il participe donc à l’équilibre du vivant.
Pourquoi le grillon chante-t-il ?
Le chant du grillon s’appelle la stridulation. Contrairement à une idée reçue, il ne chante pas avec sa bouche. Le mâle produit ce son en frottant ses ailes antérieures, aussi appelées élytres.
Ce « xsss xsss xsss » régulier sert surtout à attirer les femelles. Il peut aussi jouer un rôle dans la défense d’un territoire ou dans les interactions entre mâles.
Chez certaines espèces, les sons sont très codés. Intensité, rythme et fréquence peuvent varier selon le message. Pour nous, il s’agit d’un simple bruit d’été. Pour le grillon, c’est un véritable outil de communication.
Les ailes des grillons ont donc acquis une fonction étonnante. Chez beaucoup d’espèces, elles servent moins à voler qu’à produire des sons. Certaines espèces volent peu, voire pas du tout, ce qui limite leur capacité à se disperser.
Grillon, criquet, sauterelle : comment les différencier ?
Il est facile de confondre ces trois insectes. Ils appartiennent tous au groupe des orthoptères, mais plusieurs indices permettent de les distinguer.
- Le grillon a souvent un corps trapu, sombre et aplati, avec de longues antennes.
- Le criquet possède des antennes plus courtes et vit souvent dans les milieux ouverts.
- La sauterelle a de longues antennes et un corps souvent plus allongé.
Autre différence utile : le grillon est souvent plus discret. On l’entend avant de l’apercevoir. Le criquet, lui, bondit plus volontiers dans les herbes lorsque l’on marche dans une prairie.
Le grillon est-il dangereux ?
Non, le grillon n’est pas dangereux pour l’homme. Il ne pique pas, ne mord pas en situation normale et ne transmet pas de maladie connue dans nos jardins.
Dans une maison, un grillon isolé peut simplement surprendre par son chant. Il cherche généralement chaleur, abri ou nourriture. Mieux vaut le capturer doucement avec un verre et le relâcher dehors.
Au jardin, il n’est pas nécessaire de le considérer comme un nuisible. Quelques dégâts ponctuels peuvent exister sur de jeunes pousses, selon les espèces et les contextes. Mais, dans un jardin équilibré, le grillon reste surtout un maillon du vivant.
Les menaces qui pèsent sur les grillons
Les populations de grillons ne se portent pas toutes de la même manière. Certaines espèces restent communes. D’autres dépendent de milieux très particuliers et deviennent vulnérables lorsque ces habitats disparaissent.
Les données régionales sur les orthoptères montrent une réalité préoccupante. En Île-de-France, par exemple, près d’un quart des espèces de criquets, sauterelles et grillons évaluées sont considérées comme menacées ou disparues régionalement.
La disparition des prairies et des sols vivants
La première menace reste la destruction des habitats. Artificialisation des sols, routes, lotissements, zones commerciales et agriculture intensive réduisent les espaces favorables aux grillons.
Les prairies naturelles, les talus enherbés, les pelouses sèches et les friches sont souvent vus comme des zones « inutiles ». Pourtant, ces milieux abritent une faune très riche, dont de nombreux insectes.
La France s’est fixé un objectif de zéro artificialisation nette des sols en 2050. Mais sur le terrain, la préservation des petits milieux ordinaires reste un enjeu quotidien.
La fragmentation des paysages
Les grillons ont souvent une faible capacité de dispersion. Lorsqu’ils volent peu ou pas, ils dépendent fortement de la continuité des habitats.
Un talus isolé au milieu d’une grande culture, une prairie coupée par une route ou un jardin entouré de surfaces bétonnées deviennent vite des îlots. Les populations s’y retrouvent séparées les unes des autres.
À long terme, cette fragmentation réduit les échanges entre individus. Elle rend aussi les populations plus fragiles face aux sécheresses, aux travaux ou aux changements de gestion.
Les pesticides et les tontes trop fréquentes
Les pesticides ne touchent pas seulement les ravageurs ciblés. Ils affectent aussi de nombreux insectes non problématiques. Les grillons peuvent être exposés directement ou indirectement.
Les tontes trop rases posent un autre problème. Une pelouse coupée très court offre peu d’abris, peu de nourriture et peu de zones de reproduction. Pour un grillon, c’est presque un désert.
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Comment aider les grillons dans son jardin ?
Bonne nouvelle : aider les grillons ne demande ni installation coûteuse, ni grands travaux. Il suffit souvent de laisser un peu de place au sauvage.
Dans un jardin, un balcon végétalisé ou une cour, plusieurs gestes simples peuvent favoriser les grillons et d’autres insectes.
- Tondez moins souvent et gardez une zone d’herbes hautes.
- Laissez un petit talus, une bordure ou un coin sec sans intervention.
- Évitez les pesticides et les anti-insectes polyvalents.
- Gardez quelques feuilles mortes, pierres ou morceaux de bois au sol.
- Plantez une haie variée avec des essences locales.
- Limitez l’éclairage extérieur la nuit, surtout en été.
- Évitez de retourner toute la terre en profondeur à chaque saison.
Ces gestes profitent aussi aux abeilles sauvages, aux papillons, aux araignées, aux hérissons et aux oiseaux. Un jardin vivant n’est pas un jardin abandonné. C’est un espace mieux partagé.
Un mini-refuge à grillons à faire soi-même
Pour créer un coin accueillant, choisissez une zone calme, bien exposée et peu piétinée. Laissez-y pousser l’herbe plus haut que sur le reste de la pelouse.
Ajoutez quelques pierres plates, un petit tas de bois mort et une zone de terre nue. N’arrosez pas trop. Les grillons apprécient souvent les milieux chauds, secs et structurés.
Ensuite, observez. Le soir ou par temps doux, tendez l’oreille. Si un grillon s’installe, vous l’entendrez probablement avant de le voir.
Observer les grillons, une porte d’entrée vers la biodiversité ordinaire
Les grillons méritent d’être mieux connus. Il est toujours plus facile de laisser disparaître une espèce lorsque l’on ignore son existence.
Pour les observer, inutile de les capturer. Avancez lentement dans une zone enherbée, écoutez leur chant, puis repérez l’entrée d’un terrier. Avec un peu de patience, vous verrez parfois le mâle chanter à l’entrée.
Vous pouvez aussi participer aux sciences participatives. Les plateformes naturalistes et les associations spécialisées permettent de mieux connaître la répartition des espèces.

Le grillon provençal (Gryllus bimaculatus) est moins connu que la cigale dans l’imaginaire méditerranéen © Marek R. Swadzba
Pour aller plus loin, vous pouvez vous rapprocher de structures spécialisées dans l’entomofaune, comme l’Office pour les insectes et leur environnement. Elles peuvent accompagner les curieux, les enseignants, les collectivités et les jardiniers qui souhaitent agir sur le terrain.
À vous de jouer : la prochaine fois que vous entendrez un grillon, ne l’entendez plus comme un simple bruit d’été. Écoutez-le comme un signal discret de biodiversité.
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Le grillon comme le criquet est un insecte comestible que nous consommons ici au Cameroun. On peut les griller sur les braises ou dans la poêle.
Le grillon et le criquet sont des sources importantes de protéines.