Tabagisme passif : 1,66 million de décès dans le monde en 2023

Le tabagisme passif recule en proportion, mais pas assez vite pour faire disparaître son empreinte sanitaire. Des milliards de non-fumeurs continuent d’inhaler la fumée des autres et, derrière l’amélioration des taux mondiaux, l’exposition progresse fortement dans certaines régions où la population augmente rapidement.

Rédigé par , le 9 Sep 2026, à 9 h 51 min
Tabagisme passif : 1,66 million de décès dans le monde en 2023
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Une vaste analyse publiée dans The Lancet Public Health dessine ainsi une géographie très inégale d’un risque de tabagisme passif qui frappe particulièrement les femmes et les enfants.

Tabagisme passif : une exposition mondiale persistante

En 2023, quelque 2,71 milliards de personnes étaient exposées à la fumée secondaire. Parmi elles figuraient 767 millions d’enfants âgés de 0 à 14 ans. À l’échelle mondiale, la prévalence de l’exposition atteignait 33,9 %. Elle était encore de 43,6 % en 1990, soit une diminution relative de 22,2 %, apprend-on d’une vaste étude mondiale publiée le 7 septembre 2026 dans The Lancet Public Health.

La baisse est réelle. Pourtant, elle ne suffit pas à faire reculer franchement le nombre de personnes concernées. Chez les enfants, la prévalence est passée de 51,7 % à 37,9 %. Autrement dit, les progrès réglementaires et la diminution du tabagisme dans plusieurs parties du monde ont réduit le risque individuel moyen, mais la croissance démographique a absorbé une grande partie de ce gain.

Le poids démographique apparaît encore plus nettement quand on observe les trois pays comptant le plus de personnes exposées. La Chine en concentrait environ 664 millions en 2023. L’Inde en comptait environ 444 millions la même année. L’Indonésie arrivait ensuite avec environ 142 millions de personnes exposées. À elles trois, ces populations représentent près de la moitié du total mondial.

Cette photographie ne signifie pas que chaque personne respire la même quantité de fumée ni qu’elle subit le même risque. L’étude distingue les expositions au travail et au domicile et exclut les personnes qui fument quotidiennement afin de ne pas mélanger l’effet du tabagisme actif, beaucoup plus intense, avec celui de la fumée secondaire. Cette séparation méthodologique permet de mieux isoler la charge sanitaire supportée par les non-fumeurs.

Afrique et Moyen-Orient : l’exposition grimpe malgré le recul de la fumée

C’est en Afrique que le décalage entre amélioration des taux et augmentation du nombre de personnes exposées apparaît le plus brutalement. En Afrique subsaharienne, le nombre absolu d’individus exposés a progressé de 98,5 % depuis 1990, avec un intervalle d’incertitude de 62 à 144,4 %. En Afrique du Nord et au Moyen-Orient, la hausse atteint 72,1 %.

« La proportion de la population exposée diminue, mais moins vite que la population n’augmente dans ces régions », explique Luisa Sorio Flor, chercheuse à l’Institute for Health Metrics and Evaluation. La dynamique démographique constitue donc une partie centrale du problème. Dans certaines régions, la diminution de la prévalence ne suffit tout simplement pas à compenser l’arrivée de nouvelles générations dans des environnements où la fumée reste fréquente, notamment au domicile.

La situation est différente en Amérique latine et dans les Caraïbes, où la prévalence a enregistré une baisse de 38 % depuis 1990. Les pays à revenu élevé ont connu une diminution de 32 % sur la même période. En Europe, les contrastes demeurent toutefois marqués. L’Europe centrale, l’Europe de l’Est et l’Asie centrale affichaient encore une prévalence de 37,7 %, touchant 146 millions de personnes. À l’inverse, le Danemark a enregistré une réduction de 48,8 % depuis 1990, tandis que la Norvège a diminué son exposition de 44,3 %.

L’Asie du Sud-Est, l’Asie de l’Est et l’Océanie constituent néanmoins la grande région où la prévalence standardisée sur l’âge demeure la plus forte : 48,4 %. La fracture entre les sexes y est spectaculaire. Les femmes y présentaient une prévalence de 59,5 %, contre 37,4 % chez les hommes. À l’échelle mondiale, l’exposition concernait 37,3 % des femmes, contre 30,6 % des hommes.

Cette différence ne signifie pas nécessairement que les femmes fument davantage. Dans plusieurs pays asiatiques, c’est précisément l’inverse. Lorsque le tabagisme masculin est très répandu et le tabagisme féminin faible, un grand nombre de femmes non-fumeuses peuvent être exposées à la maison parce qu’elles vivent avec un fumeur, expliquent les chercheurs. Le tabagisme passif devient alors un risque sanitaire produit par la structure du foyer autant que par les habitudes individuelles.

Tabagisme passif : la fumée pèse d’abord sur le coeur, les enfants restent particulièrement expossé
La fumée secondaire n’est pas seulement associée aux maladies pulmonaires. En 2023, l’exposition au tabagisme passif a été associée à 1,66 million de décès. avec un intervalle d’incertitude compris entre 1,33 et 2,07 millions. Elle représente également 44,8 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité, avec une plage comprise entre 35,8 et 54,3 millions. Cet indicateur additionne les années de vie perdues par décès prématuré et celles vécues avec une maladie ou une incapacité.

La cardiopathie ischémique constitue le principal contributeur à cette perte de santé. Elle représente 12 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité, avec un intervalle allant de 9,31 à 15,2 millions. Cette maladie apparaît lorsque l’apport sanguin et donc l’oxygénation du muscle cardiaque deviennent insuffisants. La fumée secondaire est également associée, dans l’analyse, aux accidents vasculaires cérébraux, à la bronchopneumopathie chronique obstructive, à l’asthme, au diabète de type 2 ainsi qu’à plusieurs cancers, notamment ceux de la trachée et du poumon.

Chez les enfants, le profil sanitaire est différent. Les infections des voies respiratoires inférieures constituent la première source de charge attribuable au tabagisme passif, représentant 5,16 millions d’années de vie ajustées sur l’incapacité. Les enfants représenteraient plus de 12 % de la charge mondiale de santé liée à la fumée secondaire.

La composition même de la fumée pose aussi problème. Un non-fumeur proche d’une cigarette respire à la fois la fumée expirée par la personne qui fume et celle provenant directement du produit en combustion. Cette dernière n’est pas filtrée et contient, à quantité comparable, des concentrations plus importantes de plusieurs substances toxiques et cancérogènes que la fumée directement inhalée à travers la cigarette.

Interdiction du tabac dans les lieux publics : une couverture encore très inégale

Les politiques publiques ont pourtant démontré qu’elles pouvaient réduire l’exposition. Les interdictions de fumer dans les bureaux, les transports, les restaurants et d’autres espaces collectifs ont accompagné une baisse nette dans de nombreux pays. Mais environ 70 % de la population mondiale ne bénéficie toujours pas d’une protection complète contre la fumée dans les lieux publics.

En 2024, seuls 79 pays avaient atteint le niveau de protection le plus élevé prévu dans le cadre de référence de l’Organisation mondiale de la santé. La couverture mondiale par des législations complètes est passée de 3 % de la population en 2007 à 33 % en 2024. Ces règles protégeaient alors environ 2,6 milliards de personnes. Le mouvement est donc massif, mais reste très incomplet au regard des milliards d’individus encore exposés.

Les auteurs rappellent que les interdictions de fumer ne constituent qu’un volet de la réponse. La fiscalité du tabac, les restrictions sur la publicité, le conditionnement neutre et l’aide au sevrage peuvent agir en amont en réduisant le nombre de fumeurs. La protection du domicile reste toutefois un angle mort majeur, précisément parce que les pouvoirs publics peuvent difficilement y appliquer les mêmes interdictions que dans les espaces collectifs.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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