PFAS : dans la Vallée de la Chimie, Daikin visé par un recours contre un nouveau gaz

Un nouveau PFAS pourrait bientôt entrer dans les procédés industriels de Daikin, au sud de Lyon. Autorisé par la préfecture du Rhône, le R-1234yf inquiète plusieurs associations environnementales, qui redoutent sa transformation dans l’atmosphère en un polluant particulièrement persistant, l’acide trifluoroacétique (TFA).

Rédigé par , le 2 Nov 2026, à 10 h 27 min
PFAS : dans la Vallée de la Chimie, Daikin visé par un recours contre un nouveau gaz
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Les quatre associations ont engagé un recours pour faire annuler cette autorisation, dénonçant une évaluation insuffisante des risques sanitaires et environnementaux dans une Vallée de la Chimie déjà fortement contaminée.

Gaz R-1234yf : les associations dénoncent une modification du procédé industriel sans étude d’impact environnemental

Quatre associations, Bien Vivre à Pierre-Bénite, Notre Affaire à Tous – Lyon, Eau Bien Commun Lyon-Métropole et la Ligue des droits de l’Homme Lyon Confluences, ont saisi la cour administrative d’appel de Lyon le 28 septembre 2026, avec les Écologistes Rhône-Alpes Pays de Savoie et le soutien du collectif PFAS contre Terre. Dans un communiqué rendu public le 28 octobre 2026, elles annoncent demander l’annulation de l’arrêté préfectoral du 24 juillet 2026, qui autorise Daikin Chemical France à utiliser le R-1234yf sur son installation d’Oullins-Pierre-Bénite, dans le Rhône.

Au-delà de cette nouvelle bataille juridique, c’est la manière dont les autorités évaluent les risques liés aux PFAS qui se retrouve au centre du débat. Les organisations requérantes reprochent à la préfecture d’avoir autorisé la modification du procédé industriel sans étude d’impact environnemental. Daikin défend, au contraire, une procédure réglementaire complète, accompagnée d’une étude sanitaire qu’il juge rassurante. Deux lectures opposées d’un même projet, dans un territoire marqué depuis 2022 par les révélations sur l’ampleur de la pollution aux substances per- et polyfluoroalkylées.

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PFAS et R-1234yf : ce que Daikin veut changer dans son usine

Contrairement à ce que pourrait laisser penser sa présentation comme un nouveau PFAS, le R-1234yf n’est pas une molécule récemment découverte. Ce gaz fluoré est déjà employé comme fluide frigorigène dans les systèmes de climatisation automobile. C’est son introduction dans les procédés de fabrication de Daikin Chemical France qui constitue la nouveauté. L’entreprise envisage de l’utiliser à partir de 2028 pour produire des matériaux destinés notamment à l’industrie automobile.

Sur son site de Pierre-Bénite, le chimiste japonais souhaite fabriquer une nouvelle gamme de polymères fluorés, des matériaux appréciés pour leur résistance à des conditions industrielles exigeantes. Le R-1234yf doit remplacer partiellement l’hexafluoropropylène, ou HFP, actuellement utilisé dans la production. Cette évolution vise aussi, selon l’industriel, à améliorer les performances environnementales de son procédé.

Daikin met notamment en avant une diminution attendue des émissions de certains PFAS dans l’eau et dans l’atmosphère. L’arrêté préfectoral s’appuie sur ces perspectives pour justifier l’évolution de l’installation. L’administration considère que le nouveau procédé ne constitue pas une modification substantielle de l’activité existante. Cette qualification a permis de ne pas engager une nouvelle procédure complète d’autorisation environnementale.

L’intérêt industriel du R-1234yf ne suffit toutefois pas à dissiper les inquiétudes. Cette substance appartient à la vaste famille des PFAS, dont les caractéristiques et les dangers diffèrent selon les molécules. Si certaines présentent une très grande stabilité dans l’environnement, d’autres peuvent se transformer en composés de dégradation eux-mêmes persistants. Le R-1234yf entre dans cette seconde problématique : les associations s’inquiètent moins de sa seule présence dans l’usine que du devenir de ses éventuelles émissions atmosphériques.

Cette distinction est essentielle. Un procédé peut réduire les rejets de plusieurs substances fluorées tout en introduisant de nouveaux risques environnementaux. Pour les requérants, les gains annoncés par Daikin doivent donc être examinés parallèlement aux conséquences potentielles de l’utilisation du nouveau gaz, en particulier sa dégradation en TFA.

Vallée de la Chimie : une autorisation contestée pour son évaluation environnementale

Le principal désaccord porte sur l’étendue des études réalisées avant la signature de l’arrêté préfectoral. En mai 2026, Daikin a présenté son projet à l’administration. La préfecture a ensuite considéré que la modification envisagée ne justifiait pas une évaluation environnementale complète. Une décision que les associations contestent désormais devant la justice administrative.

L’absence d’étude d’impact ne signifie pas qu’aucune analyse sanitaire n’a été conduite. Daikin Chemical France affirme avoir volontairement fourni une étude des risques sanitaires élaborée selon la méthodologie de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques, l’Ineris. Dans sa réaction, l’entreprise indique que cette expertise conclut « à l’absence de risques sanitaires du projet ». Selon l’industriel, la préfecture a jugé son impact acceptable sur la base de ce dossier.

Les associations contestent néanmoins la portée de cette évaluation. Elles estiment notamment qu’elle n’examine pas suffisamment les conséquences de la formation de TFA dans l’atmosphère. Elles regrettent également que les documents sanitaires et les risques liés au projet n’aient pas fait l’objet d’une véritable concertation publique. La question ne se limite donc pas à savoir si Daikin a produit une étude, mais si celle-ci permet d’apprécier l’ensemble des effets possibles sur l’environnement et les populations.

Pour Jeanne Fleury, présidente de Notre Affaire à Tous – Lyon, cette démarche est particulièrement préoccupante au regard du passé industriel du territoire. « Il est incompréhensible et préoccupant que le principe de précaution ne soit pas davantage appliqué », déclare-t-elle dans le communiqué associatif du 28 octobre 2026. Elle réclame une évaluation des risques suffisamment complète pour déterminer les mesures nécessaires à la protection des riverains.

La méthode de concertation fait également débat. En juillet 2026, le président de Daikin Chemical France avait proposé une rencontre à plusieurs organisations locales. Le collectif PFAS contre Terre avait accepté cet échange, tout en soulignant la nécessité de prendre en considération les enjeux de santé environnementale, les conditions de travail et la protection de l’emploi. Les participants ont cependant estimé que la réunion avait surtout permis à l’industriel de présenter ses décisions, sans véritable discussion sur les orientations du projet.

Cette contestation intervient dans un contexte de mobilisation déjà ancien. Depuis les premières révélations de 2022 sur les contaminations autour des installations de Daikin et d’Arkema, dans le sud de l’agglomération lyonnaise, les associations multiplient les démarches pour obtenir une réduction des émissions et une meilleure connaissance de leurs conséquences sanitaires. Pour elles, chaque nouvelle autorisation industrielle doit désormais tenir compte de cette exposition historique, et non être examinée isolément.

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PFAS et R-1234yf : la transformation en TFA au coeur des inquiétudes

Le principal point d’alerte scientifique concerne l’acide trifluoroacétique, plus connu sous l’abréviation TFA. Ce composé appartient lui aussi à la famille des PFAS. Très persistant et mobile, il peut circuler dans l’environnement, notamment à travers les eaux de pluie, les sols et les milieux aquatiques. Son origine ne se limite pas à une seule activité industrielle : il peut également résulter de la dégradation de différentes substances fluorées. Dans leur communiqué du 28 octobre 2026, les associations s’appuient notamment sur les explications du scientifique Hans Peter Arp, spécialiste des PFAS : ses travaux mettent en évidence la transformation atmosphérique du R-1234yf en TFA. Cette réaction constitue le point central des interrogations sur les rejets potentiels du nouveau procédé.

Le problème tient aux propriétés du produit de dégradation. Contrairement au gaz initial, le TFA peut persister durablement après son dépôt dans l’environnement. Les associations s’inquiètent ainsi d’une possible contribution supplémentaire à la contamination des eaux et des sols. Elles soulignent également que l’Agence européenne des produits chimiques, l’ECHA, a engagé en 2026 une démarche visant à faire reconnaître la toxicité du TFA pour la reproduction. Il s’agit d’une évaluation du danger de la substance, qui ne permet pas, à elle seule, de quantifier le risque sanitaire associé aux futures émissions de l’usine.

L’enjeu est d’autant plus important que la Vallée de la Chimie concentre plusieurs installations historiques de production et de transformation de composés fluorés. La présence ancienne de PFAS dans l’environnement complique l’analyse des expositions. Une nouvelle source potentielle de TFA poserait donc la question de son apport supplémentaire à une contamination préexistante, même si son importance réelle reste à établir.

Daikin oppose à ces préoccupations ses dispositifs techniques de maîtrise des rejets. Dans sa réaction publiée par Lyon Capitale le 28 octobre 2026, l’industriel affirme que sa station de traitement permet de retenir « plus de 99,99 % » des PFAS contenus dans les rejets aqueux du site. L’entreprise met également en avant une réduction supérieure à 95 % des émissions atmosphériques de HFP grâce aux filtres à charbon actif.

Pour les poussières susceptibles de contenir du bisphénol AF, Daikin revendique par ailleurs un taux de captation de 99,995 %. Ces performances, si elles sont confirmées dans les conditions réelles d’exploitation, témoigneraient de l’efficacité de certains équipements existants. Elles ne constituent toutefois pas, à elles seules, une mesure des émissions futures de R-1234yf ni des quantités de TFA susceptibles de se former après dispersion atmosphérique.

C’est précisément cette incertitude que les associations souhaitent voir examiner. Interrogée par 20 Minutes, Jeanne Fleury, rappelle qu’aucun dispositif de filtration ne garantit nécessairement l’élimination de toutes les émissions, notamment en cas de fuite ou de rejet non maîtrisé. L’association réclame des contrôles réguliers de la performance des installations et une réévaluation des risques associés au nouveau procédé.

Vallée de la Chimie : risques d’accident, stockage et précédent judiciaire

Au-delà de la pollution chronique, le recours soulève une autre question : celle de la sécurité industrielle. Le R-1234yf est un gaz inflammable dont le stockage sous pression impose des précautions particulières. Les associations alertent sur le risque de BLEVE, un phénomène pouvant survenir lorsqu’un réservoir contenant un gaz liquéfié est soumis à un échauffement important, avec des conséquences potentiellement violentes.

L’arrêté préfectoral fixe une quantité maximale de 18 tonnes de R-1234yf pouvant être présente sur le site. Cette valeur correspond à un plafond de stockage simultané, et non à une quantité annuelle de gaz utilisée ou rejetée. Jeanne Fleury évoque pour sa part 15 tonnes de gaz stocké, un chiffre qui ne représente pas le plafond total de l’installation.

L’autorisation prévoit également des mesures supplémentaires de prévention des incendies et des explosions. Celles-ci comprennent notamment des dispositifs de protection par arrosage, avec des rideaux et couronnes d’eau. Ces équipements visent à limiter les conséquences d’un échauffement des installations et les risques d’accident associés au stockage du nouveau gaz.

L’administration reconnaît néanmoins que le projet introduit deux phénomènes dangereux supplémentaires susceptibles d’avoir des conséquences à l’extérieur de la plateforme. Elle précise toutefois que les zones susceptibles d’être affectées se situent à l’intérieur des périmètres de danger déjà identifiés autour des installations existantes. Autrement dit, aucune nouvelle population ne serait exposée à ces scénarios.

Cette analyse suscite une vive contestation. Pour Lucas Miguel, membre du collectif PFAS contre Terre, le fait que des habitants soient déjà concernés par des risques industriels ne suffit pas à justifier une exposition supplémentaire. « Nous demandons davantage de garanties », insiste-t-il dans le communiqué associatif, en réclamant notamment une véritable étude d’impact environnemental.

Les requérants s’appuient aussi sur un précédent judiciaire concernant Daikin. En juin 2024, le tribunal administratif de Lyon avait suspendu un projet d’extension précédemment autorisé. Dans cette affaire, la juridiction avait notamment tenu compte de l’implantation du site dans un secteur densément peuplé, déjà exposé depuis des décennies aux émissions industrielles de PFAS. Le tribunal avait alors estimé que le projet aurait dû faire l’objet d’une autorisation environnementale et d’une évaluation correspondante.

Cet antécédent renforce l’argumentation des associations, sans préjuger de l’issue du nouveau recours. Les installations concernées, les caractéristiques des projets et les décisions administratives diffèrent. Cette fois, la justice devra notamment examiner la pertinence de la qualification de modification non substantielle retenue par la préfecture pour le nouveau procédé.

De son côté, Daikin Chemical France affirme avoir respecté les exigences réglementaires et défend les efforts engagés pour réduire ses émissions. L’industriel insiste sur le caractère approfondi de l’instruction administrative et sur les mesures de sécurité intégrées au projet. Le groupe entend poursuivre ses investissements dans ses installations de traitement.

Pour les associations, l’enjeu demeure la prise en compte de l’ensemble des risques, notamment ceux liés aux émissions atmosphériques et à leur devenir après dispersion. Leur action porte sur une autorisation administrative, non sur une pollution supplémentaire qui aurait déjà été mesurée après la mise en service du nouveau procédé. L’utilisation du R-1234yf n’est envisagée qu’à partir de 2028. Le calendrier laisse ainsi une période pendant laquelle pourraient être examinées les garanties environnementales et les prescriptions contestées, alors que les associations n’excluent pas d’autres démarches judiciaires pour s’opposer au projet.


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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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