Béguinage et maison Babayaga : l’habitat participatif pour seniors

Béguinage et maison Babayaga : l'habitat participatif pour seniors

Les « béguinages » (begijnhof en néerlandais) étaient, au Moyen Âge, des lieux où vivaient les Béguines, des femmes, souvent célibataires ou veuves, appartenant à une communauté religieuse laïque sous une règle monastique. De nos jours, ils retrouvent une seconde jeunesse comme lieux de vie participatifs alternatifs pour personnes âgées.

Béguinages autrefois : femmes célibataires et communauté religieuse

Nombreux en Flandre et aux Pays-Bas, les béguinages sont généralement constitués d’une ou deux rangées de petites maisons reliées par des coursives et regroupées autour d’une église, le tout réuni autour d’une cour agrémentée d’un jardin. Certains existent encore aujourd’hui et sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

© CC, Josep Renalias

© CC, Josep Renalias

Béguinage moderne : habitat participatif et solidaire

L’idée d’un lieu de retraite et de protection spécifiquement adapté aux femmes et à leurs enfants a séduit de nombreuses personnes et associations depuis une vingtaine d’années. Dès 1998, en Allemagne, s’est créée la ferme de Lieselotte, où s’associent librement des femmes de tous âges et conditions dans le but de vivre en communauté, de s’entraider et de se ressourcer.

D’autres ont vu dans le béguinage une solution particulièrement bien adaptée au problème du vieillissement de la population européenne. Ainsi, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France, de nombreuses maisons de retraite bâties sur le principe du béguinage ont ouvert leurs portes depuis quelques années.

Certaines d’entre elles ont clairement opté pour une orientation religieuse, comme le béguinage de Perpignan d’autres sont strictement laïques. Mais toutes partagent les principes de l’habitat participatif et solidaire. Certains prennent carrément un tournant radical, comme le mouvement des maisons de Babayaga, dont le nom évoque la sorcière des légendes russes.

© CC, Lerichard

© CC, Lerichard

La Maison des Babayagas : autogérée, citoyenne et écologique

La Maison des Babayagas, c’est un rêve de vieilles dames : la maison de la sorcière des contes russes est devenue une résidence autogérée pour femmes âgées à faibles revenus. Ainsi en 2012 s’est ouverte à Montreuil (93) la première maison de retraite autogérée, citoyenne, écologique pour « changer l’imaginaire social de la représentation des vieux », selon Thérèse Clerc, 85 ans, fondatrice du mouvement.

Ici, chaque résidente habite un appartement et partage des espaces communs. Il n’y a pas de personnel soignant permanent ni d’équipement médical, mais une mutualisation et une entraide sur les questions de santé. Le projet repose aussi sur l’envie de reconstruire des solidarités de voisinage.

« On fera des repas de quartier, la maison sera le point de chute de l’AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), on organisera des soirées débats, qui auront une dimension forcément politique, pour faire changer le regard des gens sur des questions comme la place des femmes, la natalité… », explique Thérèse Clerc.

Le béguinage : une solution pour une population qui vieillit

Tout le monde ne voudra, ni ne pourra vivre selon ces principes qui paraîtront radicaux à certains, mais dans les années à venir, beaucoup de personnes souhaiteront trouver une alternative aux traditionnelles maisons de retraite. L’idée n’a pas donc échappé aux municipalités, aux sociétés HLM et aux communautés religieuses ou associations laïques que le béguinage pouvait constituer une réponse originale au problème du vieillissement de la population européenne.

Leuven-Groot-Begijnhof-2Et puis, il ne manque pas de bâtiments collectifs – casernes, couvents, séminaires – qui pourraient ainsi trouver une nouvelle jeunesse. D’une pierre, deux, voire trois coups : loger les anciens à prix raisonnable, donner du sens à leur vie, tout en faisant revivre le patrimoine. On peut s’attendre à ce que l’idée fasse des émules…