Des écrevisses envahissent la planète en se clonant et personne ne dit rien !

Les caractéristiques génétiques de l’écrevisse marbrée, qui se reproduit en se clonant, intéressent particulièrement les chercheurs qui travaillent sur les mécanismes à l’origine du cancer.

Rédigé par MEWJ79, le 8 Feb 2018, à 11 h 30 min

Des scientifiques du centre de recherche sur le cancer d’Heidelberg en Allemagne ont étudié une espèce d’écrevisses hors normes, qui a pour caractéristique de ne posséder que des individus femelles… qui se reproduisent par clonage.

Une espèce d’écrevisses où tous les individus sont des femelles

Une nouvelle espèce étrange d’écrevisses se répand en Europe, mais aussi à Madagascar et au Japon. Sa particularité ? Tous les individus sont des femelles provenant de la même écrevisse, qui a par hasard hérité de caractères génétiques très particuliers. Des scientifiques du centre de recherche sur le cancer d’Heidelberg en Allemagne ont voulu séquencer l’animal pour tenter de comprendre ce phénomène. Mais ce travail s’est révélé très compliqué, puisque aucun génome d’écrevisse n’avait encore été séquencé.

écrevisse, clonage, cancer

© Erni

Leurs résultats sont parus dans la revue Science (1). Le journaliste du magazine pourtant spécialisé est lui aussi surpris : « On croirait le scénario d’un mauvais film d’horreur : une créature mutante à 10 pattes, qui se reproduit de manière asexuée, s’échappe de son milieu confiné en Allemagne et commence discrètement une invasion mondiale. En l’espace de vingt ans, des clones de cet animal vorace se répandent dans toute l’Europe et l’Afrique, détruisant des écosystèmes et menaçant les espèces locales. »

Cette écrevisse marbrée intéresse les chercheurs qui luttent contre le cancer

Tout commence donc en 1995 dans un aquarium allemand pour Procambarus virginalis, connue sous le nom commun d’écrevisse marbrée, selon les travaux d’une équipe de chercheurs publiés le 5 février dans Nature Ecology Evolution.

Ainsi, le magazine précise que grâce aux travaux des chercheurs allemands, on sait que non seulement les femelles sont capables de faire des clones d’elles-mêmes, mais aussi que l’espèce « possède trois paires de chaque chromosome au lieu des deux habituelles ».

écrevisse, clonage, cancer

© vchal

En outre, Frank Lyko, un biologiste du Cancer Research Center allemand, qui a mené les recherches, explique que l’écrevisse marbrée est apparue quand le génome d’un gamète mâle ou femelle a été dupliqué. Ce phénomène se produit parfois en réaction à des changements soudains de température, apprend-on dans Nature. « Si ces cellules ont ensuite été fécondées par un autre sujet dans le même aquarium, il en découlerait un embryon comportant trois copies de son génome. »

L’écrevisse comme ressource alimentaire

Si elle continue cependant à proliférer ailleurs comme en Allemagne, au Japon et en Suède, elle est particulièrement présente à Madagascar, où elle constitue une ressource alimentaire. « Être un clone présente de nombreux avantages indéniables, note le New York Times. Les écrevisses marbrées ne donnent naissance qu’à des rejetons féconds, ce qui permet à leur population d’exploser. » 

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Et les caractéristiques génétiques de l’écrevisse marbrée intéressent particulièrement les chercheurs qui travaillent sur les mécanismes à l’origine du cancer. Comme les écrevisses forment un clone, elles peuvent, tout comme une tumeur, être utilisées comme modèle d’étude. Les tumeurs s’adaptent parfois à leur environnement, par exemple en développant une résistance à un médicament anti-cancer. Des mécanismes épigénétiques seraient là aussi en jeu et influenceraient le développement de la maladie.

Illustration bannière : Les écrevisses sont tous des individus femelles ©  Oshchepkov Dmitry
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

1 commentaire Donnez votre avis
  1. Une voie d’avenir pour la 6 ème extinction jusqu’à ce que ce prédateur rencontre le clone de son pire ennemi.
    La nature nous fournit depuis des centaines de millions d’années des exemples développés au hasard qui se révèlent être des améliorations de la compétition du vivant, il en est de même avec un lézard du Pacifique sud sur une île isolée, parthénocarpie, uniquement des femelles qui produisent des femelles, solution pour ce lézard de survivre étant seul, hasards et concours de circonstances qui font évoluer le vivant.
    Maintenant il est plus facile de détecter ce type d’évolution, merci à Darwin

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