L’adoption d’enfants dans le monde décline

L'adoption d'enfants dans le monde décline

L’adoption d’enfants dans le monde a diminué ces dix dernières années, il y a eu en 2013 trois fois moins d’adoptions internationales qu’en 2003. Cette baisse est due notamment au fait que la plupart des enfants adoptés internationaux sont désormais “à besoins spécifiques“, c’est-à-dire qu’ils soient relativement âgés, en fratrie, ou touchés par une pathologie. Serait-ce le début du déclin de l’adoption d’enfants ?

L’adoption d’enfants dans le monde baisse, du moins à l’internationale

De nos jours, sur 200 Etats reconnus par l’Organisation des Nations unies, 170 pays autorisent l’adoption, qu’elle soit internationale et nationale. Plusieurs conditions doivent être remplies et sont parfois variables : 100 Etats permettent aux célibataires d’adopter, tandis que 15 ne le permettent qu’aux couples mariés et 81 Etats ne permettent l’adoption qu’au-delà d’un âge minimal.

Dans 30 Etats, l’adoption internationale est interdite – parmi eux, se trouvent une vingtaine de pays de droit islamique, soit la plupart des pays à majorité musulmane du monde (excepté pour l’Indonésie, la Turquie et la Tunisie). L’interprétation majoritaire des versets 4 et 5 de la sourate XXXIII du Coran interdit de modifier la filiation des enfants pris en charge par des majeurs autre que leurs parents d’origine.

Le nombre d’adoptions internationales de mineurs dans le monde est passé d’environ 2.500 par an pendant les années 1950 et 1960 à plus de 40.000 par an au milieu des années 2000.

La Convention de La Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale , ouverte à la signature en 1993, a aujourd’hui été signée par environ 90 pays, dont la France en 1998. Cette Convention stipule qu’il est préférable dans l’intérêt supérieur de l’enfant, que les enfants soient adoptés par des proches de leur famille ou par des nationaux, l’adoption internationale devrait être appliquée en dernier recours. Ce qui contribue donc à restreindre le nombre d’adoptions internationales.

L’adoption internationale d’enfants se faisait différemment en 2003

En 2003, 70 % des adoptés internationaux sont originaires de l’un des dix pays qui émettent le plus grand nombre d’adoptés internationaux. Parmi ces pays on retrouve, la Chine, la Russie, Le Guatemala, l’Ukraine et la Corée du Sud. A l’inverse, parmi les pays qui reçoivent le plus grand nombre d’adoptés internationaux, on retrouve, les Etats-Unis, la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne.

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Les Etats-Unis, la France et l’Espagne sont à eux trois les pays qui adoptent le plus : plus de deux tiers des adoptés. Au contraire, le Portugal, le Royaume-Uni et le Japon adoptent très peu à l’international, ils adoptent à eux trois 2 % des adoptés internationaux.

Pourquoi ce déclin des adoptions internationales ?

Dans les pays qui adoptent le plus de mineurs à l’international, le nombre annuel a chuté de près des deux tiers depuis 2004, il est passé de 42.194 à 15.188 entre 2004 et 2013 dans les dix pays qui adoptent le plus, soit une chute de 64 %. Cette forte baisse du nombre d’adoptions dans le monde a plusieurs explications, mais toutes ces explications ont un point commun : ce n’est pas la “demande” des couples ou des individus qui a baissé, mais “l’offre” d’enfants adoptables.

Cela s’explique par des raisons structurelles, démographiques ou économiques. Tout d’abord, la baisse de la mortalité et la hausse du niveau de vie des pays traditionnellement d’origine des adoptés internationaux réduisent le nombre d’orphelins. Une autre raison avec la diffusion de la contraception et de l’interruption volontaire de grossesse et l’atténuation du stigmate associé aux naissances dites illégitimes, réduisent le nombre de naissances non désirées et donc d’enfants abandonnés.

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Enfin, la hausse du niveau de vie permet aux pouvoirs publics de développer des politiques sociales et familiales d’aide aux mineurs orphelins ou abandonnés, ce qui conduit aussi un plus grand nombre de couples stériles à demander d’adopter des enfants. Une bonne nouvelle, qui a certes pour conséquence de pouvoir aux pays d’origine de refuser un grand nombre de candidats à l’adoption.

Un autre élément qui aggrave cette baisse d’enfants adoptables à l’internationale, est que plusieurs décisions politiques et juridiques ont été prises, par exemple, la Chine exige pour confier un de ses enfants à l’adoption internationale que l’enfant soit adopté par un couple hétérosexuel marié, ayant obtenu le baccalauréat, travaillant et que le couple ne souffre pas d’obésité pathologique…

Et du côté de la France ?

En France, le nombre d’adoptions internationales a augmenté des années 1970 jusqu’au milieu des années 2000, passant de 971 à 4.136 adoptions entre 1979 et 2005. Mais de 2005 à 2013, le nombre d’adoptions internationales a chuté de 4.136 à 1.343, retombant à son niveau de tout début des années 1980. Comme dans la plupart des autres pays d’accueil, la part des adoptés internationaux étant “enfants à besoins spécifiques” a fortement augmenté, atteignant 70 %. Ce déclin des adoptions ne sera pas sans conséquence dans les pays d’accueil comme la France, on peut s’attendre à une augmentation des demandes de procréation médicalement assisté ainsi que de gestation pour autrui.

Sources : Populations et sociétés, ONU, www.ined.fr