Polluant émergent, la cocaïne modifie le comportement migratoire des saumons

La cocaïne et ses métabolites modifient radicalement le comportement des saumons atlantiques, les poussant à nager deux fois plus loin, nous apprend une étude suédoise.

Rédigé par , le 27 Apr 2026, à 11 h 00 min
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Cette découverte met en lumière l’impact méconnu des pollutions pharmaceutiques sur les écosystèmes aquatiques.

Quand la cocaïne transforme les écosystèmes aquatiques

Une découverte aussi improbable qu’alarmante vient bouleverser notre compréhension des pollutions émergentes. Des chercheurs suédois ont démontré que l’exposition à la cocaïne et à ses métabolites modifie radicalement le comportement des saumons atlantiques juvéniles. Leur étude, publiée dans la revue Current Biology(1) le 20 avril 2026, révèle l’ampleur insoupçonnée de la contamination pharmaceutique de nos écosystèmes aquatiques.

Dans le cadre de cette étude menée par Jack Brand, Daniel Palm, Daniel Cerveny et Marcus Michelangeli, de l’Université suédoise des sciences agricoles, 105 saumons équipés de puces de géolocalisation ont été suivis pendant deux mois dans le lac Vättern, en Suède méridionale. Les résultats dépassent toutes les prévisions : les poissons exposés aux résidus de drogue ont nagé jusqu’à deux fois plus loin que leurs congénères non contaminés.

La benzoylecgonine, un métabolyte plus nocif encore que sa substance mère

Paradoxalement, c’est la benzoylecgonine, principal métabolyte de la cocaïne produit par l’organisme humain, qui s’avère la plus perturbatrice pour la faune aquatique. Les saumons exposés à ce composé dérivé ont parcouru près de 32 km depuis leur point de libération, contre seulement 19 km pour le groupe témoin. Cette découverte bouleverse les protocoles d’évaluation environnementale : les chercheurs insistent sur l’importance d’évaluer la présence et ses effets de non seulement de la cocaïne elle-même, mais également de ses métabolites. Dans le cas contraire, le risque est de passer à côté d’une grande partie du risque environnemental auquel la faune aquatique est exposée.

La benzoylecgonine présente des concentrations plus élevées dans les milieux naturels que la substance originelle, car les stations d’épuration ne sont pas conçues pour éliminer efficacement ces composés chimiquement transformés.

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Une contamination planétaire documentée

Cette pollution à la cocaïne ne constitue nullement un phénomène isolé. Des traces de cette substance ont été détectées chez des requins au large du Brésil et des Bahamas, dans des crevettes, des moules et des anguilles à travers le monde. En juillet 2024, treize requins ont testé positif à la cocaïne au large des côtes brésiliennes, témoignant de l’ampleur géographique de cette contamination. Selon les données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime(2), la production mondiale de cocaïne a atteint un nouveau record en 2023, culminant à 3.708 tonnes – c’est 34 % de plus que l’année précédente. Le nombre d’usagers de cocaïne dans le monde a également continué d’augmenter : l’institution estime que 25 millions de personnes ont consommé cette drogue en 2023, contre 17 millions en 2013. Logiquement, cette augmentation de la consommation se traduit mécaniquement par une hausse des métabolites rejetés dans les eaux usées, puis les écosystèmes aquatiques.

Au-delà des saumons : un cocktail chimique généralisé

Les saumons atlantiques subissent déjà de multiples pressions environnementales. La perte d’habitat due à l’urbanisation et aux barrages, le réchauffement climatique modifiant les courants marins, la surpêche et la compétition avec des espèces invasives, sans oublier la pollution chimique traditionnelle, qui menace quotidiennement leur survie. L’ajout de cette contamination pharmaceutique pourrait compromettre définitivement les chances de survie de l’espèce.

Cette étude s’inscrit dans un contexte plus large de contamination pharmaceutique. En 2025, la même équipe avait documenté des effets similaires avec le clobazam, un anxiolytique courant. Les saumons exposés nageaient plus rapidement lors de leur migration de 27 km depuis la rivière Dal vers la mer Baltique, probablement en raison d’une prise de risque accrue. « La cocaïne et d’autres contaminants liés aux drogues illicites constituent un problème environnemental de plus en plus préoccupant à l’échelle mondiale. Bon nombre de ces substances sont excrétées après consommation et passent par des stations d’épuration qui ne sont pas conçues pour les éliminer complètement », déplore Jack Brand.

Cette étude révolutionnaire nous confronte à une réalité dérangeante : l’addiction de l’humanité à la drogue transforme invisiblement les écosystèmes aquatiques. La cocaïne et ses dérivés rejoignent ainsi la longue liste des polluants émergents qui redéfinissent les équilibres naturels, exigeant une refonte complète de nos stratégies de surveillance et de protection environnementales. Face à cette contamination généralisée, la recherche de solutions innovantes de traitement des eaux usées devient urgente pour préserver la biodiversité aquatique et, par extension, l’intégrité des écosystèmes de notre planète.


 

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Références :


Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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