De San Francisco à Roubaix, ces villes ‘zéro déchet’, 100 % citoyen

D’ici 2050, on estime que 70% des habitants de la Terre vivront en ville. Risquant d’être submergés sous les déchets… Certaines s’y préparent en visant le ‘zéro déchet’ en associant étroitement les citoyens à leur démarche. Zoom sur ces villes pionnières.

De San Francisco à Roubaix, ces villes 'zéro déchet', 100% citoyen

L’un des problèmes urbains les plus difficiles à résoudre concerne la collecte et l’élimination des déchets. La ville de New York génère ainsi chaque année 14 millions de tonnes de déchets solides émettant 1,66 million de mètres cubes de gaz à effet de serre. Il faut 2.000 camions bennes municipaux et 4.000 camions privés pour les ramasser. Le coût annuel dépasse 1 milliard de dollars, alors que la municipalité s’efforce depuis des décennies de réduire ses poubelles. Imaginez la facture économique et environnementale pour les villes du tiers monde qui n’ont même pas de système de ramassage municipal.

Pour viser le zéro déchet, les citoyens doivent être associés

Un rapport récent de l’ONU sur la gestion de l’eau et des déchets dans les villes du monde le dit sans ambiguïté : « Les autorités municipales se sont rendues à l’évidence : si les citoyens  ne s’investissent pas dans la gestion des déchets de leur ville, aucune technologie au monde ne peut résoudre le problème ».(3)

Si les citoyens ne s’investissent pas dans la gestion des déchets de leur ville, aucune technologie au monde ne peut résoudre le problème.

 

Pas d’alternative donc : les mesures prises pour réduire les déchets doivent être négociées avec les citoyens plutôt qu’imposées, sinon cela ne marche pas. C’est ce que semblent avoir compris les municipalités de villes aussi diverses que Durban, Milan ou San Francisco, mais aussi Roubaix.

San Francisco : atteindre le « zero waste » 

Non contente d’être déjà championne mondiale de la gestion des déchets, avec 80 % de retraitement, la ville pionnière des causes écologiques veut atteindre le « zero waste », zéro déchet au dépotoir.

Cet objectif n’a pas été décidé par un simple décret municipal. Il aura fallu plus d’une décennie pour y arriver, « grâce à un mélange de diplomatie et d’indéniable courage politique », selon Jared Blumenfeld, ancien directeur de l’environnement de San Francisco, aujourd’hui patron de l’Environnemental Protection Agency, pour tout l’Ouest américain, cité par le magazine L’Express.

Il a fallu négocier avec les entreprises de construction pour les convaincre de recycler 75 % de leurs matériaux, persuader les habitants d’utiliser systématiquement les trois poubelles, noire pour les détritus non traitables, bleue pour les recyclables et verte pour le compost, d’accepter la disparition des sacs plastiques et des petites bouteilles d’eau dans les lieux publics. Et même d’arroser leurs pelouses avec l’eau de rinçage des machines à laver.

Petit à petit les hôteliers et restaurateurs ont compris l’intérêt, non seulement écologique mais aussi économique, de composter les restes des repas. L’hôtel Hilton a ainsi fait baisser de 250.000 dollars par an le coût du ramassage de ses ordures. Les 4.500 restaurants de la ville ont rapidement suivi son exemple.

Milan : la collecte citoyenne des déchets de nourriture

Associez « déchets » et « Italie » et invariablement les images de Naples sous les ordures viennent à l’esprit. Pourtant, l’Italie et les poubelles, c’est aussi la success story de Milan.

En 2011 le taux de recyclage dans cette ville de 1,36 millions d’habitants était faible, et correspondait surtout aux déchets « secs » : papier, plastique, verre, etc. La récupération des déchets de nourriture se faisait essentiellement auprès d’entreprises commerciales. En 2012, Milan a décidé d’impliquer tous ses citoyens dans le ramassage des déchets organiques.

En 2014 le système de collecte individuel en sacs à composter a permis la collecte de plus de 90 kg par personne, réduisant la production de CO2 de près de 9.000 tonnes. Les restes sont ensuite transportés à un centre de traitement anaérobique et de compostage. Les habitants reçoivent gratuitement une poubelle spécialement conçue pour les restes de nourriture et peuvent suivre le processus avec une application sur leur smartphone.

Durban : lutter contre le chômage en transformant une décharge en espace vert

La ville de Durban, en Afrique du Sud, a réussi à transformer le site d’enfouissement de Buffelsdraai en projet de reforestation avec des espèces locales. Aujourd’hui, les habitants ont réhabilité 200 hectares de terrain autour du site et planté plus de 750.000 arbres indigènes.

Chaque membre de la communauté est appelé à devenir un éco-entrepreneur en cultivant et en plantant des arbres, travail rémunéré en avoirs qui peuvent se convertir en bons alimentaires ou servir à acheter des vélos ou payer la scolarité de leurs enfants.

Le projet réduit ainsi, non seulement la pollution, mais aussi la pauvreté et le chômage et contribue à améliorer la qualité de l’environnement. Le méthane produit par la décharge est utilisé pour produire de l’électricité et Durban vise à devenir la première ville africaine à se fournir en électricité à partir de ses déchets.

Roubaix : la San Francisco du Nord ?

Depuis plus d’un an, plus d’une centaine de familles volontaires de cette ville du Nord s’essayent à alléger leurs poubelles avec l’aide de la mairie. Bilan : les poubelles ont rétréci de 40 % déjà.

Alexandre Garcin, adjoint au maire au développement durable est à l’origine de la démarche. Entré au conseil municipal après les élections de 2014, il décide de mettre en place ce qui était alors une promesse de campagne : s’attaquer aux montagnes de déchets produits par la ville, avec 306 kg produits par an et par habitant. L’idée est de commencer par amener les habitants à trouver eux-mêmes des solutions.

Les familles se sont toutes engagées volontairement. On commence par la prise de conscience : la première semaine, chaque foyer doit peser ses poubelles, sans changer ses habitudes. La mairie leur propose ensuite des pistes pour réduire leur poids. L’objectif est de trouver des astuces qui permettent de diminuer la quantité de déchets produits, sans trop d’impacts sur le mode de vie.

Pour réussir, à entendre les participants, il faut y aller étape par étape. On commence d’abord par faire plus attention au tri, à composter, à réparer des objets cassés au lieu de les jeter. On consomme de façon plus raisonnée, puis on se met à fabriquer soi-même ses produits ménagers. On prend conscience que réduire ses déchets, c’est changer de mode de vie : éviter le gaspillage, réutiliser les sacs et cartons d’emballage, acheter autrement. Puis, on finit par comprendre que la réduction du sac de déchets permet… de faire grossir le portemonnaie.

Avant le « zéro déchet », Andrée tenait à peine trois semaines avec son budget de 500 euros mensuels pour quatre. « Aujourd’hui, il me reste 200 euros par mois. On a pu ouvrir un livret A », confie-t-elle.

Depuis janvier, 100 nouvelles familles ont rejoint les pionniers, quatre écoles s’y essaient et on réfléchit à la façon de changer les pratiques des services administratifs. Un label « zéro déchet » a été créé pour les commerçants et plusieurs s’y sont impliqués. Car, de Roubaix à Durban, de San Francisco à Milan, le « zéro déchet », c’est toujours 100 % citoyen.

Illustration bannière : Poubelles de recyclage sur les rues de Milan – © Enki Photo Shutterstock