Espèces « nuisibles » : l’abattage coûte huit fois plus que les dégâts

Renards, fouines, pies… Selon une étude, l’abattage de ces espèces, voulu par le gouvernement car jugées nuisibles, coûterait jusqu’à huit fois plus cher que les dégâts qu’elles causent.

Rédigé par , le 17 Mar 2026, à 11 h 00 min
Espèces « nuisibles » : l’abattage coûte huit fois plus que les dégâts
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Dans un contexte où la biodiversité est déjà fragilisée, ces résultats interrogent frontalement la pertinence d’un système qui conduit à tuer chaque année des millions d’animaux sans bénéfice démontré.

L’abattage d’espèces « nuisibles », une politique publique très coûteuse

Chaque année, environ 1,7 million d’animaux sont abattus en France dans le cadre de la régulation des espèces dites nuisibles. Renards, fouines, martres ou encore pies figurent parmi les principales cibles de cette politique, mise en oeuvre depuis des décennies au nom de la protection des activités agricoles et de la chasse. Cependant, les chiffres que révèlent des chercheurs du Muséum national d’histoire naturelle et de l’University of the West of England dans une étude publiée le 9 mars dans la revue Biological Conservation(1) sont sans appel. Le coût annuel de ces opérations oscille entre 103 et 123 millions d’euros. En face, les dégâts imputés à ces animaux atteignent au maximum 23 millions d’euros par an. Autrement dit, la collectivité dépense jusqu’à huit fois plus pour éliminer ces espèces que pour réparer les dommages qu’elles causent.

Au-delà de la question financière, l’étude pointe un autre problème fondamental : l’inefficacité de l’abattage. Les données analysées, qui couvrent la période 2015-2022, ne montrent aucun lien entre le nombre d’animaux tués une année et le niveau de dégâts observé l’année suivante. Autrement dit, tuer davantage d’animaux ne réduit pas les dommages. Ce constat remet en cause l’un des arguments centraux justifiant cette politique. De plus, certaines espèces, comme le renard ou certains oiseaux, parviennent à compenser rapidement les pertes grâce à leur capacité de reproduction. Ainsi, malgré l’élimination de 12,4 millions d’animaux entre 2015 et 2022, les populations concernées ne diminuent pas de manière significative.

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Des espèces utiles à l’équilibre écologique

L’un des aspects les plus souvent ignorés du débat concerne les services écologiques rendus par ces animaux. En effet, loin d’être uniquement sources de nuisances, ces espèces jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes. Les renards, par exemple, participent activement à la régulation des populations de rongeurs, limitant ainsi certains dégâts agricoles. De leur côté, des oiseaux comme les corneilles ou les pies contribuent à la dispersion des graines et au nettoyage des carcasses. En supprimant massivement ces espèces, les politiques actuelles risquent donc de provoquer des déséquilibres écologiques, voire d’aggraver certains problèmes qu’elles prétendent résoudre.

123 millions d’euros par an

C’est le coût estimé de l’abattage des espèces dites « nuisibles » en France.Un montant jusqu’à 8 fois supérieur aux dégâts réellement causés par ces animaux.
Une politique coûteuse… sans efficacité démontrée.

liste des animaux nuisibles 2023

Face à ces constats, la légitimité même du classement en « nuisibles » est remise en question. Cette catégorisation administrative, qui permet l’abattage systématique de certaines espèces, apparaît de plus en plus déconnectée des réalités scientifiques. Selon les auteurs de cette étude, les politiques actuelles reposent davantage sur des perceptions historiques ou culturelles que sur des données objectives. Or, dans un contexte de crise écologique, cette approche semble difficilement soutenable.

D’autant plus que le coût moyen par animal tué atteint environ 64 euros. Une dépense significative qui, cumulée à l’inefficacité globale du dispositif, interroge sur la pertinence de maintenir ce modèle. Dans ce contexte, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une révision profonde des politiques de gestion de la faune sauvage. L’objectif serait de privilégier des solutions non létales, mieux adaptées aux enjeux écologiques et économiques actuels.

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Références :


Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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