Dangereux et bannis en Europe, des pesticides s’écoulent en Afrique

En Afrique aussi, l’agriculture évolue l’exposition professionnelle non contrôlée aux pesticides est responsable d’intoxications aiguës, de pathologies chroniques et même de décès.

Rédigé par Aurélie Giraud, le 7 Mar 2020, à 10 h 10 min

Si l’agriculture africaine jusqu’ici largement dominée par un modèle familial de subsistance, peu consommateur de produits phytosanitaires, en était restée relativement préservée, les pesticides sont désormais monnaie courante sur le continent… même ceux interdits en Europe. Responsables de pathologies chroniques, de malformations congénitales et même de cancers, ces produits sont en train de nuire à la santé de milliers d’agriculteurs mais aussi de consommateurs.

 Pesticides en Afrique : un cocktail très toxique

C’est probablement une bombe à retardement du point de vue sanitaires et environnemental. Même si le Conseil constitutionnel français a annoncé l’arrêt des exportations de pesticides déjà interdits en Europe et produits en France, l’Afrique continue d’utiliser des substances bannies non seulement en Europe mais aussi dans de nombreux pays d’Asie. Ces produits (les insecticides néonicotinoïdes(1), les herbicides au glyphosate(2) ou au paraquat(3)…) comportent de hauts risques pour la santé des agriculteurs et ont des conséquences délétères sur l’agriculture et la biodiversité.

pesticides afrique

L’usage massif des pesticides se répand même dans les minuscules exploitations © Rafal Cichawa

Depuis des générations, les Africains ont recours aux pesticides apportés d’Europe pour lutter contre les maladies menaçant les récoltes. Mais ces dernières années, leur utilisation s’est généralisée, non seulement dans les grandes exploitations mais aussi chez les petits paysans.
Moritz Hunsmann, chercheur au CNRS et spécialiste des politiques sanitaires en Afrique, explique dans des propos rapportés par TV5 monde : « Depuis l’époque coloniale, la France exporte des pesticides pour les utiliser dans les plantations. Mais ce qui est en train de se passer, c’est une généralisation de l’utilisation des pesticides par les petits paysans, y compris dans des cultures où avant il n’y en avait pas. Aujourd’hui, cette utilisation est massive ».

Lire aussi : Nouveau scandale agroalimentaire : l’UE exporte du lait à l’huile de palme en Afrique de l’Ouest

Les paysans exposés sans protection et de nombreuses traces retrouvées dans les aliments

Le glyphosate et le paraquat sont les deux pesticides les plus largement remis en cause pour leur toxicité.
Le premier est un herbicide très utilisé par les paysans car il agit sur tout type de mauvaises herbes. Cependant, le glyphosate a été classé par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence de l’OMS, comme « cancérogène probable » en 2015.
Le second, le paraquat, est également un herbicide fortement toxique utilisé en Afrique malgré son interdiction. Ce dernier est présent dans les salades sur les marchés.

Les substances contenues dans ces sont très dangereuses. Ces produits sont manipulés et répandus sur des agricultures locales. Il est généralement impossible pour les paysans de se protéger de façon efficace pour éviter les intoxications. Les agriculteurs n’ont pas l’argent nécessaire pour s’équiper et se protéger contre ces produits.
Pire encore, les familles travaillent souvent avec les enfants dans les champs qui de fait sont amenés à respirer et être au contact avec ces substances.

pesticides Afrique

De nombreux enfants travaillent dans les champs en Afrique © GUDKOV ANDREY / Shutterstock

Se protéger des pesticides est déjà extrêmement difficile dans les conditions européennes. En Afrique, c’est souvent strictement impossible
Moritz Hunsmann, spécialiste des politiques sanitaires en Afrique / TV5Monde

 

Les conséquences sur la santé

L’Institut de Recherche en Sciences de la Santé de Ouagadougou a enregistré certains effets d’intoxication aiguë dus à une exposition ou à une ingestion d’herbicides. Ils ont noté des nausées, vertiges, gêne respiratoire, des irritations cutanées.
Des décès ont également été enregistrés. D’ailleurs, Moritz Hunsmann indique que des familles entières seraient décédées suite à la consommation de céréales et de légumes traités avec des produits qui ne devaient pas être utilisés sur ces cultures.

Fin 2018, le chercheur Sylvain Ilboudo a rassemblé des données du service de santé provenant d’une commune du Burkina Faso. Il a noté une vingtaine d’intoxications sévères ayant conduit à la mort. La moitié des cas étaient des suicides. En effet, les pesticides ont des effets sur le système nerveux et mènent à la dépression et à des états suicidaires. Ils sont également à l’origine de maladies neurodégénératives, cardiovasculaires et d’infertilité.

Moritz Hunsmann est l’un des instigateurs de l’appel d’Arusha signé par de nombreux chercheurs pour alerter sur les conséquences sanitaires des pesticides en Afrique : il demande aux gouvernements africains une interdiction immédiate des produits les plus dangereux, l’instauration de cadres réglementaires plus stricts et la mise en oeuvre de systèmes de surveillance et de contrôle efficaces afin de prévenir les intoxications humaines et la pollution des milieux naturels.

Ainsi la Révolution verte en Afrique semble prendre le sentier d’un modèle dépassé, poussée par les groupes agroalimentaires, agrochimiques, les bailleurs de fonds mais aussi les différents gouvernements. Car, nous savons bien que le recours massif aux pesticides est la conséquence d’un modèle agricole intensif aujourd’hui dans une impasse… L’Afrique va-t-elle vraiment être poussée sur le même chemin ?

Illustration bannière : Un travailleur manipulant des pesticides sans grande protecrtion – © Roel Slootweg / Shutterstock

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4 commentaires Donnez votre avis
  1. J’ai tout de même une question que je trouve assez importante : tous ces agriculteurs Africains qui survivent à peine avec leur travail, OÙ trouvent-ils l’argent pour se procurer tous ces poisons ????

    • Bien vu en effet, comment font ils pour acheter toute cette mer… de produits nocifs?

    • Séverine Bascot

      Ils s’endettent comme nos agriculteurs !

  2. Et alors ? il faut les laisser faire leurs conn….. et boycotter tous leurs produits empoisonnés, comme tous les articles qui nous parviennent d’Amérique du Sud, d’Asie, de Chine, etc. etc. et continuer à lutter dans notre pays à ÉLIMINER TOTALEMENT tous ces poisons et antibiotiques qui arrivent jusque dans nos assiettes !!! c’est la santé de nos peuples qui est en jeu CE N’EST PAS RIEN !!!!!

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