Internet : monde virtuel, pollution réelle

Internet : monde virtuel, pollution réelle

Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ont à jamais bouleversé notre époque, transformant en profondeur nos échanges et le partage de l’information. On pourrait penser qu’elles participent de la dématérialisation : moins de déplacements, plus d’efficacité dans la gestion des flux, et donc diminution de notre empreinte écologique. Mais est-ce si simple ?

Le développement exponentiel de l’utilisation des NTIC dans la vie quotidienne, phénomène dit du “big data”, font en réalité d’Internet un moyen de communication très énergivore. Virtuel seulement en apparence, il s’appuie sur une infrastructure très réelle. Et polluante.

Un univers pas si virtuel que ça

De votre boîte mail à celle de votre destinataire ou encore de votre requête Google aux sites Web, le chemin est bien réel.

En effet, votre mail emprunte les dédales de câbles de cuivre pour rejoindre dans un premier temps, les serveurs de votre quartier. De là, il sera traité une première fois dans un data center de votre région pour ensuite traverser l’Atlantique en direction du data center de votre hébergeur de messagerie (Gmail, Yahoo ou encore Hotmail).

Après analyse à plusieurs milliers de kilomètres de son origine, votre très cher mail – la dernière vidéo de Lolcat ? – effectuera tout le chemin inverse pour se retrouver quelques serveurs relais plus tard dans le boîte de réception de votre destinataire, peut-être simplement votre voisine de bureau…

On parle donc de face cachée en termes de pollution, parce que votre mail aura ainsi engendré une demande en énergie électrique réelle et importante. C’est au coeur de ces usines à traitement d’information – les data centers – que toute la demande en énergie se concentre.

A l’intérieur, des centaines de serveurs organisés en baies (armoires qui accueillent les serveurs) fonctionnent en continue. Ces serveurs utilisent l’énergie électrique pour traiter les données mais c’est aussi le besoin en refroidissement des serveurs (système de climatiseur en continu) ainsi que la multiplication de tous les serveurs nécessaires en cas de panne.

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De plus, ces centres ont des exigences équivalentes à celui des hôpitaux en termes de fiabilité. Une panne ne peut y être envisagée, d’où des systèmes électriques redondants pour se prémunir de toute défaillance.

L’impact énergétique des gestes quotidiens sur Internet

Au-delà de ces trajets impressionnants, c’est surtout le stockage des données dans les datas centers qui consomme le plus. Pour bien comprendre la réalité de cette forme de pollution, voici des données chiffrées :

  • Un mail simple avec une pièce-jointe envoyé représente l’éclairage d’une ampoule basse consommation de forte puissance pendant 1 heure soit 24 Watt/heure.
  • En 1 heure, dans le monde, pas moins de 10 milliards de mails sont envoyés. Ceci équivaut à  50 Giga Watt/heure ou encore la production électrique de 15 centrales nucléaires pendant 1 heure ou encore 4000 Aller/Retour Paris New York en avion.
  • Un mail parcourt en moyenne 15.000 km entre son origine et sa destination.

Le “Cloud” : un nuage… de pollution

Facteur de croissance fort de la demande d’électricité : le stockage à distance des données particulières et des entreprises. Appelé très joliment “cloud” (nuage en anglais), ceci apporte un espace de stockage en apparence infini, sans frontière réelle, accessible et disponible sur n’importe quel terminal possédant un navigateur Web. Idéalement, cela permet de centraliser le stockage des données, et donc de le gérer plus efficacement d’un point de vue énergétique. Mais cette nouvelle révolution n’est pas une nuage de gouttelettes d’eau, vous l’aurez compris.

En effet, l’infini du cloud se matérialise dans les datas centers du monde entier en consommation électrique croissante. Car la consommation de votre consultation ponctuelle – Google l’estime à un très maigre 0.0003 kWh pour une consultation sur son moteur de recherche – n’est pas représentative de l’énergie que nécessite le stockage en permanence des données sur des serveurs distants. Vous ne les consultez que ponctuellement, mais les serveurs tournent 24 heures sur 24. Sans compter l’énergie requise pour la fabrication des composants des serveurs, et la construction des data centers !

L’impact réel de nos chers Lolcats n’est donc pas bien connu.

Nouvelles Technologies de l’Information et Communication : 10 % de la consommation mondiale d’électricité

Ce que l’on sait par contre, c’est que les centaines de serveurs nécessaires au processus de traitement des données numériques d’un data center ont besoin de sources d’électricité et de refroidissement pour être opérationnels. C’est cette combinaison qui est extrêmement énergivore. Et l’on sait donc que, dans le monde aujourd’hui, les NTIC consomment quelque 10 % de l’électricité, selon le Digital Power Group, et c’est loin d’être du 100 % renouvelable.

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C’est aux États-Unis que la part la plus importante des datas centers est concentrée. C’est logique, c’est le pays d’origine des principaux acteurs du Web. Or, beaucoup sont alimentés par des centrales à charbon, représentant encore environ la moitié de la production électrique du pays. Et, on le sait, la combustion du charbon est responsable de plus de 50 % des émissions de gaz à effet de serre parmi les énergies fossiles.

La France n’est pas à l’écart de cette explosion de la demande énergétique des data centers. Avec plus de 140 data centers, elle se place en quatrième position dans le monde.

  • Un data-center consomme en moyenne en une journée autant que 30 000 habitants de foyers types européens.
  • La climatisation nécessaire et continu des serveurs représente 40 % de la demande en électricité d’un data center.

Derrière le nuage, le wifi

Les technologies sans fil, qui accompagnent le développement du “cloud”, sont elles aussi génératrices de consommation massive d’électricité. Que l’on en juge : selon l’Université de Melbourne, ce n’est pas la création du “nuage” qui génère le plus de consommation d’électricité. C’est l’accès à tous les points individuels. Pensez-y : cette borne wifi qui reste souvent (toujours ?) allumée chez vous, ces antennes relais, ces terminaux – smartphones, tablettes, ordinateurs… – qu’il faut sans cesse recharger.

Au total, l’Industrie des technologies de l’Information et de la communication serait responsable de plus de 2 % des émissions de CO2 mondiales. Tout comme le big data explose en termes de poids, ce chiffre risque d’augmenter dans les années à venir.

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Moins d’impacts, c’est possible !

Lors de votre utilisation, privilégiez sobriété et rapidité :

  • en réduisant mon temps de lecture
  • en envoyant des mails facile à lire
  • en optimisant la taille des documents en pièce-jointe (favoriser les fichiers compressés, les images en PDF basse résolution, les liens hypertexte à la place d’un document)
  • en supprimant les pièce-jointe qui peuvent être attachées au message quand on réponds à un correspond
  • en stockant ma boîte mail au maximum. Pour cela, ne conserver que les mails nécessaires. Faire un tri régulier de sa boîte de réception.
  • en installant un anti-spam
  • en simplifiant mes requêtes Web, privilégier pour cela la mise en place de vos sites “préférés” sur la barre des favoris
  • en optimisant ma recherche en utilisant des mots clés précis