Le Brésil face à une catastrophe écologique sans précédent

Rédigé par Pauline Petit, le 23 Nov 2015, à 17 h 33 min

Le 5 novembre dernier, deux barrages ont cédé dans les environs de Mariana, dans l’État du Minas Gerais au Brésil. Les conséquences humaines et environnementales sont dévastatrices et continuent encore plusieurs semaines après le drame.

 Des effets désastreux de cet accident

Les barrages appartiennent aux sociétés minières brésiliennes et australiennes Vale et BHP Billiton. En cédant, ils ont libéré des milliers de tonnes de boues toxiques retenues suite aux activités d’exploitation minière dans la région. La ville de Bento Rodrigues a été purement et simplement rayée de la carte, faisant 12 morts et 12 disparus, et environ 600 personnes déplacées.

Les effets désastreux de cet accident ne font toutefois que commencer : en effet, les boues toxiques se sont déversées dans le fleuve Rio Doce, 5ème plus grand fleuve brésilien, provoquant de nombreux problèmes économiques et environnementaux. En effet, les habitants ne peuvent plus s’approvisionner en eau potable ; les agriculteurs ne peuvent plus utiliser l’eau pour irriguer leurs champs et des millions de poissons sont morts suite au passage de la boue.

Les autorités brésiliennes et les entreprises d’exploitation tentent de dissimuler le problème en affirmant que les boues ne sont pas directement nocives pour la santé. Toutefois, les analyses effectuées montrent que l’on y retrouve des résidus de mercure, d’aluminium, de fer, de plomb… « Pour donner une idée, la quantité d’arsenic retrouvée dans l’échantillon s’élève à 2,64 milligrammes, alors que la quantité réglementaire maximale est de 0,01 milligramme », note Neto Barros, le maire de la ville de Baixo Guandu, touchée par la catastrophe.

Les entreprises ont été condamnées à payer une amende de 61 millions d’euros, la négligence au niveau de la maintenance des barrages ayant été avérée. Toutefois, les dégâts semblent plutôt se chiffrer en milliards d’euros, même s’il est trop tôt pour évaluer l’ensemble des conséquences de la catastrophe.

Une pollution irréversible sur des centaines de kilomètres

Les barrages se sont rompus à 850 km de l’océan ; depuis deux semaines, la boue suit le cours du fleuve et se déverse aujourd’hui dans la mer.

Certaines espèces locales de poissons et de tortues seront peut-être rayées de la carte  : la boue les a atteints en pleine période de reproduction. La zone du delta du Rio Doce est très riche en biodiversité et en vie aquatique ; l’eau d’ordinaire claire est à présent couleur d’argile, et empêche l’oxygénation des milieux aquatiques et des espèces animales, ce qui crée des effets immédiats d’asphyxie et risque de durer dans le temps.

barrages-accident-bresil

« La faune et la végétation du fleuve seront affectées irrémédiablement ; comme les boues sont lourdes, elles vont mettre très longtemps à être évacuées par le fleuve » indique David Zee, océanographe à l’université de Rio de Janeiro ; selon lui, le dessin même du fleuve a été modifié. « L’ensemble du delta du Rio Doce va être impacté de manière très profonde et sur le long terme ».

A présent que la boue atteint la mer, on ne connaît pas les effets qu’elle aura sur les récifs coralliens présents et sur les poissons marins aux alentours ; la zone est d’ores et déjà déclarée impropre à la baignade sur une durée indéterminée. Les habitants de Regência, un spot de surf à l’estuaire du Rio Doce, ont vu avec impuissance l’eau changer de couleur du jour au lendemain.

Les brésiliens entre mobilisation et résignation

Cette catastrophe « aurait pu être évitée » selon Greenpeace Brésil. C’est la négligence des entreprises qui est en cause et les mesures prises contre elles ne sont pas assez fortes, accuse une grande partie de la société civile. Dans un pays très corrompu et où les grandes entreprises sont partie liée avec les politiques, on craint l’impunité de ces entreprises et de leurs dirigeants, alors que de nombreuses situations similaires au Brésil peuvent arriver. « Nous devons apprendre de nos erreurs, précise David Zee, pour que d’autres catastrophes comme celles-ci n’arrivent pas ou qu’au moins on arrive à les gérer de manière moins chaotique que celle du Rio Doce ».

Les Brésiliens se sont mobilisés en masse pour réagir à la catastrophe : des tonnes de vivres, d’eau et de vêtement ont été distribuées aux victimes des coulées de boue. Une opération « Arche de Noé » a même été menée : des équipes de volontaires, pêcheurs et habitants, se sont relayées pour transférer certains poissons ou espèces plus en danger dans des lacs ou réserves d’eau non touchées par les coulées de boue.

La pire catastrophe écologique de l’histoire du Brésil

Les mots clés #sosriodoce, #somostodosmariana, « nous sommes tous Mariana » et #brazilianfukushima se sont multipliés sur les réseaux sociaux, à l’heure où les attentats en France occupaient une grande part de l’actualité, même au Brésil. De nombreuses personnes ont critiqué le poids qu’a pu avoir la couverture des attentats dans les médias brésiliens, alors que dans leur propre pays un désastre était en train de se produire.

Des manifestations ont eu lieu dans les grandes villes du pays pour protester contre l’impact des multinationales sur l’environnement brésilien et leur impunité. Toutefois, la mobilisation du pays ne suffira pas pour reconstruire toute une région touchée par ce qui s’annonce être, comme l’annoncent de nombreux médias, « la pire catastrophe écologique de l’histoire du Brésil ».

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J'ai travaillé dans différents organismes, tous liés de près ou de loin aux questions qui me passionnent : la consommation durable et l'alimentation. J'ai...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. On se répète, encore et encore au point de passer pour des gagas, mais tant qu’on ne sortira pas de la spirale “faire toujours plus de profit en augmentant ses marges bénéficiaires, dépensant le moins possible”, on sera dans le destructif plutôt que le constructif, et contraints à assister impuissants à des catastrophes prévues par la logique des choses. La civilisation humaine – j’utilise volontairement ce grand singulier – doit se rénover de fond en comble, dans sa conception du rapport à la vie et au sens qu’il faut lui donner. Seuls quelques peuples minoritaires et isolés ont réussi à trouver l’équilibre, ils ne sont pas nombreux et d’ailleurs menacés de voir leur mode de vie disparaître, car on les chasse alors qu’on devrait prendre exemple sur eux.

  2. Pauline Petit

    Tout à fait, et c’est ce qu’il est écrit!

  3. Il me semble que c’est une amende de 61 MILLIONS d’euros et non 61 milliards que les entreprises ont été condamnées à payer.

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