Réchauffement climatique. Le méthane en remet une couche
Un article paru récemment dans le New Scientist fait une mise au poin sur le réchauffement aux hautes latitudes. En effet, la température moyenne y a augmenté de 2°C par rapport aux années 1951-1980, engendrant une fonte de la banquise.
Contrairement à cette dernière qui est un très bon réflecteur de la lumière solaire, les surfaces de mer dégagées de la glace sont très absorbantes et se réchauffent donc rapidement. Un réchauffement qui s'étend aux continents avoisinants (Canada, Groenland, Norvège, Sibérie …) jusqu’à plus de 1000 km vers l’intérieur.
Une conséquence de ce réchauffement déjà bien visible est cette portion de sol appelée "permafrost" qui est entrain de fondre alors qu'elle n’a jamais dégelé depuis la dernière glaciation qui s’est achevée il y a 10 000 ans. Cette fonte provoque la dégradation rapide du sol et de tout ce qui a été bâti dessus...

- La concentration atmosphérique de méthane avait augmenté de 150 % depuis le début de l’ère industrielle, avant de se stabiliser il y a une dizaine d’années.
- En 2007, elle a recommencé à augmenter.
Mais les répercussions peuvent être bien pires : le permafrost contient des quantités très abondantes de carbone (évaluées à 16 000 milliards de tonnes), dont une part non négligeable pourrait être libérée dans l’atmosphère si la fonte de ce permafrost persiste.
Une bonne partie de ce carbone est sous forme de méthane (CH4), un gaz à effet de serre 62 fois plus "pertinent" pour l’effet de serre, que le dioxyde de carbone(CO2).
Une hausse du méthane atmosphérique aura pour conséquence d’accentuer le réchauffement et d’accélérer la fonte du permafrost. De plus, dans ce sol dégelé, qui possède de grandes quantités de carbone organique, la vie bactérienne va recommencer, accélérant son réchauffement par la chaleur qu’elle diffuse, et provoquant l’émission de quantités supplémentaires de CO2 et de CH4, et donc, une fois de plus une accélération du réchauffement.
Par ailleurs, les zones humides vont abondamment s’amplifier comme conséquence de cette fonte, zones qui sont des sources naturelles importantes de méthane. Et si le réchauffement s'étend jusqu’aux sédiments, peu profonds, des mers voisines, le méthane risque de dégazer rapidement, entraînant encore une accroissement du réchauffement.
On suspecte les émissions par le permafrost partiellement fondu en Sibérie à la fin de l’été 2007.
La signature du manifeste et les adhésions sont possibles sur le site de Sauvons Le Climat :
http://www.sauvonsleclimat.org
La validité de certaines politiques remise en question
Par ailleurs, selon les scientifiques, le fort impact du méthane sur le réchauffement climatique immédiat remet en cause la validité de politiques qui seraient basées seulement sur un marché des droits d’émission du carbone...
Il existe, en effet, de nombreux gaz dont les émissions contribuent au renforcement de l’effet de serre : (méthane, oxyde nitreux, CFC, etc) . Chacun de ces "gaz à effet de serre" (GES) dispose de caractéristiques propres d’absorption du rayonnement et de durée de vie dans l’atmosphère après son émission.
Cependant, lors de sa séance du 30 octobre 2007, le Conseil de l'Environnement de l'Union européenne a consacré les efforts de réduction à réaliser uniquement sur la réduction du CO2. De plus, dans le Grenelle de l’environnement, toutes les mesures proposées concernent la réduction des émissions du CO2 sans jamais évoquer le méthane.
En fait, pour simplifier l’appréciation globale de l’incidence de ces émissions des différents gaz sur le changement climatique, il a été décidé d’utiliser des règles d’équivalence permettant de comptabiliser les émissions des GES autres que le CO2 en une unité commune : la tonne d’équivalent CO2 (teq CO2).
Cette unité est définie sur la base de l’impact relatif de chaque gaz sur le réchauffement climatique par rapport à celui du CO2.
Pour y parvenir, le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) a proposé la notion de "Potentiel de réchauffement global" (PRG).
Le PRG indique la contribution relative au réchauffement de la planète pendant une période déterminée (par exemple 100 ans) d’une émission ponctuelle en début de période d’un kg d’un gaz à effet de serre particulier par comparaison avec la contribution sur la même période d’une émission ponctuelle d’un kg de CO2.
L’adoption de cette règle a des répercussions non négligeables sur l’appréciation relative du rôle des différents gaz car son emploi pour évaluer des émissions suppose forcément de faire référence à une période d’intégration à partir de l’émission.
Comme la durée de vie du méthane est assez courte (de l’ordre de 12 ans) par rapport au temps de résilience du CO2 dans l’atmosphère, le PRG du méthane varie de manière importante avec la période de temps choisie.
De plus, l’utilisation des PRG n’est efficace qu’appliquée, année après année, aux horizons considérés comme préoccupants par les études climatiques et donc en particulier 2050, 2100 et 2150.
Dans tous les cas, en plus de l'effort incontournable de réduction des émissions de CO2, un intérêt plus grand doit être porté à la réduction à court terme des émissions de méthane, dont les impacts sont élevés à l’horizon de plusieurs décennies.
La période de deux ans de négociation sur l’après 2012, décidée à la récente Conférence de Bali, devrait donc être mise à profit pour entamer une nouvelle réflexion sur le sujet.
Le saviez-vous?
- Actuellement, le méthane est responsable de 18% de l’effet de serre additionnel dû à l’homme, à comparer aux 63% du dioxyde de carbone.
- Un relâchement de 100 milliards de tonnes d’ici la fin du siècle aurait le même effet que 270 ans d’émissions de CO2 au rythme actuel de 27 milliards de tonnes par an.
- Une vache produit jusqu'à 600 litres de méthane par jour : un impact équivalent à une voiture qui parcourt 40 kilomètres par jour ! 95 % de ce gaz à effet de serre est évacué par la bouche et les narines, 5% par les pets.
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Article rédigé par Elwina, avril 2009




