Le commerce équitable se met en musique

On connaissait le café, le thé, le riz.. voici la "musique équitable" ! Face à une industrie du disque en pleine crise, de nouveaux acteurs sont apparus, principalement sur internet, avec pour objectif une rétribution plus "juste" des artistes qui ne peuvent vivre de leur métier et de leur passion. Présentation de ces initiatives.

Sur un air de crise…

Aujourd’hui, quatre multinationales (Universal, Sony BMG, la Warner et EMI) règnent sur l’industrie du disque, imposant des produits qui répondent à des logiques avant tout d’ordre marketing. Ces majors se partagent ainsi 80 % des parts du marché du disque en France, une concentration qui met en danger la diversité musicale et laisse sur le carreau de nombreux artistes, comme en attestent certains chiffres :

  • en 2004, 90 % des disques vendus représentait moins de 5 % du total des références,
  • en 2005, sur cinq nouveautés, quatre d’entre elles étaient produites par un de ces majors,

commerce équitable en musique

De même, sur un disque vendu à un prix de 17 euros, l’artiste ne touche que 90 centimes. Des constats qui ont poussé des associations et professionnels à créer par Internet un rapport direct entre l’artiste et le public sur le modèle du commerce équitable.

Reshape music, le label "équitable"

Fondé en 2006 et à l’origine de la notion de "musique équitable", Reshape Music se définit comme le premier label "éthique et participatif". Son site Internet regroupe ainsi une trentaine d’artistes indépendants, aux styles musicaux parfois peu médiatisés, et repose sur plusieurs principes :

  • la fixation du prix de l’album : le site fixe une échelle de prix permettant à l’internaute de décider du prix d’achat. Un prix est cependant "conseillé", représentant selon le label un juste équilibre entre l’artiste et le public.
  • la rémunération équitable des artistes : 50 % du prix d’achat est directement reversé à l’artiste.

 Un site, fairtrade-music.com, crée par le label, devrait voir le jour dans les prochains jours. Financée par de la publicité dite "responsable", il s’agit d’une véritable plateforme de "musique équitable" gratuit et ouvert à tous, qui devrait permettre à l’artiste de toucher 100 % des ventes de ses productions.

Les internautes auront aussi la possibilité d’acheter des albums "de légende" au même prix qu’ailleurs mais avec une commission reversée à des artistes indépendants.

Airtist, téléchargez équitablement (et légalement)

Autre initiative reprenant les principes du commerce équitable : la communauté de téléchargements de musique en ligne, Airtist, qui propose de télécharger sa musique :

  • en payant au prix défini par l’artiste (0,20 euros minimum) qui reçoit 70 % du prix de vente hors taxe,

  • par un téléchargement gratuit et légal en échange d’une annonce publicitaire à visualiser qui rémunère l’artiste à hauteur de 0,11 euros (hors taxe).

L’artiste peut également vendre ses disques en ligne : à chaque téléchargement 0,01 euros est reversé à une association caritative au choix de l’internaute.

Une charte de musique équitable et solidaire ?

L’association FairPlayList, créée en 2003, a développé de son côté un réseau de distribution de proximité avec notamment des magasins de commerce équitable, biologiques, mais aussi de mode.

Sa démarche se veut également écologique, l’association n’hésitant pas à sortir une compilation de disques composés de matériaux recyclables lors de son dernier Festival "Ménilmontant, capitale de la musique équitable et écologique" en mai 2008.

Developpement durable article

Mais l’initiative sans doute majeure de FairPlayList est l’élaboration d’une Charte de la Musique éthique "pour une filière musicale équitable et solidaire" co-écrite avec l’association Dyade A&D et Utica, une structure indépendante de production de disques et d’édition musicale.

Tout distributeur signataire s’engage ainsi à payer la moitié des disques par avance. Ainsi la rémunération de l’artiste se veut plus"équitable" : par l’intermédiaire de ce réseau de solidarité, un artiste, avec 3000 disques vendus, serait en mesure de gagner plus que s’il vendait 10 000 disques à la FNAC selon les propres mots des dirigeants de FairPlayList.

Pour plus d’information, rendez-vous au Salon de la Musique et du Son du 12 au 15 Septembre prochain, Porte de Versailles à Paris.

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