Les grandes figures de la transition écologique – Olivier de Schutter, fervent défenseur de l’agroécologie

Suite de notre série sur les acteurs majeurs de la transition écologique. Ces femmes et ces hommes qui explorent les freins et les leviers pour construire une société plus durable et résiliente. Zoom sur Olivier de Schutter, juriste belge né en 1968, figure incontournable lorsqu’il s’agit d’évoquer les systèmes alimentaires et les politiques agricoles.

Rédigé par Camille Peschet, le 5 Jan 2020, à 17 h 30 min

Olivier de Schutter est professeur en droit international et ancien rapporteur pour le droit à l’alimentation à l’ONU entre 2008 et 2014. Dans le cadre de sa mission, il a en 2011 écrit le rapport « agroécologie et droit à l’alimentation ».  Ses prises de parole et écrits réguliers sur ce sujet ont permis de mieux faire connaître l’agroécologie.

Il est également membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, et co-président de l’IPES-Food, un groupe international d’experts indépendants sur les systèmes alimentaires durables.  Cette association à entre autre pour vocation, la mise en place d’une véritable politique alimentaire de l’union européenne, qui permettrait de regrouper les questions d’agriculture, de santé, d’environnement, d’investissement et d’emploi.

Olivier de Schutter – De la nécessité de quitter le modèle agro-industriel

Pour Olivier de Schutter, nous sommes dans une course contre le temps pour quitter le modèle agro-industriel dominant et réussir à favoriser l’agriculture paysanne et vivrière. En effet, le système agro-industriel actuel en monoculture, tourné vers des cultures de rentes pour la vente à l’export, a tué l’agriculture paysanne dans beaucoup de pays.

Olivier de Schutter

Un modèle agro-alimentaire qui détruit la forêt pour faire place aux monocultures © PARALAXIS

« L’Union européenne utilise ainsi 20 millions d’hectares de terre dans les pays du Sud, notamment au Brésil et en Argentine, pour produire le soja consommé par ses élevages industriels ». Contraints à l’exil, des millions de paysans quittent leurs terres pour aller s’entasser dans les bidonvilles aux abords des villes.

Un modèle non résilient et destructeur des écosystèmes

Ceci est d’autant plus important que face au réchauffement climatique, il est nécessaire d’avoir une agriculture résiliente, économe en eau et indépendante au maximum des énergies fossiles. Or, des semences à la récolte en passant par la transformation et le transport des denrées, l’agriculture conventionnelle est totalement dépendante du pétrole et extrêmement gourmande en ressources.

S’ajoute à cela une perte massive de la biodiversité, entre autre due à notre modèle agricole qui favorise la destruction des écosystèmes. Et pas seulement dans des pays lointains en dévloppement où déforestation et agriculture extensive font d’énormes ravages, mais en Europe aussi, résultante des grandes politiques de remembrements d’après-guerre.

Un lien évident entre crise sociale et alimentation

Pour Olivier de Schutter, notre modèle agro-industriel est à bout de souffle. Nourrissant quelques grandes firmes industrielles, il ne permet pas de résoudre le problème de la faim dans le monde. Il l’aggrave même.

Pour lui, les émeutes de la faim ou encore les printemps arabes sont le fruit de la hausse des prix des denrées alimentaires et d’épisodes de famine dans les différents pays. Or, le pacte social implicite dans ces États réside dans le fait d’accepter un régime fort et peu démocratique contre le maintien de la sécurité de l’emploi et des prix alimentaires. Or avec l’élévation des prix alimentaires ce pacte a été rompu. Avec comme résultats des manifestations dans ces pays avec la chute d’une grande partie des régimes dans la zone du Maghreb.

La solution pour Olivier de Schutter ? Stop aux politiques alimentaires basées sur des prix peu élevés

Partout dans le monde et jusqu’à maintenant, les politiques agricoles ont été tournées vers le maintien d’un prix bas pour les denrées alimentaire en favorisant l’agro-industrie. Or, les mesures prises en ce sens, on le constate à présent, aboutissent à une impasse.

Tout d’abord, il amène un biais au niveau de l’opinion publique qui s’est habitué à réduire toujours plus le budget consacré à l’alimentation. Ensuite, elle ne permet pas de maintenir des petites structures paysannes car celles-ci ne rentrent pas dans les aides allouées.

Pour Olivier de Schutter, il est donc nécessaire que les politiques agricoles nationales et internationales lèvent progressivement ce tabou et que l’alimentation revienne au coeur des débats.

Un changement de cap radical des politiques et aides publiques nationales et internationales

La nécessité de garantir l’autonomie alimentaire de chaque pays est de mieux en mieux comprise par les États et les instances internationales. Pour Olivier de Schutter, cela passe par le maintien d’exploitations agricoles familiales.

Le temps ne peut plus être à la spécialisation de tel ou tel pays dans telle ou telle denrée. Les aides financières, les formations et investissements doivent être tournées vers le maintien des structures nourricières que représentent les fermes familiales.

Dans ce cadre, il est nécessaire de favoriser une rémunération juste, une vente locale des denrées produites et une protection sociale de la paysannerie dans les pays pauvres et en développement. Il est également nécessaire de valoriser et favoriser les différentes initiatives qui dans les pays développés favorisent la renaissance de telles structures agricoles.

Dans ce contexte l’agroécologie est les techniques qui en découlent, capable de nourrir et de protéger la biodiversité doivent être valorisées par l’ensemble des états.

Illustration bannière : Olivier de Schutter – Capture d’écran Youtube

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Portée par un cadre familial m'ayant sensibilisée à une consommation responsable et en faveur d'une production énergétique renouvelable, je me suis...

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