‘Le bio plafonnera à 10 %’ : comment s’attaquer aux 90 % restant selon Monoprix

Monoprix, spécialiste de la distribution de proximité particulièrement présent sur la région parisienne, investit fortement et depuis le début des années 1990 pour rendre son offre plus « responsable ». Jusqu’où vont ses efforts ? Nous faisons le point avec Karine Viel, Responsable du Développement Durable.

'Le bio plafonnera à 10%' : comment s'attaquer aux 90% restant selon Monoprix

Si les Français font leurs courses de plus en plus sur Internet, ils continuent de privilégier les grandes surfaces pour faire leurs achats quotidiens. Selon les dernières études de l’Insee, les Français réalisent notamment plus de 70 % de leurs dépenses alimentaires dans les grandes surfaces et 15 % dans les commerces spécialisés, tels que boulangeries, épiceries et boucheries.

Les choix des grands distributeurs en termes de références mises en vente, de transport, et de gestion de leurs bâtiments restent donc des paramètres essentiels pour réduire l’impact de notre consommation sur l’environnement et pour une consommation généralement plus responsable.

Dans cette optique, le leitmotiv de Monoprix est « Développer la qualité des relations au quotidien en inventant toutes les façons de mieux vivre ensemble ». Qui n’est pas sans rappeler le mot d’ordre de consoGlobe.com, « consommer mieux, vivre mieux ». consoGlobe.com a donc rencontré Karine Viel, Responsable du Développement Durable de l’enseigne, pour mieux comprendre comment ces impératifs se déclinaient dans les différentes dimensions de son activité.

Interview de Karine Viel, Responsable du Développement Durable de Monoprix

consoGlobe.com – Monoprix souhaite « permettre aux clients de consommer mieux en proposant une offre plus responsable et en menant des actions d’information et de sensibilisation ». Où en êtes-vous ?

Karine-Viel-MonoprixKarine Viel – Notre démarche développement durable est formulée autour de 4 grands objectifs pour 2020. Elle a été lancée en 1990 : Monoprix a été la première enseigne généraliste à proposer des produits bio et verts, alors qu’auparavant seuls les magasins spécialisés en commercialisaient.

C’est sans doute aujourd’hui la partie la plus visible pour nos clients et notre premier impact : notre marque propre Monoprix Bio lancée en 1994 ; et les produits issus du commerce équitable commercialisés dès 1998, pour lesquels Monoprix a également été la première enseigne généraliste à en proposer.

Notre objectif est que l’offre « responsable » – c’est-à-dire l’ensemble des produits qui bénéficient d’un label externe – représente 10 % de notre chiffre d’affaires en 2020. Nous suivons en effet la part que ces produits représentent dans notre chiffre d’affaires, plutôt que de compter le nombre de références proposées. L’objectif est que les produits « responsables » prennent une part importante dans le panier de nos clients.

Aujourd’hui, l’enjeu est de rendre cette offre visible et compréhensible. Les packagings de notre marque Monoprix Bio aux couleurs vives jaune et bleu ont été travaillés dans l’optique d’une gamme bio facilement identifiable et assumée.

Au-delà des labels officiels, nous travaillons sur les filières avec nos partenaires, notamment agricoles, afin de garantir le bien-être animal, une meilleure nutrition et favoriser les produits locaux. Ce sont des initiatives qui ne sont pas incluses dans cet indicateur mais qui font partie de notre démarche pour offre plus responsable.

Par exemple, nos produits « Bleu Blanc Coeur », ou nos efforts en matière de bien-être animal sont généralisés à l’ensemble des produits sous marque Monoprix. Ainsi, avec nos fournisseurs agricoles, nous avons mis en place une « filière française de lait Monoprix » au sein de laquelle nous accompagnons les éleveurs vers de meilleures pratiques, autour d’une charte que nous avons conçue ensemble et qui nous permet une traçabilité intégrale du produit.

De la même façon, nous avons créé une « filière saumon d’Ecosse » qui nous garantit des conditions d’élevage raisonnées et responsables et des saumons nourris sans OGM ni antibiotique.

Les 4 engagements durables de Monoprix © Monoprix

Les 4 engagements durables de Monoprix © Monoprix

consoGlobe.com – Vous soulignez sur votre site que les produits « responsables » représentaient 7,3 % du CA toutes enseignes du Groupe Monoprix dont Naturalia confondues en 2014. Cela veut-il donc dire que 92,7 % du CA est réalisé avec des produits qui seraient « irresponsables » ?

KV – Nous entendons par « responsables » les produits labellisés Bio, commerce équitable, Ecolabel etc. C’est d’ailleurs toute la complexité du terme « responsable », tout comme « durable ».

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de démarche pour rendre les autres produits sous notre propre marque plus responsables hors label : au contraire, Monoprix porte une attention particulière aux conditions de fabrication et d’élevage des produits proposés dans nos magasins.

L’entreprise est engagée dans une démarche d’amélioration continue, en étroite collaboration avec nos fournisseurs. Comme je vous l’expliquais, nous accompagnons toutes les filières pour que le lait, par exemple, soit issu de fermes françaises sélectionnées, inscrites dans une démarche de progrès sur le bien-être animal. Dans la même perspective, depuis 2013, tous les oeufs à marque Monoprix sont issus de poules élevées en plein air.

consoGlobe.com – Pour l’alimentaire, quel pourcentage de vos ventes est en bio ?

KV – Le poids des produits labellisés bio dans le chiffre d’affaires alimentaire et entretien de Monoprix est de 6.2 %. Un pourcentage qui peut sembler petit, or il faut savoir que le poids du bio reste petit sur le marché français – le bio représente 2.5 % du marché alimentaire total en France(2).

L’appétence de nos clients est donc plus forte : le poids du bio dans les paniers des clients Monoprix est surreprésenté par rapport au marché français. Cela s’explique par la largeur et l’attractivité de notre offre bio qui comprend plus de 2 000 références bio en magasin dont près de 500 à marque Monoprix Bio, par notre rôle précurseur et par nos actions de sensibilisation auprès des clients depuis plus de 25 ans et le profil de notre clientèle. On note par exemple que sur les produits équitables, notre part de marché est trois fois plus forte proportionnellement au marché français.

Part du bio et du responsable chez Monoprix. Source : Monoprix

Part du bio et du responsable chez Monoprix. Source : Monoprix

consoGlobe.com – Et pourtant, comme vous le dites, la part de l’offre, et de la demande, reste marginale. Quels sont les freins ? Pourquoi le bio notamment n’est-il pas plus développé ?

KV – Il y a encore une pédagogie des enjeux à faire auprès des consommateurs. Nous sensibilisons à la fois nos collaborateurs et nos clients. On voit bien que ce sont des sujets qui sont de plus en plus abordés dans les médias, et je suis convaincue que Monoprix a toujours ce rôle à jouer pour rendre le bio désirable. Aussi, malgré la conscience des enjeux, il y a toujours un écart de prix entre le bio et le conventionnel qui peut freiner.

Au-delà de l’approche labélisée, on peut s’attendre à ce que le bio plafonne et ne dépasse pas 10 % à 15 % du marché, ce qui nous incite à accompagner l’agriculture conventionnelle.

On peut s’attendre à ce que le bio plafonne et ne dépasse pas 10 % à 15 % du marché.

 

Il nous faut réfléchir en termes d’agro-écologie : sans que 100 % de l’agriculture passe en bio, il faut que l’agriculture conventionnelle soit plus respectueuse de l’environnement et de la biodiversité.

Donc, on garde notre objectif de 10 % de notre chiffre d’affaire, qui reste ambitieux mais on travaille aussi pour encourager l’agriculture raisonnée, c’est une voie intermédiaire qui permet de mettre le conventionnel dans une logique de progrès.

consoGlobe.com – C’est intéressant de constater que même votre enseigne Naturalia, l’une des six du groupe, n’offre que 76 % de produits « responsables » en proportion de son chiffre d’affaires. On s’attendrait à ce que l’enseigne soit à 100 %, qu’est-ce qui l’en empêche ?

KV – Tous les produits proposés chez Naturalia sont sélectionnés avec soin par nos acheteurs experts. Ce chiffre est sous-estimé, c’est une question de codification des produits. Certains produits n’ont pas d’éco-labels, d’autres sont « naturels » mais sans être bio, et puis il y a des produits type éponge, serpillière pour lesquels il n’existe pas de labels.

consoGlobe.com – Votre deuxième axe de travail c’est de « respecter l’environnement en réduisant les gaz à effet de serre », et donc « améliorer la gestion de l’énergie et des déchets ». Dans cette optique, le vrac est une nouvelle tendance prometteuse. Quelle place lui donnez-vous aujourd’hui ?

KV – Le vrac, on s’y intéresse. Il se porte très bien chez Naturalia, quasiment tous les magasins ont une offre de produits en vrac. Côté Monoprix, des meubles de produits vrac sont en test dans une dizaine de magasins, qui proposent quelques références de produits en vrac.

On constate que ce ne sont pas les même produits qui fonctionnent chez Monoprix et Naturalia : côté Monoprix, il s’agit plutôt de snacking, type noix de cajou, noisettes, tandis que chez Naturalia il s’agit d’ingrédients à cuisiner, des céréales et légumineuses : lentilles, riz, graines. D’un côté les clients Monoprix semblent rechercher la praticité et les petites quantités d’une offre plaisir à grignoter ; de l’autre la clientèle Naturalia semble plus sensibilisée à une offre qui limite le suremballage.

Il faut savoir que ce sont des rayons qui demandent une maintenance importante pour que garantir des conditions d’hygiène règlementaires, mais nous poursuivons les tests pour voir dans quel type de magasins cela fonctionne.

Sur le volet environnemental, la source première d’émissions de gaz à effet de serre, c’est le froid alimentaire, qui représentent 60 % de nos émissions, plus même que le transport. On a mis en place des plans d’action depuis 3 ans pour lutter contre les fuites des canalisations dans les magasins. La priorité, c’est ensuite les portes sur les meubles pour le froid, qui représentent 60 % des consommations d’énergie des magasins. Tous les nouveaux magasins sont systématiquement avec des meubles équipés de portes. Pour les anciens on les équipe progressivement.

On a aussi développé une offre « made in pas très loin ». Par exemple le made in pas très loin Paris représente 157 références avec 29 fournisseurs sur 124 magasins.

consoGlobe.com – Vous êtes censés éliminer les sacs plastiques à usage unique, où en êtes-vous ?

KV – On s’efforce de changer les habitudes des collaborateurs et des consommateurs. En caisse on vous propose maintenant un sac en papier, ce n’est pas le plus difficile à gérer. C’est plus difficile dans les rayons fruits et légumes. C’est prévu au 1er janvier 2017, mais on a décidé d’anticiper et de faire tous les types de sacs d’un coup.

consoGlobe.com – Que faites-vous en matière de végétalisation des bâtiments ?

KV – C’est un sujet qui nous mobilise. La Mairie de Paris a un objectif de 100 hectares de toits ou de murs végétalisés. Comme le groupe Monoprix a une forte concentration de magasins dans Paris, on a signé une charte il y a un mois sur la végétalisation des toits. On a identifié 3 toits, qui permettront de lancer la dynamique et de rayonner autour de Paris.

consoGlobe.com – Enfin, que faites-vous en matière de gaspillage alimentaire ?

KV – Il y a plein de façons de lutter contre le gaspillage : il s’agit de repenser nos gestions de stock, nos modes d’approvisionnement, notamment les rayons de pain, viennoiseries, pâtisserie, et fruits pour voir où sont les zones de gaspillages. Et d’échanger avec nos partenaires agricoles pour voir où agir. On a développé une offre « quoi ma gueule » de produits moins beaux mais tout aussi bons, identifiés en magasin. On travaille pour repousser les dates de consommation, ce qu’on ne peut pas faire seuls, ce sont les industriels qui sont décideurs.

Et on agit sur l’aval, en matière de sensibilisation des clients. Parce qu’il ne faut pas oublier que, selon les études, les supermarchés ne représentent que 5 à 10 % du gaspillage total, le gros des gaspilleurs, c’est vous et moi. Il faut donc toute un politique de sensibilisation que l’on mène via des campagnes en magasin, des animations avec des collectivités locales, des brochures, un cook truck dans lequel on apprend à faire des recettes avec des fruits abîmes ou de pain sec…

Enfin, on développe le don alimentaire, c’est une façon de lutter, même si la meilleure manière c’est d’éviter les déchets. En 2014, on a donné 3,1 millions de repas, 4,8 millions en 2015, surtout en développant le nombre de magasins qui signent des conventions avec des associations. On sollicite les associations, mais elles ne peuvent pas toutes venir, il faut les aider à s’équiper. Donc on participe à différentes expérimentations pour trouver des solutions.

Sources de l'article :