Changement climatique : jusqu’à la moitié des pâturages pourraient disparaître

Le changement climatique menace directement les pâturages à travers le monde, socle de l’élevage extensif. Selon une étude de l’Institut de Potsdam, les surfaces aujourd’hui adaptées aux vaches, brebis et chèvres pourraient se contracter de manière massive d’ici la fin du siècle, bouleversant les équilibres écologiques et alimentaires à l’échelle planétaire.

Rédigé par , le 13 Feb 2026, à 9 h 15 min
Changement climatique : jusqu’à la moitié des pâturages pourraient disparaître
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Cette étude met en évidence une fragilisation profonde des pâturages sous l’effet du réchauffement climatique. Ces pâturages, qui couvrent environ un tiers des surfaces terrestres, constituent la base des systèmes d’élevage herbagers. Leur évolution future apparaît désormais étroitement liée à l’intensité des émissions de gaz à effet de serre et à la capacité des territoires à rester dans des conditions climatiques compatibles avec l’élevage.

Des pâturages au coeur de l’équilibre climatique et alimentaire

Les pâturages jouent un rôle central dans les systèmes agricoles mondiaux. En effet, ils soutiennent l’élevage de milliards de vaches, brebis et chèvres, tout en rythmant des paysages riches en biodiversité. Cependant, selon l’étude publiée par le Potsdam Institute for Climate Impact Research dans la revue scientifique PNAS(1) le 9 février 2026, ces surfaces sont particulièrement sensibles aux évolutions climatiques rapides observées depuis plusieurs décennies.

Ainsi, les chercheurs ont défini un « espace climatique sûr » pour les pâturages, basé sur plusieurs paramètres environnementaux. Parmi eux figurent la température moyenne annuelle, comprise entre −3 et 29 °C, les précipitations annuelles situées entre 50 et 2.627 millimètres, un taux d’humidité compris entre 39 % et 67 %, ainsi qu’une vitesse moyenne du vent allant de 1 à 6 mètres par seconde. Or, sous l’effet du réchauffement climatique, de nombreuses régions sortent progressivement de ces plages de tolérance.

Par conséquent, les surfaces de pâturages actuellement adaptées à l’élevage pourraient diminuer de 36 % à 50 % d’ici 2100. Cette contraction toucherait en priorité des zones aujourd’hui majeures pour l’élevage extensif, notamment dans les régions semi-arides et tempérées. De plus, les vaches, brebis et chèvres, dépendantes de ces écosystèmes, verraient leurs conditions de subsistance se dégrader fortement.

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Disparition de pâturages : l’Afrique devrait être particulièrement touchée

L’étude montre que l’évolution des surfaces de pâturages dépend étroitement des trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre. En effet, dans un scénario de limitation du réchauffement, certaines régions pourraient conserver une partie de leurs surfaces adaptées. Toutefois, même dans ce cas, les pertes resteraient significatives.

En Afrique, continent fortement dépendant des pâturages pour l’élevage, les surfaces climatiquement favorables pourraient reculer d’environ 16 % dans un scénario à faibles émissions. À l’inverse, dans un scénario de fortes émissions, la diminution atteindrait jusqu’à 65 % des surfaces adaptées. Cette évolution affecterait directement les systèmes pastoraux, déjà fragilisés par la variabilité climatique et la pression démographique.

À l’échelle mondiale, les chercheurs estiment que jusqu’à 1,6 milliard d’animaux d’élevage, principalement des vaches, des brebis et des chèvres, seraient concernés par la réduction des pâturages. Par ailleurs, plus de 100 millions de personnes vivant du pastoralisme pourraient voir leurs moyens de subsistance menacés. Ces chiffres illustrent l’ampleur des enjeux environnementaux et sociaux liés à la transformation des surfaces de pâturages.

En outre, le déplacement géographique des zones favorables aux pâturages ne compenserait pas les pertes observées. Si certaines régions de hautes latitudes pourraient devenir plus propices à l’élevage, les surfaces nouvellement adaptées resteraient limitées et souvent éloignées des infrastructures existantes.

Une pression accrue sur les écosystèmes et les pratiques d’élevage

La réduction des pâturages pose également des défis écologiques majeurs. En effet, ces surfaces jouent un rôle essentiel dans le stockage du carbone, la régulation hydrique et la préservation des sols. Leur dégradation pourrait accentuer les phénomènes d’érosion, de désertification et de perte de biodiversité. Ainsi, la contraction des pâturages ne concerne pas uniquement l’élevage, mais l’ensemble des équilibres environnementaux associés à ces milieux.

Par ailleurs, la diminution des surfaces adaptées pourrait entraîner une intensification de l’élevage sur des zones plus restreintes. Cette évolution risquerait d’accroître la pression sur les sols et les ressources en eau, tout en augmentant les émissions de gaz à effet de serre liées aux pratiques agricoles. Le maintien de systèmes herbagers durables dépendra donc de la capacité à préserver des pâturages fonctionnels dans un climat en mutation.

Les résultats de cette étude soulignent l’importance des politiques climatiques dans la préservation des pâturages. En limitant le réchauffement global, il serait possible de réduire l’ampleur des pertes de surfaces adaptées. Toutefois, même dans les scénarios les plus favorables, une adaptation des pratiques d’élevage et une gestion plus fine des pâturages apparaissent indispensables.

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Références :


Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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