Avec la loi Biodiversité, les sols sont enfin protégés

Le 21 juin 2016, les députés ont reconnu les sols comme patrimoine commun de la nation dans le cadre de la loi biodiversité. Désormais, la préservation des sols sera inscrite dans le Code de l’Environnement. Une nécessité pour un patrimoine menacé, bien qu’il soit l’un des fondements de la biodiversité.

Avec la loi Biodiversité, les sols sont enfin protégés

Les sols sont un élément essentiel de la biodiversité. De leur qualité et de leur préservation dépend aussi notre propre survie. Pourquoi ?

Tout d’abord parce que 80 % de la biomasse vivante se situe dans le sol. Il y a toute une vie souterraine sous nos pieds. Le sol s’oxygène et de l’humus se forme. Sans humus, les animaux qui vivent en surface meurent. Le sol contient un véritable écosystème fait d’un mélange de matières minérales et organiques : racines, microbes, champignons ou lombrics prolifèrent et rythment sa respiration, le protègent et le font vivre.

Les sols : un patrimoine fragile

Plusieurs civilisations ont déjà disparu pour avoir épuisé leur terre. C’est le cas des Mésopotamiens, dont les cultures ont fini stérilisées du fait d’une irrigation trop chargée en sels minéraux. Les peuples de la vallée de l’Indus, située dans l’actuel Pakistan, ont disparu pour la même raison.

Une nation qui détruit son sol se détruit elle-même.
Franklin D. Roosevelt

 

L’agriculture, l’une des causes de la dégradation des sols

L’agriculture intensive est la cause majeure de la dégradation des sols que l’on constate quasiment partout. En effet, cette agriculture intensive que nous connaissons ne considère le sol que comme une matière inerte sans faire attention à sa dimension vivante.

Les pesticides ont tendance à éliminer toute la faune souterraine, souvent invisible. De plus, les engrais phytosanitaires utilisés intensément, favorisent la minéralisation des matières organiques. Autrement dit, plus on emploie d’engrais, plus on appauvrit le sol… Et, plus on a tendance à vouloir ajouter des engrais. Ce cercle vicieux est renforcé par le labourage trop intensif et profond.

En effet, quand on laboure à plus de 10 centimètres de profondeur, on perturbe fortement l’équilibre de la vie souterraine. Le labourage contribue à tasser les sols, ce qui a pour conséquence que le sol sera moins aéré, l’oxygène ayant plus de mal à pénétrer : l’humus s’appauvrit alors.

Pire, alors que normalement un hectare de sol absorbe quatre tonnes de C02 de l’atmosphère, un hectare labouré émet une tonne de C02.

Un patrimoine dégradé

Conséquence de ces phénomènes, le sol se dégrade un peu dans toutes les régions : des chercheurs de l’INRA, Institut National de la recherche agronomique, ou du LAMS, le Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols en Bourgogne, ont mesuré que chaque année dix tonnes de sol sont perdues pour chaque hectare de surface. Dans certaines régions, cette perte peut même atteindre 30 à 40 tonnes de sol par hectare. Comment est-ce possible ?

sols agriculture

Tout simplement par le phénomène de l’érosion  : un sol moins vivant, moins riche, retient moins l’eau, et se dégrade plus vite. L’érosion favorise la disparition de la « bonne » terre ainsi que le ruissellement et les inondations.

Une meilleure préservation des sols est nécessaire

Il est temps de mieux prendre en compte les sols dans les politiques et l’activité économique. L’agriculture est particulièrement importante. En privilégiant l’agriculture biologique et l’agriculture de conservation des sols, le sol et sa biodiversité seront préservé. De même, il est nécessaire d’éviter l’étalement urbain qui mène à la « bétonisation » des sols fertiles.

Enfin, la préservation des espaces de biodiversité comme les forêts et les haies, est particulièrement importante pour éviter l’érosion.

Les politiques de préservation des sols

En 2002, la Commission européenne avait lancé une politique de protection des sols. En effet, environ 16 % de la superficie de l’Union Européenne à 12, soit plus de 50 millions d’hectares, souffraient alors de dégradation, tandis que, dans les nouveaux États membres, elle atteignait environ 35 %. Les atteintes étaient variées : érosion, atteinte à la biodiversité, chute de la teneur en matières organiques, contaminations, salinisation, urbanisation.

sols érosion

Les sols comme patrimoine commun de la nation

En juin 2016 en France, dans le projet de loi biodiversité, les députés ont reconnu la protection des sols comme étant d’intérêt général. Ils sont à présent intégrés au patrimoine commun de la nation. « Notre cadre de vie est dépendant du bon fonctionnement de ce milieu, au même titre que l’air et l’eau, il est grand temps de lui conférer un statut », explique Solène Demonet de France Nature Environnement pour Actu-Environnement.

Si le projet de loi biodiversité est accepté comme tel, la préservation des sols sera intégrée au code de l’environnement, ce qui rendra sa préservation plus facile.