Génération Alpha : que vivra mon petit-fils en 2036 ?

Qui sont-ils, ces enfants nés avec une tablette entre les mains qui n’auront plus besoin d’apprendre à conduire et qui pourront télécharger leur cerveau dans un ordinateur dès 2030 ? Quel avenir les attend ? C’est ce qu’imagine Laurence Paganini, Directeur Général du groupe de mode Kaporal, dans un texte très personnel.

Génération Alpha : que vivra mon petit-fils en 2036 ?

Lettre à mon fils, Papa dans quelques semaines…

Ton fils fera partie de la Génération Alpha

Tu vas bientôt élever un garçon de la Génération Alpha, nommée ainsi par Mc Crindle’s, sociologue australien, pour désigner tous les enfants nés après 2010. La génération la plus « transformatrice » qui soit !(2)

Elle se caractérise par le monde virtuel qui primera sur le monde physique. Ces enfants vont baigner dans l’Internet de Tout. « Ils ne pensent pas à ces technologies comme des outils », explique McCrindle’s. « Ils les intègrent singulièrement dans leur vie. »

La Génération Alpha sera la plus instruite de l’Histoire de l’humanité

Cette génération aura un accès illimité au savoir.
L’enseignement s’inverse à l’instar des écoles prototypes aux USA ou de l’école 42 de Xavier Niel : les leçons s’apprennent à la maison et les exercices se font en classe. Plus autonomes, ces enfants inventeront leur propre pédagogie.
Nés dans le monde de l’Iphone, des Googleglass, des YouTubers, d’Instagram , ces « screenagers » seront plus influencés par l’image que par l’écrit ou les paroles… À se demander si savoir écrire sera encore d’actualité.

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« La génération la plus ‘entrepreneuse’ », prédit l’expert américain Dan Shawbel. « Beaucoup de jeunes lanceront leur start-up avant l’âge de 10 ans ! ». Ils échoueront au début mais transcenderont leurs échecs. Dès leur plus jeune âge, ils prendront soin d’optimiser leur réputation à travers leur réseau.

Réseau virtuel car cette génération ultra connectée risque d’être aussi la plus solitaire.

20 ans en 2036, dans quel monde vivra-t-il  ?

Ton enfant n’aura plus besoin d’apprendre à conduire puisque la voiture autonome, qui se conduit sans chauffeur, est prévue dans 4 ans. La « vraie » voiture, qui n’a plus besoin de nous pour décider quoi que ce soit, est annoncée pour ses 16 ans, en 2030.

Il n’aura plus besoin d’apprendre les langues étrangères : les traducteurs instantanés intelligents seront depuis longtemps en service. Il n’aura plus besoin non plus de se fatiguer : les robots, autoperfectibles, apprendront de leurs erreurs. Les droïdes domestiques polyvalents élimineront toutes les tâches quotidiennes ennuyeuses ou pénibles.

L’homme pourra télécharger son cerveau dans un ordinateur en 2030

« Homme augmenté », « post-humain », immortel ? Cela donne le vertige. Raymond Kurzweil, l’ingénieur en chef de Google et chef de file du mouvement transhumaniste, mouvement polémique né en Californie, croit au progrès sans limite. « L’Homme pourra télécharger son cerveau dans un ordinateur en 2030 », a-t-il annoncé lors d’une conférence à Vancouver en mars 2014.

Le courant transhumaniste est arrivé en France en octobre 2015, ainsi que son « Université de la Singularité », en partenariat avec deux prestigieux établissements français : l’école d’ingénieurs Télécom Paris Tech et le Crédit Agricole. Tandis que Google, Apple, Facebook, Amazon développent actuellement des ressources considérables pour travailler sur ces sujets.

La Génération Alpha vivra aussi beaucoup plus longtemps grâce à l’allongement de l’espérance de vie : Calico, la start-up de Google, s’est associée à l’entreprise Ancestry DNA dans l’espoir de dénicher le secret de la longévité. Des recherches sont menées sur les cellules souches, les nanotechnologies et les tissus vivants construits par impression 3D. Et les performances physiques et mentales seront améliorées : prototypes de coeur artificiel, prothèses contrôlées par la pensée…

Un tel futur est-il souhaitable ?

De nombreuses personnalités du monde entier tirent en ce moment la sonnette d’alarme, craignant que l’intelligence artificielle ne finisse par tuer l’espèce humaine, comme l’explique la lettre ouverte sur le site du Future of life Institute.

Par ailleurs, n’y a-t-il pas un risque que les techniques de neuro-amélioration créent une classe sociale « améliorée » ? Une fracture au sein de l’humanité entre les « augmentés » et les autres, restés simplement humains ?

Notre petit Alpha grandira dans un monde où toutes les tâches plus ou moins ingrates seront reléguées aux robots, et où tout résidera sur l’amélioration continuelle de son confort de vie. Aura-il encore la valeur de l’effort, du travail ? Pourra-t-il de ce fait être heureux et trouver un sens à sa vie ? Sa concentration sera-t-elle réduite à celle d’un poisson rouge ?

Il paraîtrait que l’hyper connectivité développe des maladies psychologiques comme le fomo ou l‘adikphonia, et a pour effet de réduire la capacité de concentration moyenne de l’homme de 4 secondes. Fixée à 12 secondes en moyenne, elle a chuté en l’espace de 15 ans à 8 secondes : la capacité de concentration d’un poisson rouge serait de 9 secondes. ….. Une addiction qui engendrerait une incapacité à vivre le moment présent et la sensation constante d’être surbooké. Alors petit Alpha, seras-tu adepte de la digital detox ?

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.
Rabelais

Sur une note d’optimisme tu finiras, pour élever ton petit Alpha…

  • Beaucoup et plus que jamais tu l’écouteras …
  • Esprit critique, éthique, quête de sens pour ne garder que le meilleur de toutes ces innovations, tu lui apprendras.
  • Ses qualités inhérentes à l’homme : savoir penser, philosopher, rester créatif, faire de l’innovation un atout pour l’humanité, respecter l’environnement naturel et humain, continuer à aimer, à rêver, à imaginer, et à parler, tu renforceras.
  • Petite Poucette de Michel Serres, The ABC of XYZ de Mark McCrindle’s, L’homme simplifié : le syndrome de la touche étoile de Jean-Michel Besnier,  Internet rend-il bête ? de Nicholas Carr, tu lui liras.

La technique met-elle en danger la pensée ?

Le philosophe Michel Serres, porte un regard résolument optimiste sur le monde numérique et sur les nouvelles générations qui le portent – la petite Poucette, du titre de son livre. Il répond : « Mais pourquoi la pensée changerait-elle parce qu’on change de support ? ça s’est déjà produit deux fois. Dès lors qu’on est passé du stade oral au stade écrit, on a changé de manière de penser. La preuve, c’est que le platonisme est le témoignage précisément d’une discussion entre quelqu’un qui déteste l’écrit, qui s’appelle Socrate, et quelqu’un qui écrit sans parler qui s’appelle Platon. Au moment de l’imprimerie, là aussi il y a l’émergence d’un certain Michel de Montaigne qui dit : ‘Je préfère une tête bien faite qu’une tête bien pleine’. Voilà deux actes où, en effet, la pensée a changé : elle n’a été ni victorieuse ni défaite, elle a été transformée. »

Jean-Michel Besnier quant à lui, dissèque « l’homme simplifié » que nous consentons à devenir, au gré des conceptions scientifiques et des innovations techniques : « La mécanisation de l’humain a marqué le début des temps modernes. L’extension des technologies dites intelligentes consacrera-t-elle son aspiration à la bêtise ?  Si les machines prétendent nous simplifier la vie, elles réduisent aussi nos comportements à la logique de leur fonctionnement dépourvu d’ambiguïté, d’ironie ou d’émotions. Parce qu’elle est insidieuse, la déshumanisation est redoutable. »
« Cette servitude volontaire appelle une révolte d’un nouveau style : celle de l’homme revendiquant sa complexité et son intériorité comme le signe de sa liberté… »

Références :