Charcuterie française : moins de sel et de gras, mais toujours des nitrites

Les charcutiers français s’engagent à réduire de 5% le sel et les acides gras saturés sur 60% de leurs volumes de vente d’ici 2031. Toutefois, aucun nouvel engagement n’est pris concernant les nitrites, malgré les recommandations sanitaires.

Rédigé par , le 11 Jun 2026, à 12 h 22 min
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Si l’accord marque une nouvelle étape dans l’amélioration nutritionnelle des produits de charcuterie, il ne met pas fin aux controverses. La question des nitrites, régulièrement pointés du doigt pour leurs effets sur la santé, continue d’opposer industriels, autorités sanitaires et associations de consommateurs, tandis que la filière défend la nécessité de préserver la sécurité alimentaire.

La charcuterie française s’engage pour des produits moins salés et moins gras

Un virage nutritionnel d’ampleur s’amorce dans la charcuterie française. Industriels et artisans viennent d’annoncer un engagement inédit : réduire de 5 % la teneur en sel et en acides gras saturés sur une vingtaine de produits représentant 60 % des volumes commercialisés. La Fédération des entreprises françaises de charcuterie traiteur (FICT) et la Confédération nationale des charcutiers traiteurs (CNCT) viennent de scellent un accord collectif en ce sens. Il sera formalisé d’ici fin 2026.

Christiane Lambert, présidente de la FICT, justifie l’initiative par la volonté de répondre aux attentes sociétales croissantes. « Il y a souvent des attentes très fortes ou des critiques en direction de la charcuterie. Notre secteur représente 75 % du débouché des porcs français, constituant un véritable patrimoine qu’il faut conserver tout en s’évertuant à être le plus possible en phase avec les attentes sociétales : santé, plaisir, goût et sécurité sanitaire », explique-t-elle.

Une vingtaine de produits emblématiques dans le viseur

La réduction des acides gras saturés touchera douze familles de produits représentant 45 % du marché français. Boudins, jambon cru et jambon sec, rôtis et épaules cuits, coppa, bacon, lardons, poitrine, produits à base de volaille et mousse de canard figurent parmi les références visées.

Pour le sel, cinq catégories de produits sont ciblées : chorizo, rillettes de porc, andouilles et andouillettes, saucisses à pâte fine, saucisses et saucissons cuits. Bien que représentant 15 % du marché, ces références constituent des emblèmes de la gastronomie française.

L’Observatoire de l’alimentation (Oqali), organisme dépendant de l’Anses et de l’Inrae, évaluera l’atteinte de ces objectifs. Une supervision qui garantit la transparence et la crédibilité de la démarche entreprise par les charcutiers.

Des progrès déjà mesurables depuis 2013

La filière n’en est pas à son premier effort d’amélioration nutritionnelle. Joël Mauvigney, président de la CNCT, rappelle que « les professionnels de la charcuterie ont mené conjointement depuis plusieurs années des démarches de progrès sur la qualité des charcuteries, avec notamment la signature d’une charte PNNS [programme national nutrition santé] en 2010 et d’un accord PNA [programme national pour l’alimentation] en 2013 ».

Fin 2025, l’Oqali a publié des résultats encourageants attestant des progrès réalisés entre 2013 et 2020. Les teneurs en matières grasses ont diminué de 6 %, celles en acides gras saturés de 5 % et celles en sel de 4 %. Parallèlement, les teneurs en protéines ont augmenté de 1 %, démontrant que l’amélioration nutritionnelle préserve la valeur alimentaire des produits. Les préoccupations autour des additifs et conservateurs dans l’alimentation trouvent ici un écho concret dans les efforts de la filière.

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Les nitrites, un dossier qui reste en suspens

Si les avancées sur le sel et les graisses saturées font consensus, la problématique des nitrites demeure source de débat. Aucun nouvel engagement n’a été pris concernant ces additifs, malgré les préoccupations sanitaires qu’ils suscitent. Christiane Lambert défend la position de la filière : « Sur les nitrites, le travail a déjà été fait, la charcuterie française est 20 % en dessous de la réglementation européenne, donc nous sommes maillots jaunes de la réduction des nitrites ».

La présidente de la FICT ajoute que « les études qui sont faites montrent que si on réduit encore, on met en péril la conservation des produits ». En 2022, l’Anses avait pourtant confirmé le lien entre risque de cancer et exposition aux additifs nitrés, tout en reconnaissant que leur réduction était « de nature à accroître de façon significative le risque microbiologique ».

L’organisation de défense des consommateurs Foodwatch conteste vigoureusement cette position. Son directeur de campagne, Camille Dorioz, s’appuie sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé : « L’OMS dit bien que tous les jours, si vous consommez 50 grammes de charcuterie, vous augmentez 18 % votre risque de cancer, et les nitrites et les nitrates ajoutés sont en partie responsable de cela ».

Un code français plus strict que la réglementation européenne

Le code des usages français, qui encadre la composition des produits de charcuterie hexagonaux, constitue un atout différenciant face à la concurrence européenne. Christiane Lambert rapelle que ce référentiel « s’applique à tous les acteurs français mais pas aux charcuteries étrangères importées, qui représentent une charcuterie sur cinq en rayon ». Le code français n’autorise que quatre-vingt-dix additifs, contre trois cent trente-cinq pour la réglementation européenne.

L’évolution des habitudes de consommation pousse néanmoins la filière à innover. L’émergence de produits « sans nitrites » démontre la faisabilité technique de leur suppression, même si elle nécessite des investissements conséquents. Camille Dorioz de Foodwatch insiste : « La présence, aujourd’hui, dans les rayons, de produits sans nitrite et sans nitrate montre bien qu’on est capable de s’en passer, mais cela demande des investissements et des évolutions des systèmes de production ».

Repenser les procédés de fabrication

La réduction du sel représente un défi technologique majeur pour la filière. Au-delà de ses propriétés gustatives, le sel joue un rôle crucial dans la conservation des produits carnés. Sa diminution impose aux professionnels de repenser leurs procédés de fabrication pour maintenir la sécurité microbiologique des aliments.

L’Anses préconise la mise en oeuvre de « mesures compensatrices » pour pallier la réduction des conservateurs. Parmi ces solutions figurent la réduction des salmonelles au niveau de l’élevage porcin et la maîtrise fine du taux de sel et des températures lors du salage, du repos et de l’affinage. « Les travaux continuent », assure Christiane Lambert, témoignant de la complexité technique de la démarche entreprise.

Avec la Ligue contre le cancer et l’application Yuka, Foodwatch milite pour l’interdiction pure et simple de ces additifs dans l’alimentation. Plusieurs études ont d’ailleurs évalué le coût pour l’État des pathologies comme le cancer et le diabète liées à la surconsommation de charcuterie.

L’accord devrait être formalisé d’ici fin 2026 pour une mise en oeuvre échelonnée sur cinq ans. La filière s’est également engagée à doubler la part d’emballages recyclables utilisés, démontrant sa volonté d’amélioration globale. Un défi considérable pour garantir la sécurité sanitaire des produits frais tout en respectant les contraintes environnementales.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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