L’expédition du Polarstern rentre avec de mauvaises nouvelles du Pôle Nord

L’expédition internationale MOSAiC à bord du Polarstern, la plus grande jamais entreprise en Arctique, vient de s’achever. Aux mains des chercheurs, des millions de chiffres recueillis grâce aux observations du climat arctique.

Rédigé par Anton Kunin, le 13 Oct 2020, à 11 h 50 min

La compréhension de l’évolution du climat en Arctique est primordiale pour prédire son évolution ailleurs sur notre planète. Le brise-glace Polarstern appartenant à l’institut allemand Alfred-Wegener, vient de ramener les scientifiques de l’expédition MOSAiC à bon port ! Et à son bord de mauvaises nouvelles pour la planète mais de quoi consolider nos connaissances sur l’atmosphère, l’océan, la banquise et l’écosystème de cette région la plus septentrionale de la planète.

Le Polarstern et l’expédition MOSAiC : 600 chercheurs et 140 millions d’euros de budget

Les études sur l’évolution du climat dans différentes parties de notre planète sont nombreuses ces dernières décennies. Mais, véritable chaînon manquant, le climat du Pôle Nord reste encore assez peu étudié. Et pourtant, ce qui se passe dans cette partie de la planète influence de manière considérable l’évolution du climat ailleurs dans le monde.
C’est dans ce but qu’a été entreprise l’expédition internationale MOSAiC.

polarstern

Le Polarstern avant son départ © MartinLueke / Shutterstock

En septembre 2019, le brise-glace allemand Polarstern a quitté le port de Tromsø (Norvège) pour passer une année complète en Arctique. C’est la première fois de l’histoire que des scientifiques ont entrepris une expédition aussi longue au Pôle Nord.

Financée par plusieurs instituts de recherche, elle a coûté 140 millions d’euros. En tout 600, chercheurs ont travaillé à bord du Polarstern, en se relayant tous les deux ou trois mois. À chaque instant, une centaine de chercheurs étaient simultanément présents, vivant soit à bord du Polarstern, soit sur la banquise.
Une zone d’environ 40 km autour du Polarstern avait en effet été délimitée avec des stations d’observation placées à intervalles réguliers. (Entre février et juin, la période la plus froide, le Polarstern était bloqué par la glace.)

Si le changement climatique se poursuit comme cela, alors dans quelques décennies, nous aurons un Arctique libéré des glaces durant l’été
Markus Rex, chef de la mission MOSAiC

 

À noter qu’afin de ne pas perturber la faune arctique, les chercheurs n’utilisaient pas de sources de lumière à l’extérieur mais se servaient de caméras infrarouges.

Un projet scientifique aux données (prochainement) ouvertes

Les chercheurs ont également utilisé un hélicoptère, ainsi que trois avions. Au cours de ces douze mois, quatre brise-glaces suédois, russes et chinois sont venus pour ravitailler le Polarstern en nourriture et carburant et procéder à une rotation des équipes. (Chaque chercheur est resté deux à trois mois à bord.)

Fait rare dans le monde de la science : jusqu’au 31 décembre 2022, toute l’équipe scientifique travaillant sur cette expédition pourra utiliser dans leurs travaux de recherche les données recueillies par leurs collègues. Et à partir du 1er janvier 2023, les données seront mises en ligne afin que tout un chacun puisse y accéder librement.

Des nouvelles inquiétantes du Pôle Nord

Selon le chef de mission Markus Rex, climatologue et physicien, les chercheurs de la mission n’ont pu que constater l’ampleur des dégâts en Arctique, considérée comme « l’épicentre du réchauffement global ». Ils ont observé comment « la banquise se meurt » avec « de larges surfaces d’eau liquide quasiment jusqu’au pôle, entourées de glace qui était criblée de trous en raison d’une fonte massive ».

« Si le changement climatique se poursuit comme cela, alors dans quelques décennies, nous aurons un Arctique libéré des glaces durant l’été ».

Quid de l’impact environnemental de cette expédition ?

Sur les 12 mois qu’il a passés dans l’Arctique, le Polarstern a émis 22.100 tonnes de CO2. C’est l’équivalent de ce qu’émet la plus grande centrale à charbon allemande en six heures.

Comment est-ce possible ? La plupart du temps, le Polarstern est porté par le vent et brise la glace grâce à son poids tout simplement. Et quand il est obligé d’utiliser du fioul, c’est un diesel marin, à faible teneur en soufre,qui  est utilisé.

Illustration bannière : Le Polarstern au Pôle Nord © I. Noyan Yilmaz / Shutterstock
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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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