Calculer les émissions de CO2 de ses vols : le test

L’aviation civile représente près de 3 % des émissions de CO2 mondiales. Montrées ainsi du doigt, les compagnies de la Federation nationale de l’aviation marchande (FNAM) (Air France, Airlinair, Britair, Transavia, etc.) proposent sur son site www.observatair.fr 2 calculateurs d’émissions de CO2  à destination des particuliers : un pour leurs vols effectués uniquement avec la flotte d’Air France KLM et un second toutes compagnies confondues, réalisé par de la Direction générale
de l’aviation civile (DGAC).

Test et verdict…

Calculateurs d’émissions de CO2 : vraiment fiables ?

Testant les 2 calculateurs, consoGlobe a calculé les émissions de CO2 d’un même vol aller-retour effectué au départ de l’aéroport Paris Charles de Gaulle et à destination d’Amsterdam (aéroport Schipol). Les résultats annoncés sont concordants… enfin presque  :

  • le calculateur de CO2 d’Air France annonce ainsi des émissions de “144 kg de CO2” par passager pour un voyage aller-retour long de 894 km, soit “161.1 g de CO2 / passager.km et une consommation de 6.4 L de carburant / passager.100 km “.

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  • le calculateur de la DGAC annonce lui des émissions de l’ordre de 138 kg de CO2, en précisant qu’il s’agit d’une estimation de +/- 10 %, et 6,8L de carburant consommés par passager tous les 100 km.

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Jusque-là rien d’illogique, les faibles écarts d’émissions annoncés pouvant être dus à quelques différences en termes de méthodologie de calcul ou de type d’avions notamment. Seul problème : la distance de vol. En effet le calculateur de la DGAC annonce un vol aller-retour long de 794 km, soit 100 km de moins qu’Air France

La compagnie franco-hollandaise ferait-elle des petits détours pour polluer plus ? Difficile à croire, mais comment expliquer cet écart de kilométrage ?

Méthodologies : un manque d’explication

Le site d’Air France explique ainsi avoir utilisé pour ses calculs la distance parcourue par les avions (distance “plan de vol”) à partir de la distance orthodromique, ou distance à « vol d’oiseau », à laquelle est appliqué un facteur correctif prenant en compte les contraintes opérationnelles telles que l’attente au-dessus des aéroports (par exemple : pour le long-courrier, la « distance plan de vol » équivaut à la distance orthodromique augmentée de 5 %).
Par contre, aucune explication sur le site de la DGAC qui indique seulement que “le calcul est effectué destination par destination sur la base des types d’avion réellement utilisés et de la distance parcourue”.
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Bref, on note un certain manque de précisions dans les méthodes calculs de la DGAC… De même, les 2 calculateurs sont amenés à évoluer, des données d’exploitation étant manquantes pour certaines destinations (type d’avions, consommation réelle de carburant, poids des marchandises, conditions météo, etc.).

La compensation carbone : une fausse bonne idée ?

Après avoir calculé les émissions de notre petit aller-retour, les 2 calculateurs nous invitent à les compenser, c’est-à-dire à financer des projets de lutte contre le réchauffement climatique dans des pays en voie de développement, qui économisent une quantité de CO2 équivalente à celle émise lors de notre vol.

  • Le montant “compensatoire” de notre vol aller-retour Paris/Amsterdam est ainsi de 2,88€/ passager, sur la base de 20€ par tonne de CO2 dans le cas d’Air France, don que la compagnie nous propose de reverser directement en ligne à l’ONG Action Carbone.

Ce principe de pollueur-payeur a certes des vertus écologiques et sociales certaines, mais il n’amène en rien à des réductions concrètes des émissions des avions qui nous transportent… Une manière détournée pour les compagnies de redorer leur image auprès du public tout en l’incitant à continuer à prendre l’avion ? Une sorte de greenwashing bien déguisé ? La question peut se poser…

Ces 2 calculateurs restent certes un bon moyen pour le grand public d’avoir un aperçu de l’impact environnemental de leur vol, mais ce ne sont pas des outils le conduisant à réduire son empreinte écologique et à privilégier les transports les plus propres…

Paris-Amsterdam, c’est peut-être mieux en train, non ?

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