Je suis un papa minimaliste (et j’en suis fier)

Rédigé par Stephen Boucher, le 12 Apr 2015, à 12 h 55 min

Pénurie, fins de mois difficiles d’un côté, envie d’autres valeurs que le consumérisme envahissant, de l’autre : je suis devenu, ou plutôt j’ai toujours été, un « papa minimaliste », aujourd’hui de deux filles, de 8 et 9 ans. Un mauvais papa donc, ou plutôt un meilleur papa ? Propos de bobo bien pensant, ou vraie philosophie de vie ? Je vous laisse juger (et le temps dira)…

« Minimalist Moms » : le choix de la simplicité

Des budgets pour nouveau-né stratosphériques, incités par un sentiment de culpabilité insistant induit par le marketing de l’industrie de la puériculture. Des enfants qui se ruent sur des montagnes de paquets de Noël et s’en désintéressent après quelques heures. Puis, un jour, des adolescentes qui ne jurent que par des marques connues… et coûteuses.

Est-ce ringard de vouloir autre chose pour ses enfants ? De plus en plus de parents ont d’autres aspirations. En Grande-Bretagne, on les appelle les « Minimalist Moms », les « mères minimalistes ». Je me revendique père minimaliste (j’aurais eu du mal, vous me direz, à me revendiquer mère minimaliste…).

Papa minimaliste...

Contenant ou contenu… les enfants ne font pas toujours le choix auquel on s’attend !

La crise a parfois du bon

L’étiquette « maman minimaliste » est inventée par une mère de famille anglaise, Hattie Garlick, qui, en 2012, perd son emploi. Peu avant Noël, justement. Pour se rendre maître de son sort et faire face, elle décide de ne plus rien dépenser pour son enfant durant toute l’année 2013, sauf, bien sûr, les frais de nourriture et de soins médicaux.

Son exemple convainc : d’autres femmes le suivent et des livressites et blogs se multiplient, vantant la démarche. Chacun(e) trouve sa façon personnelle de limiter les dépenses : certaines décident de ne plus aller au fast-food, d’autres d’acheter moins de jouets, de refuser les vêtements de marques, voire carrément de supprimer les cadeaux d’anniversaire.

Faites votre choix

De mon côté, j’ai fait essentiellement quatre choix :

Que des vêtements achetés de seconde main : c’est fou comme les enfants grandissent vite, vous le savez, donc les vêtements d’occasion sont peu usés ! Alors nous faisons des virées dans les friperies, et revenons équipés pour 6 mois de beaux vêtements (je vous promets !), pour 10 à 20 euros par enfant (je vous jure…).

Pas de voiture. « Le voilà, l’indice indéniable du bobo subversif ! ! ». Peut-être, mais à conditions de vie exactement égales, et niveau de « boboïtude » en apparence équivalent, les parents de l’école de mes filles ont tous une voiture. On ne voyage pourtant pas moins, mais juste en train, avec un budget global sur l’année bien moindre.

Des jeux faits par nous-mêmes. Est-ce que mes filles s’ennuient ? Je peux vous assurer que non, et pourtant leurs chambres sont vides de jouets.

Eliminer et donner : on fait le tri régulièrement ensemble, et on donne.

La simplicité a du bon

Être papa, ou maman minimaliste, c’est la réinvention, au niveau personnel, du mouvement du « jugaad » – terme hindi qui qualifie une solution ingénieuse et originale, fruit d’une improvisation astucieuse. Au risque de paraître idyllique, les bénéfices sont multiples, pour vous et vos enfants.

C’est connu, la pénurie, ou sobriété – toutes proportions gardées, je ne recommande pas la privation – libère la créativité. C’est en n’étant pas surchargé de biens matériels et en n’ayant pas pléthore de solutions sous le nez, qu’on va se poser la question quoi faire ensemble, comment, en parler, et déployer un peu d’imagination.

La simplicité libère l’espace, le temps, l’esprit : c’est moins de choses à ranger, moins de stress d’objets cassés, plus de temps libre, à partager ensemble.

jouet-casse

Faire en sorte de ne pas tout avoir, tout de suite, aide à comprendre la valeur de l’argent. Un achat, s’il (re)devient exceptionnel, reprend sa juste valeur.

Apprendre à ne manquer de rien, en ayant peu : encore une fois, ni les Minimalist Moms, ni le papa minimaliste que vous lisez, ne recommandons le régime pain sec et eau, ou une éducation janséniste par la privation. Mais franchement, là aussi au risque de partager du bon sens éculé, ce dont un enfant a besoin avant tout, c’est d’être bien soigné par l’attention que vous lui accordez pour les différentes dimensions de sa vie affective, sociale, d’apprentissage. Pas de plus de « trucs ».

Réponses à vos craintes

« Alors je ne devrais plus rien offrir à mon enfant ? »

Non, minimiser ne veut pas dire forcément réduire à zéro, mais se poser la question pourquoi on achète quelque chose : est-ce que cela sera bénéfique à mon enfant ou est-ce superflu ?

« J’aime être généreux avec mon enfant, n’est-ce pas apprendre le détachement par rapport au matériel de savoir aussi ‘se lâcher’ de temps en temps ? »

Je répondrais à ceci qu’il y a une forte pression sociale à l’achat – montrer qu’on l’a bien équipé pour l’école, qu’il est habillé comme il faut, qu’il a les activités qui conviennent. Pas forcément pour son bien, mais pour ne pas paraître défaillant en tant que parent. Là aussi, apprenons à nous poser la question de ce qui est essentiel.

© CC, Aplyonse at de.wikipedia

© CC, Aplyonse at de.wikipedia

« Apprendre la privation n’est-il pas inutile, voire contre-productif, amenant mon enfant plus tard à vouloir se rassurer en s’entourant de confort matériel ? »

Pas besoin d’être rigide…

« J’ai déjà tendance à détoner par mes priorités, ne vais-je pas paraître radical ? »

Le but de se donner un ‘label’ minimaliste serait, plutôt que de paraître radical, d’inviter à réfléchir. Comme cet article !

« Oubliez, c’est peut-être possible avec des enfants de 8-9 ans, mais impossible avec mes adolescents ! »

Sans surprise, ceux-ci ne sont pas très réceptifs, à un âge où la reconnaissance des pairs est essentielle. Effectivement, en en parlant avec Jennifer, une fille d’amis, de 14 ans, celle-ci me disait : « Pourquoi vous ne voulez pas de voiture, c’est pour ne pas être comme les autres ? » et elle s’alarmait que mes filles « se sentent isolées à l’école ».

Enfermer des adolescents dans un cliché de consumériste moutonnier n’est pourtant pas la seule réponse possible. Sachez être flexible, tout en partageant vos valeurs, il en restera quelque chose… Le principal est de « rester soi-même » comme l’écrit Courtney Caver sur son blog « Be more with Less »(« Vivre mieux avec moins ») : « Il ne faut pas se forcer à adhérer à un mouvement pour essayer d’être une bonne mère » (ou un bon père, bien sûr).

Et vous, qu’en pensez-vous ? Êtes-vous un papa ou maman « minimaliste », peut-être sans le savoir ?

*

Pour vous c'est un clic, pour nous c'est beaucoup !
consoGlobe vous recommande aussi...



Actuellement Directeur général de consoGlobe et plus spécifiquement Directeur de la rédaction, Stephen Boucher est anciennement directeur de programme à...

17 commentaires Donnez votre avis
  1. Et concernant la montagne de jeux qui nous écrase, on passe plus de temps à la ranger qu’à jouer avec nos enfants. Intérêt : zéro.

    Il y en a tellement d’ailleurs qu’il y a des jeux auxquels on n’a jamais joué.

    Cette année, je vais demander au Père Noël qu’il ne nous offre aucun objet ou notre petite maison va éclater; seulement des entrées pour un parc d’attraction comme cadeau, ce serait bien.

  2. Bonjour,

    Totalement d’accord avec cet article. Pour ma part, je fais surtout du vide en ce qui concerne la technologie (téléphones mobiles, écrans et gadgets connectés). J’ai été larguée suite à un bug informatique qui m’a empêché de télécharger des applis sur mon téléphone mais ce bug a été salutaire. Je ne suis plus le mouvement et je m’en porte très bien. Tout autour de moi, les gens me disent “Mais tu n’as pas snapchat ? Il faudrait que tu télécharges Whats’app” Je répondais autrefois : “Je ne peux pas, ça ne marche pas”, ça m’embêtait. Aujourd’hui, je réalise que tout cela est bien futile.

    Quant au rangement, j’ai adopté le rangement par le vide. Si une chose ne m’a pas souvent voire rarement servie, elle va directe à la poubelle (ou je la donne). Plus de “Mais on ne sait jamais, ça peut servir un jour…”.

    Terminé, je me sens mieux avec moins de choses autour de moi. Je recherche l’essentiel aussi.

    Dernière chose, cette hiver, à cause du froid rigoureux en janvier-févier, notre pompe à chaleur a planté ( au pire moment). J’ai été inquiète au début (d’autant qu’on a un bébé) mais on s’est débrouillé en utilisant la cheminée qu’on utilisait peu jusqu’ici et on a redécouvert ce qu’est l’hiver. Porter des pulls et des chaussettes chaudes à la maison. Se blottir tous ensemble sur le canapé le soir avec une couverture sur nous. Eh bien, c’est génial ! Après ça, je ne voulais plus qu’on répare la pompe à chaleur.

    Redécouvrir la simplicité, le naturel. Voilà la recette du bonheur 🙂

  3. Bonjour Stephen. Merci pour cet article. Je suis minimaliste de nature et une adepte de la simplicité volontaire. Jusqu’à présent, je n’y ai trouvé que des avantages et un style de vie tellement plus agréable que j’encourage tout le monde à faire la même chose. De plus, se libérer de ce besoin de consommer créé artificiellement est pour moi un bon moyen pour préserver un peu plus notre petite planète.Si tout le monde s’y mettait…

  4. bonjour
    je viens d’un petit village au nord du Congo,je marchais 12km à pied sous une chaleur monstre juste pour aller chercher de l’eau potable avec ma mère et mes soeurs,pour aller à l’école pareil longue marche sans chaussures et affamée je revenais de l’école sans savoir si j’allais manger quelque chose avant de me coucher,on fabriquait nous même nos jouets et on dormait à même le sol bref je ne vais pas vous racontez toute ma vie mais j’ai toujours rêvé que quand j’aurais mes enfants eux n’auront jamais à vivre tout ça! maman de trois enfants je donne tout ce que je possède à mes enfants leurs priver des choses est tout simplement au dessus de mes forces!

  5. Totalement en phase avec cette approche. Les supermarchés, temples de la consommation, me font horreur. Nous n’avons pas de voiture. Nous faisons nos courses au marché et préférons les viandes et poissons de qualité, quitte à en consommer très peu et à les remplacer par des céréales riches en nutriments. Notre fille de 3 ans a l’habitude de faire plusieurs kilomètres à pieds par jour et je constate après plusieurs semaines à ce rythme qu’elle a une forme olympique: pas de maladie et une vitalité plus importante que lorsqu’elle effectuait des trajets en poussette ou en bus. Elle a une petite chambre toute blanche et sobre visuellement: peu de jeux mais des jeux durables qu’on sort d’un grand coffre, qu’on range quelques semaines plus tard et qu’on ressortira par la suite. Ainsi, elle ne s’éparpille pas dans tous les sens, passant d’un jeu à l’autre toutes les 3 minutes. Ceci est valable aussi pour nous les parents: très peu de shopping superflu, pas de gadgets, une déco minimaliste et qu’on recycle à volonté: un canapé un peu usé? un grand drap en lin pour couvrir et c’est reparti pour un tour! Nous préférons garder un petit budget pour voyager plutôt que de passer notre temps à dépenser, surtout pour des biens éphémères. Je crois qu’on se porte mieux ainsi quitte à passer parfois pour des arriérés/bobos auprès de notre entourage!

  6. minimaliste sur les bords…
    souvent par manque de moyen, parfois par choix !
    mais la ligne à ne pas franchir pour ne pas léser mes enfants est si ténue que j’ai du mal à la distinguer, on ne sais qu’elle est franchie que trop tard…

  7. Bonjour,
    je ne me dénomme pas “minimaliste” … mais par force (6 enfants et revenus smicards ou moindres) j’ai été très économe toute ma vie. A recoudre cartables, chaussons et même chaussures parfois … et ma fille me dit maintenant qu’elle en a souffert et que ses achats compulsifs de vêtements (superflus en général !!) vient de là.
    Et puis pour la voiture, vivant à la campagne … impossible de s’en passer, vu que la plupart des petits villages ne possèdent plus aucun magasin, et pas de service de cars !
    Mais je suis pour le principe d’essayer d’économiser les ressources … pour les générations futures surtout.

  8. Mes parents étaient “minimalistes”.
    Je crois qu’ils m’ont transmis de bonnes valeurs, qui me permettent de remettre en question sans honte ce que nous impose cette pression sociale. Exemple : je suis actuellement enceinte et certaines connaissances me trouvent irresponsable de ne pas acheter de stérilisateur pour biberon (je compte les faire bouillir à chaque utilisation tout bêtement), de ne pas acheter d’humidificateur d’air alors que je vis dans une ville polluée, de ne pas publier partout une liste de naissance, etc… Ça clash ! ^_^

    Mais je crois aussi qu’ils auraient pu me transmettre de bonnes valeurs sans m’imposer un isolement social qui est inévitable quand on écoute le CD “The Cramberries” des parents plutôt que les “Spice Girls” et “2be3”, qu’on ne sait pas que la power ranger jaune est plus belle que la rose, qu’on ne connaît même pas les tortues ninjas, et qu’on demande où sont les couverts la première fois de notre vie qu’on va à McDo lors d’une sortie scolaire.

    Le besoin de reconnaissance sociale EST un BESOIN.

    Cet article peut être dangereux pour le bien-être social de l’enfant parce qu’il peut pousser des parents à ne considérer que le besoin de manger-chier-dormir des enfants.
    Mais ce qu’il dit sur la 2de main est tout de même très important et mériterait d’être plus mis en valeur : les vêtements de 2de main ne sont pas nécessairement moches et démodés, il ne sont juste plus à la taille d’un autre enfant.
    Pour les jeux et jouets c’est différents, ils ont une plus grande durée de vie. Donc sans tomber dans l’achat compulsif, il faut parler avec son enfant, voir s’il se sent à la place également aux récrés et pas juste en cours, s’assurer qu’il ne soit pas “dépassé” au point d’être moqué. Parler, parler, parler, pour adapter à VOTRE enfant. Ils sont tous différents et réagissent tous différemment aux relations avec les camarades. Il ne s’agit pas de leur donner ce qu’ils veulent, mais s’assurer que leur besoin minimum de reconnaissance est rempli : pour certains c’est uniquement le fait d’avoir de bonnes notes, d’autres le fait de pouvoir lire pendant la récré sans qu’on les embête, d’autres encore de pouvoir participer au jeu de rôle Power Rangers, ce qui nécessite un minimum de connaissances sur la série. :p

  9. Je suis une mère minimaliste. Vêtements et jeux acheter et vendu deuxième main, pas télé, pas voiture, une petite jardin j’ai une machine a coudre et beaucoup de temps ensemble.

  10. Ah, mais nous vivions essentiellement de la sorte à la maison, seulement c’était par réel manque d’argent, c’est vrai que je considere cette education comme une chance puisque je suis fauchée depuis la fin de mes études et suis bien partie pour l’etre à vie, mais ça m’irrite quelque peu de voir nos seuls moyens de supporter la pauvreté récupéré par des gens riches comme un plus culturel.

    • Stephen Boucher

      Peut-on dire que la simplicité est une valeur “récupérée par des gens riches comme un plus culturel”? Si les personnes concernées ont peu de moyens, parvenir à trouver une voie philosophique et positive dans le dénuement sera une ressource. Si les personnes sont aisées, savoir vivre simplement sera une vertu.

  11. Le choix de ne pas avoir de TV a la maison est motivé en grande partie par le désir de fuir le côté abêtissant des publicités, images provocatrices responsables chez la plupart des individus d’une consommation superflue, redondante, inutile. La TV est un fléau dont nous pouvons contrôler les programmes mais pas la publicité quasi permanente sur toutes les chaînes.

    • Bien dit. Vraiment le TV est la drogue de l’époque moderne. Si vous arrivez à se passer du Tv, vous allez changer radicalement votre vie.

    • enfin quelqu’un qui n’a pas non plus la télé! nous avons 2 ados et vivons très bien sans depuis nos années “étudiantes” les enfants ne s’en plaignent pas et n’ont jamais eu de pb de mise à l’écart même au collège.Ils font une utilisation raisonnée du net, et ont surtout développé des hobbies: lecture, bricolage ou cuisine.. on prend le temps de sortir au théâtre, au cinéma ou en rando….

    • Aujourd’hui on regarde à peine la télé, même si on en a une. C’est surtout sur Internet que les jeunes (et moins jeunes) passent leur temps.

  12. Bonjour Stephen, J’adore tout-à-fait et je partage ton article. La vie est nulle sans bulles mais c’est à nous de les créer. Le consumérisme à outrance tue la créativité, l’imagination, le plaisir. Chez nous, 2 adultes et 3 enfants, pas de TV, que du seconde main vestimentaire et une bonne dose de créativité maternelle pour goupiller un bon repas avec trois fois rien dans le frigo afin d’éviter tout gaspillage alimentaire. L’achat de cadeaux malins et pratiques. Et le choix de vivre en ville pour éviter au maximum les déplacements en voiture. Encore un long chemin à parcourir mais déjà trois enfants conscientisés à la valeur de l’argent et de la dépense utile.

Moi aussi je donne mon avis