Retour de l’acétamipride et du flupyradifurone : quels risques pour la santé et la nature ?

Deux pesticides pourraient revenir dans les champs français après plusieurs années d’interdiction. L’acétamipride et le flupyradifurone restent autorisés dans l’Union européenne, mais leur statut réglementaire ne dissipe pas les alertes scientifiques. En effet, de nombreuses études décrivent des effets sur les pollinisateurs, les insectes auxiliaires et d’autres animaux. Par ailleurs, l’évaluation de leurs conséquences pour les humains conserve d’importantes zones d’incertitude.

Rédigé par , le 25 Jul 2026, à 11 h 00 min
Retour de l’acétamipride et du flupyradifurone : quels risques pour la santé et la nature ?
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Le Parlement a définitivement adopté le projet de loi d’urgence agricole mardi 21 juillet 2026, après un ultime vote du Sénat. Le texte permet à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’Anses, d’autoriser de nouveau, à titre dérogatoire, des pesticides contenant de l’acétamipride ou du flupyradifurone. Ces deux insecticides sont interdits en France depuis 2020, mais restent approuvés dans l’Union européenne. Toutefois, cette autorisation ne signifie pas que la science les considère comme dépourvus de risques.

Acétamipride et flupyradifurone : deux pesticides au mécanisme proche

L’acétamipride appartient à la famille des néonicotinoïdes. Comme les autres pesticides de cette catégorie, il agit directement sur le système nerveux des insectes. La substance perturbe la transmission des signaux nerveux, puis provoque une paralysie pouvant entraîner leur mort. « Cela crée comme une espèce de crampe généralisée », explique Jean-Marc Bonmatin, chercheur au CNRS, cité par l’Agence France-Presse et Franceinfo. Ainsi, les insectes exposés peuvent perdre leur capacité à voler, à s’orienter ou à rejoindre les ressources alimentaires. Cependant, les effets observés ne se limitent pas nécessairement à une mortalité immédiate. Des expositions plus faibles peuvent également perturber le comportement, la reproduction ou le fonctionnement d’une colonie. Ces conséquences dites sublétales sont particulièrement importantes pour évaluer les risques réels des pesticides dans les milieux agricoles.

Le flupyradifurone appartient à une autre famille chimique, celle des buténolides. Néanmoins, son mode d’action est proche de celui de l’acétamipride, puisqu’il cible également les récepteurs nicotiniques du système nerveux. « Il y a autant de différence entre l’acétamipride et le flupyradifurone qu’entre un pistolet et un revolver : ils ont une constitution légèrement différente, mais la balle tirée dans la tête a les mêmes effets », résume Jean-Marc Bonmatin dans le média Vert. Pourtant, les deux pesticides ne possèdent pas exactement les mêmes propriétés toxicologiques. Chaque substance doit donc être étudiée selon sa dose, sa persistance, ses usages et les espèces exposées.

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Des pesticides qui se dispersent bien au-delà des cultures

L’acétamipride et le flupyradifurone sont des insecticides systémiques. Ils sont absorbés par la plante, puis circulent dans ses différents tissus. « Ce sont des substances dites systémiques, c’est-à-dire qu’elles se diffusent dans toute la plante pour la protéger des ravageurs », précise l’Anses. Dès lors, les pesticides ne restent pas uniquement sur la partie traitée. Ils peuvent atteindre les feuilles, les tiges et, selon les cultures ou les conditions d’application, le pollen ainsi que le nectar. Les insectes pollinisateurs peuvent donc être exposés lorsqu’ils visitent les fleurs. De plus, ces molécules peuvent se déplacer dans les sols et dans l’eau. « Dès qu’on en met quelque part, ça va partout », avertit Jean-Marc Bonmatin auprès de Franceinfo. Le ruissellement peut notamment transporter l’acétamipride vers les prairies, les forêts, les fossés et les ruisseaux situés autour des parcelles.

Le retour de certains pesticides ravive les inquiétudes pour les pollinisateurs et la biodiversité.

Cette diffusion accroît le nombre d’organismes susceptibles d’être touchés par les pesticides. Une étude publiée en mars 2025 dans Communications Earth & Environment a ainsi rapporté une mortalité pouvant atteindre 92 % chez trois espèces d’insectes vivant dans des milieux limitrophes après un épandage d’acétamipride, même à faible quantité. Par ailleurs, une étude japonaise publiée dans Environmental Monitoring and Contaminants Research a détecté des pesticides, dont l’acétamipride, dans les précipitations. Ces résultats suggèrent que les substances peuvent quitter les parcelles traitées et circuler dans plusieurs compartiments de l’environnement. Toutefois, la distance parcourue et les concentrations finales dépendent de nombreux facteurs : quantité appliquée, météo, nature des sols, végétation, relief et caractéristiques chimiques de la molécule.

Des risques documentés pour les pollinisateurs et d’autres animaux

Les pollinisateurs se trouvent au centre des inquiétudes concernant ces pesticides. « Ce produit est nocif pour les abeilles domestiques et il l’est encore plus pour d’autres pollinisateurs », affirme Philippe Grandcolas, directeur adjoint de l’Institut écologie et environnement du CNRS, interrogé par Franceinfo au sujet de l’acétamipride. Les recherches ne mesurent plus seulement la dose provoquant une mort rapide. Elles étudient également la mémoire, l’orientation, la longévité, le comportement de butinage ou la reproduction. Or, une colonie peut être fragilisée même lorsque les ouvrières ne meurent pas immédiatement. De même, les abeilles sauvages, les bourdons et les espèces solitaires ne présentent pas nécessairement la même sensibilité que l’abeille domestique.

Le flupyradifurone soulève des préoccupations comparables. Une étude publiée en 2021 dans Communications Biology a montré qu’une exposition prolongée à des concentrations jugées réalistes pouvait altérer le comportement et la survie des abeilles domestiques. D’autres travaux ont relevé des perturbations du comportement collectif de colonies de bourdons ou des effets sur la reproduction d’abeilles solitaires. Les pesticides peuvent toucher des insectes utiles qui ne participent pas directement à la pollinisation. C’est notamment le cas des chrysopes, dont les larves consomment des pucerons et contribuent naturellement à la protection des cultures. Par conséquent, l’élimination de ces auxiliaires peut réduire certains services écologiques et rendre les exploitations encore plus dépendantes des traitements chimiques.

Les conséquences potentielles dépassent le monde des insectes avec des effets sur les oiseaux, les amphibiens, les invertébrés et les mammifères. Un insecticide prévu pour tuer des ravageurs tue généralement aussi d’autres espèces. Dans un rapport publié en 2022, l’Anses évoquait notamment la « forte toxicité de l’acétamipride pour les organismes aquatiques et terrestres ». Des traces de pesticides ont aussi été détectées dans la rate de certains cervidés, tandis que des associations ont été rapportées avec leur poids, leurs organes reproducteurs ou la survie des faons. Néanmoins, la présence d’une substance ne prouve pas, à elle seule, qu’elle est responsable de chaque effet observé. Elle constitue cependant un indicateur d’exposition de la faune sauvage.

Qu’en est-il de la santé humaine ?

Les connaissances sur la santé humaine sont moins affirmatives que celles concernant certains insectes. Néanmoins, plusieurs signaux ont conduit les autorités européennes à renforcer leurs précautions. En 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’Efsa, estimait que l’acétamipride pouvait endommager le système nerveux humain à des niveaux d’exposition élevés. En 2016, elle recommandait une classification plus sévère, avec la mention « toxique en cas d’ingestion », et signalait un caractère susceptible de provoquer le cancer. Toutefois, la classification réglementaire d’une substance et l’évaluation du risque réel ne répondent pas exactement à la même question. Le danger décrit les propriétés intrinsèques d’une molécule, tandis que le risque dépend également de la dose et de la durée d’exposition.

En 2024, l’Efsa a surtout relevé des « incertitudes majeures » concernant la neurotoxicité développementale de l’acétamipride. L’autorité a estimé que des données supplémentaires étaient nécessaires pour mieux évaluer les dangers et les risques. Par précaution, elle a proposé de diviser par cinq la dose journalière admissible et la dose aiguë de référence. Des chercheurs et des médecins appellent à davantage de prudence. « Il y a de très nombreux éléments qui montrent que cette molécule présente des dangers potentiels pour le développement du système nerveux de l’enfant et du foetus », affirme Marc Billaud, cancérologue et chercheur émérite au CNRS, interrogé par Franceinfo. Selon lui, l’acétamipride pourrait également s’accumuler dans le foie ou les reins et présenter une toxicité pour la reproduction. Cependant, le scientifique emploie les termes de danger potentiel et de supposition étayée, ce qui ne correspond pas à la démonstration d’un lien causal certain chez les humains exposés aux doses courantes. La distinction reste essentielle pour informer sans minimiser les alertes ni transformer des hypothèses solides en certitudes définitives.



Rédactrice dans la finance, l'économie depuis 2010 et l'environnement. Après un Master en Journalisme, Stéphanie écrit pour plusieurs sites dont Economie...

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