Les espèces menacées peuvent attendre des années avant d’être protégées

Une espèce considérée comme en danger d’extinction doit en moyenne attendre 10,3 années avant d’être effectivement protégée. Largement assez long pour avoir déjà disparu…

Rédigé par Paul Malo, le 10 Mar 2019, à 8 h 00 min

Il ne faut pas être pressé quand on est une espèce menacée… Les espèces listées comme étant en danger d’extinction doivent attendre en moyenne plus de dix ans pour être effectivement protégées.

Pour les espèces menacées, en moyenne une décennie d’attente

Cela semble pourtant être une évidence : il suffit bien souvent de quelques années pour qu’une espèce en danger disparaisse presque totalement. Pourtant, les espèces inscrites sur la liste rouge de l’UICN, c’est-à-dire officiellement considérées comme étant en danger d’extinction, doivent attendre en moyenne dix ans avant de faire l’objet de mesures de protection de la part de la Cites, l’organisme qui régule le commerce international d’animaux sauvages.

La faute en général aux pressions des États, qui défendent leurs intérêts politiques et économiques y compris au détriment de la nature.

elephant afrique

L’éléphant d’Afrique n’est toujours pas une espèce protégée… © Alun Marchant

C’est une étude publiée le 15 Février dans la célèbre revue Science qui souligne les incroyables délais avant qu’une espèce considérée comme à risque d’extinction fasse l’objet d’une mesure de protection internationale. Pour les 35 % d’espèces actuellement protégées, il a fallu en moyenne une décennie environ après leur inscription sur la Liste rouge pour obtenir une protection. Certains animaux ont même attendu près de vingt ans pour être effectivement protégés.

Une liste rouge des espèces menacées purement indicative

Créée en 1975, la Cites (Convention internationale sur le commerce des espèces en danger) réglemente le commerce international. Elle regroupe 183 pays qui se réunissent tous les trois ans pour statuer sur les espèces à protéger. Mais il appartient à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de publier une liste rouge des animaux et végétaux considérés comme étant en risque d’extinction.

La liste rouge comptant plusieurs dizaines de milliers de noms est purement indicative et n’entraîne aucune restriction ou obligation de quelque sorte.

Les deux auteurs de l’étude récemment publiée dans la revue Science, Eyal Frank et David Wilcove, ont passé en revue 958 espèces figurant sur la liste rouge de l’UICN, dont certaines « en danger critique ». Selon eux, 28 % ne font l’objet d’aucune inscription à la Cites. Pire : 62 % des espèces attendent jusqu’à 19 ans avant d’être protégées par la Cites ou ne sont toujours pas inscrites 24 ans après leur signalement sur la liste rouge de l’UICN.

En moyenne, il faut, selon ces chercheurs, 10,3 ans pour avoir enfin son nom inscrit sur les annexes I ou II permettant une protection effective. Bien assez longtemps pour que disparaisse une espèce en danger…

Des intérêts économiques en jeu pour la protection des espèces

Pourquoi est-ce si lent ? Du fait des intérêts économiques en jeu, telle la protection du thon rouge de l’Atlantique, demandée par l’Union européenne mais rejetée par les pays pêcheurs et consommateurs tels que le Japon ou le Canada.

Et que dire de l’éléphant d’Afrique, évidemment en danger d’extinction, qui doit encore faire l’objet d’une décision lors de la prochaine réunion de la Cites, au mois de mai prochain ? Alors que certaines nations prônent une interdiction totale du commerce, d’autres en souhaitent un assouplissement du commerce et d’autres encore une interdiction totale.

Quand on sait qu’une majorité des deux tiers est requise pour valider une inscription sur la liste des espèces en voie d’extinction, on comprend mieux comment le dossier de telle ou telle espèce peut se retrouver bloqué des années durant…

Hélas, à l’inverse, de nouvelles tendances dans le commerce des espèces sauvages peuvent se développer très rapidement. Certaines espèces passent alors de l’abondance à la quasi-extinction en quelques années seulement… Même si, indépendamment de la Cites, tous les pays peuvent utiliser la liste rouge de l’UICN pour prendre des mesures de protection des espèces présentes sur leur territoire, la méthode la plus efficace pour accélérer le processus de protection des espèces en danger serait sans doute de faire que toute espèce menacée soit soumise à un vote immédiat de la Cites.

Illustration bannière : Grenouille tropicale en danger – © Dirck Ercken
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