Climat : la planète se réchauffe désormais deux fois plus vite
Plusieurs climatologues estiment désormais qu’une accélération récente du réchauffement est détectable dans les données.

Le réchauffement climatique n’avance plus au même rythme. Une étude publiée début mars révèle que la hausse des températures mondiales s’est nettement accélérée depuis 2015. En analysant plusieurs décennies de données climatiques, les chercheurs montrent que la planète se réchauffe désormais à une vitesse inédite, ce qui rapproche dangereusement le monde du seuil critique de 1,5 °C fixé par l’Accord de Paris.
0,35 °C par décennie
C’est désormais le rythme du réchauffement mondial depuis 2015. Avant cette période, la hausse était d’environ 0,2 °C par décennie. Autrement dit, la vitesse du réchauffement climatique a quasiment doublé.
Une accélération du réchauffement climatique confirmée par une étude
Le 6 mars 2026, une équipe de chercheurs internationaux a publié une étude scientifique dans la revue Geophysical Research Letters(1) montrant que le réchauffement climatique s’est accéléré au cours de la dernière décennie. Les scientifiques ont examiné plusieurs séries de températures mondiales afin d’évaluer l’évolution réelle du climat à long terme.
Pour mener cette analyse, ils ont utilisé cinq grandes bases de données climatiques internationales, notamment celles de la NASA, de la NOAA, de Berkeley Earth, de HadCRUT et du système européen ERA5, selon Carbon Brief(2). Ces séries couvrent les observations de température depuis la fin du XIXe siècle.
Les résultats indiquent une nette rupture dans la tendance récente. Sur les dix dernières années, la planète s’est réchauffée à un rythme d’environ 0,35 °C par décennie, contre environ 0,2 °C par décennie entre 1970 et 2015. Autrement dit, la vitesse du réchauffement a quasiment doublé. Pour les auteurs de l’étude, il s’agit du rythme le plus rapide observé depuis le début des relevés instrumentaux modernes, qui remontent autour de 1880, toujours selon l’Institut de Potsdam.
L’un des auteurs, le climatologue Grant Foster, souligne la solidité du signal observé. « Nous pouvons désormais démontrer une forte accélération du réchauffement climatique depuis environ 2015 avec une signification statistique élevée », explique-t-il.
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Comment les scientifiques ont isolé l’accélération
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont utilisé une méthode statistique destinée à isoler le réchauffement d’origine humaine. En effet, les températures mondiales varient aussi naturellement sous l’effet de phénomènes comme El Niño, les éruptions volcaniques ou encore les fluctuations de l’activité solaire.
Les scientifiques ont donc retiré ces influences naturelles des données climatiques afin de mieux révéler la tendance de fond. Grant Foster précise que l’objectif était de réduire ce que les climatologues appellent le « bruit climatique ». « Nous filtrons les influences naturelles connues dans les données d’observation afin de réduire le bruit et rendre plus visible le signal du réchauffement à long terme », explique-t-il, selon l’Institut de Potsdam. Cette méthode permet de mieux distinguer l’effet des émissions humaines de gaz à effet de serre sur la température mondiale.
Réchauffement climatique : une décennie record pour la planète
Cette accélération s’inscrit dans un contexte climatique déjà très préoccupant. Les dernières années ont été marquées par une succession de records de chaleur à l’échelle mondiale. Selon Time, les dix années les plus chaudes jamais enregistrées se situent toutes depuis 2015. L’année 2024 a même dépassé en moyenne annuelle 1,5 °C au-dessus du niveau préindustriel, bien que ce dépassement ponctuel ne corresponde pas encore au franchissement durable du seuil fixé par l’Accord de Paris.
Aujourd’hui, la planète s’est déjà réchauffée d’environ 1,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, rapporte également The Guardian.(3) Plusieurs climatologues estiment désormais qu’une accélération récente du réchauffement est détectable dans les données. « Il existe aujourd’hui un accord assez large pour reconnaître qu’une accélération du réchauffement a été détectée ces dernières années », explique le climatologue Zeke Hausfathe.
L’une des implications majeures de cette accélération concerne l’objectif central de l’Accord de Paris : limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Si le rythme observé au cours des dix dernières années se maintient, le dépassement durable de ce seuil pourrait intervenir avant la fin de la décennie. Selon les estimations présentées dans l’étude, certaines bases de données suggèrent un franchissement dès 2026, tandis que d’autres situent ce moment entre 2028 et 2029, rapporte Carbon Brief.
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