Un El Niño historique se prépare : voici ce qu’il pourrait bouleverser dès cet automne

Le Pacifique tropical accumule une quantité de chaleur exceptionnelle, et El Niño accélère plus vite que prévu. Les dernières projections placent désormais l’épisode 2026-2027 parmi les candidats au record, avec des répercussions potentielles sur les pluies, les sécheresses, les cyclones, les récoltes et les températures mondiales jusqu’en 2027.

Rédigé par , le 20 Aug 2026, à 10 h 39 min
Un El Niño historique se prépare : voici ce qu’il pourrait bouleverser dès cet automne
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Mais derrière l’expression spectaculaire de « super El Niño », la science dessine un scénario plus complexe qu’une simple succession de catastrophes.

El Niño : un phénomène climatique qui change brutalement d’échelle

Le 13 août 2026, le Climate Prediction Center de l’Administration nationale américaine des Océans et de l’Atmosphère (NOAA) a nettement relevé le niveau d’alerte. L’organisme estime désormais à plus de 90 % la probabilité qu’El Niño atteigne une intensité « très forte » pendant l’automne et l’hiver 2026-2027 dans l’hémisphère Nord. Surtout, le scénario d’un épisode historique, dépassant les précédents événements suivis depuis 1950, atteint 69 % pour la période d’octobre à décembre. Le phénomène climatique, apparu en juin, n’a donc probablement pas encore atteint son maximum.

Cette montée en puissance intervient dans un climat planétaire déjà extrêmement chaud. En juillet 2026, les océans extrapolaires ont enregistré une température moyenne de surface de 20,96 °C, un record pour ce mois selon le service Copernicus sur le changement climatique. À l’échelle mondiale, juillet 2026 s’est situé à 1,47 °C au-dessus de la référence préindustrielle estimée. El Niño n’explique pas à lui seul ces records, mais il ajoute désormais sa propre impulsion au réchauffement de fond.

Le mécanisme est connu. En situation normale, les alizés poussent les eaux chaudes de surface du Pacifique tropical vers l’ouest, en direction de l’Asie. Lorsque ces vents faiblissent, cette immense réserve de chaleur se déplace vers le centre et l’est de l’océan. Les remontées d’eaux froides près de l’Amérique du Sud diminuent. La chaleur disponible à la surface augmente, les zones de fortes précipitations se déplacent et la circulation atmosphérique se réorganise à très grande échelle. De proche en proche, ce basculement peut modifier le temps bien au-delà du Pacifique.

Les observations de juillet 2026 montrent à quel point l’épisode actuel est déjà vigoureux. Selon le NOAA, l’anomalie atteignait +1,4 °C dans la région Niño 3.4, l’une des principales zones utilisées pour suivre El Niño, et +2,9 °C dans la région Niño 1+2, plus à l’est. Sous la surface, certaines poches d’eau présentaient des anomalies atteignant +10 °C. La chaleur n’est donc pas seulement visible en surface : une importante réserve énergétique s’est installée dans les couches supérieures du Pacifique.

C’est ce qui nourrit les expressions de « super El Niño » ou d’El Niño « historique ». Elles doivent cependant être maniées avec précaution. « Super El Niño » n’est pas une catégorie météorologique officielle. Le NOAA utilise des indices quantitatifs et estime à 69 % la probabilité que le RONI, un indice corrigé du réchauffement général des tropiques, atteigne au moins +2,5 °C sur trois mois entre octobre et décembre. Carbon Brief aboutit à un résultat encore plus spectaculaire avec une méthode différente : son analyse des projections de 14 groupes de modélisation montre que 96 % des simulations font de l’épisode actuel le plus intense du registre observationnel moderne. Le précédent pic cité par le média, lors de l’épisode 2015-2016, était de 2,75 °C dans la région Niño 3.4.

D’autres modèles vont plus loin. Une projection de Berkeley Earth place autour de 3,6 °C l’anomalie médiane possible dans Niño 3.4. Cette valeur ne doit pas être confondue avec le seuil du NOAA, car les méthodes et les références diffèrent. Elle souligne néanmoins l’ampleur inhabituelle du réchauffement envisagé.

Lire aussi – Zoom sur le réchauffement climatique : causes et conséquences

Un océan surchauffé, un climat mondial sous tension

El Niño agit comme un mécanisme de redistribution de la chaleur contenue dans l’océan. Lorsque les eaux chaudes s’étendent vers l’est, davantage d’énergie peut être transférée vers l’atmosphère. Carbon Brief rappelle qu’en moyenne une variation de 1 °C dans Niño 3.4 est associée à environ 0,1 °C de variation de la température mondiale, généralement avec plusieurs mois de décalage. Cela ne permet pas de calculer directement la température de 2027, mais explique pourquoi les années suivant le développement d’un puissant El Niño sont particulièrement surveillées.

La toile de fond est déjà exceptionnelle. Copernicus a classé juillet 2026 au deuxième rang des mois de juillet les plus chauds à l’échelle mondiale, à égalité avec juillet 2024. Dans l’océan extrapolaire, la température de surface moyenne de 20,96 °C a dépassé le précédent record de juillet, établi en 2023 à 20,89 °C. Les eaux du Pacifique tropical comptent parmi les régions où les anomalies ont été particulièrement élevées. Le NOAA estime par ailleurs à 99,9 % la probabilité que 2026 termine parmi les cinq années les plus chaudes jamais mesurées.

Aux États-Unis, juillet a déjà été le mois le plus chaud jamais enregistré dans les séries nationales, avec une moyenne approchant 25 °C, soit environ 1,8 °C au-dessus de la moyenne du XXe siècle. Ce record ne peut pas être attribué uniquement à El Niño. Le changement climatique d’origine humaine reste le principal moteur du réchauffement à long terme, tandis que le phénomène du Pacifique agit comme une oscillation naturelle capable d’amplifier temporairement la chaleur mondiale.

Cette combinaison explique une partie de l’inquiétude. El Niño ne survient pas aujourd’hui dans le même climat que les grands épisodes de 1982-1983, 1997-1998 ou même 2015-2016. Il se superpose à des océans globalement plus chauds. L’événement de 1997 et celui de 2015 avaient déjà fait grimper de plus de 18 centimètres le niveau de la mer au-dessus de la moyenne dans certaines zones affectées du Pacifique. Avec davantage de chaleur et d’humidité disponibles dans le système climatique actuel, les conséquences d’un événement similaire ne peuvent être extrapolées mécaniquement à partir du passé.

Pluie torrentielle inondant une avenue urbaine tandis que les véhicules circulent au ralenti

El Niño peut favoriser des pluies particulièrement intenses dans certaines régions.

El Niño : les risques climatiques se redistribuent autour du globe

Le premier piège serait d’imaginer un même type de temps partout. El Niño déplace les risques. En Indonésie, dans certaines parties de l’Australie, de l’Inde et du bassin amazonien, le phénomène est généralement associé à des conditions plus sèches, susceptibles de favoriser les sécheresses et les incendies. À l’inverse, le sud de l’Amérique du Sud, certaines régions d’Afrique orientale et une partie du sud des États-Unis voient augmenter la probabilité de précipitations abondantes.

Toutefois, même avec un El Niño record, un hiver très pluvieux n’est pas assuré. Michelle L’Heureux, scientifique au Climate Prediction Center, insiste sur cette nuance : la probabilité d’impacts typiques augmente avec l’intensité de l’épisode, mais les prévisions saisonnières restent exprimées en probabilités. ABC News rappelle que l’événement actuel est, à ce stade de l’année, le deuxième plus intense du registre derrière 1997.

Les tropiques devraient eux aussi changer de visage. Dans l’Atlantique, El Niño augmente généralement le cisaillement vertical du vent, un environnement défavorable à la formation et au renforcement des ouragans. Le NOAA a ainsi abaissé ses perspectives pour la saison atlantique, avec un maximum de 13 tempêtes. Dans le Pacifique oriental, la situation est presque inverse : l’activité cyclonique peut être favorisée et le plafond de la prévision atteint 22 cyclones. Autrement dit, une saison plus calme dans un bassin ne signifie pas une diminution globale du risque.

En Asie, le déplacement vers l’est des zones d’eaux chaudes et de convection modifie également les trajectoires potentielles des typhons. Carbon Brief souligne que les Philippines peuvent devenir moins directement exposées à certaines trajectoires, tandis que les risques peuvent se déplacer vers la Chine, le Japon ou la Corée du Sud. Dans le même temps, l’Indonésie affronte un risque accru de déficit hydrique et d’incendies. En Afrique australe, la sécheresse constitue l’une des principales menaces, alors que certaines régions de l’est du continent peuvent connaître l’excès inverse. La carte des risques devient donc un patchwork de sécheresses, de pluies extrêmes, de chaleur et de perturbations agricoles.

Agriculture, incendies et ressources : le phénomène se prolongera en 2027

C’est sur l’agriculture que la durée de l’épisode pourrait devenir particulièrement visible. Le Vietnam et l’Indonésie assurent ensemble environ 50 % de la production mondiale de café robusta. Or, El Niño y favorise généralement chaleur et déficit pluviométrique pendant des phases essentielles du développement des cultures. « La sécheresse au Vietnam et en Indonésie pourrait réduire sensiblement les rendements du robusta », préviennent même des analystes de Citi.

Le cacao constitue un autre point de vulnérabilité. Tous les El Niño forts des 55 dernières années ont été associés à une baisse de la production de cacao. Là encore, le risque n’est pas seulement la sécheresse. L’excès de pluie peut d’abord favoriser certaines maladies, avant que chaleur et manque d’eau ne pénalisent ensuite la floraison. L’Inde et la Thaïlande, grandes productrices de sucre, sont également sensibles à un affaiblissement des pluies de mousson. En Inde, les précipitations de la mousson 2026 sont attendues autour de 90 % de la normale.

Au-delà des marchés agricoles, la question devient humanitaire. Reuters rapporte une estimation du Programme alimentaire mondial selon laquelle près de 49 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l‘insécurité alimentaire aiguë d’ici à la fin de 2027 si les chocs liés à El Niño frappent les régions déjà fragiles. La menace vient moins d’un événement météorologique isolé que d’un enchaînement : déficit de pluie, mauvaise récolte, perte de bétail, baisse des revenus, hausse des prix et pression supplémentaire sur des populations déjà exposées aux conflits ou à l’instabilité économique.

Les écosystèmes marins sont également concernés. Lorsque les remontées d’eaux froides et riches en nutriments diminuent au large de l’Amérique du Sud, le phytoplancton et les chaînes alimentaires marines peuvent être perturbés. Les poissons recherchés par les flottes commerciales se déplacent ou plongent plus profondément. À terre, le manque d’eau augmente le danger de feux en Indonésie et dans certaines parties de l’Amazonie, tandis que des pluies excessives peuvent endommager les sols, les routes, les cultures et les infrastructures dans d’autres régions.

Le calendrier explique enfin pourquoi les regards se portent déjà sur 2027. D’après les prévisions de la NOAA, les impacts devraient culminer entre novembre et janvier, mais les impacts les plus marqués pourraient se poursuivre jusqu’au printemps 2027. L’agence météorologique japonaise estime à 100 % la probabilité qu’El Niño se maintienne pendant l’hiver boréal et au début de 2027. Même lorsque les températures du Pacifique commenceront à redescendre, certaines conséquences agricoles, hydrologiques et alimentaires pourront donc continuer à se propager pendant plusieurs mois.



Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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