Norvège : pétrole et environnement, un mariage impossible ?

Comment concilier pétrole et environnement ? C’est le dilemme de la Norvège, puissance pétrolière qui se veut également pionnier en matière environnementale.

Rédigé par Isabelle Allard, le 6 Sep 2016, à 18 h 04 min

La Norvège s’affirme de plus en plus ces dernières années comme un pays pionnier et exemplaire en matière de protection de l’environnement. Toutefois, son statut fragile de puissance pétrolière ainsi que la chute des prix du baril de pétrole qui menacent son économie l’obligent à prendre des mesures alléchantes du point de vue économique mais extrêmement dangereuses pour l’environnement. Des mesures qui, bien entendu, font bondir les écologistes du monde entier.

Des enjeux économiques énormes en tant que puissance pétrolière

En mai dernier par exemple, la Norvège a pris la décision unilatérale d’attribuer des licences à 13 compagnies pétrolières pour forer dans l’Arctique, y compris dans le sud-est de la mer de Barents, zone jusque-là totalement inexplorée et dotée d’un écosystème marin très fragile.

La pression des exploitants pétroliers

Ce type de décision est incompréhensible de la part d’un pays soucieux de préserver son rôle de puissance pétrolière éthique, et qui montre par ailleurs qu’il est prêt à faire de vrais efforts pour améliorer la prise en compte de l’environnement. Cela traduit cependant le malaise de la Norvège face à l’épuisement de ses réserves, devant la pression des exploitants pétroliers avides de nouveaux puits de forage mais révèle également l’énorme opportunité représentée par la fonte de la banquise.

norvège

Celle-ci pourrait en effet permettre d’ouvrir de nouvelles voies maritimes ou encore d’assouvir le désir d’autonomie politique du Groenland (grâce à l’exploitation de ses hydrocarbures). Les enjeux sont donc de taille et le petit royaume de 5 millions d’habitants a sans doute du mal à faire face à cet appétit vorace de ses voisins, à moins qu’il ne souhaite préserver son rôle de gendarme propre de la production pétrolière mondiale. Petit point rétrospectif sur ce fameux dilemme norvégien.

Le Fonds souverain norvégien : un modèle de gestion éthique et responsable ?

Tout a commencé en 1969 avec la découverte en mer du Nord, d’un immense gisement pétrolier baptisé Ekofisk. La Norvège était alors l’un des pays les plus pauvres d’Europe. En moins de 30 ans, et grâce aux ressources en hydrocarbures, elle a bondi à la deuxième place du classement mondial du PIB par habitant, juste derrière le Luxembourg.

Pourtant, la réussite pétrolière norvégienne est un parcours semé d’embûches et de crises. A l’euphorie des premiers temps, a succédé le moment de la chute des cours du pétrole et mis en danger l’économie norvégienne. En 1996 et pour éviter une dépendance trop importante aux fluctuations du cours du pétrole, la Norvège décide de créer un fonds pétrolier gouvernemental dans lequel seront placés tous les revenus liés à l’extraction et à l’exportation des hydrocarbures.

Ce fonds, géré par la Banque centrale, doit permettre d’assurer l’avenir de l’État-providence une fois que les ressources pétrolières seront épuisées. Il est géré à l’étranger et s’élève à près de 7.000 milliards de couronnes, soit 817 milliards d’euros. Cette réserve financière permet à la Norvège de limiter son exploitation pétrolière et d’investir, sous la responsabilité d’un comité éthique qui s’assure que les compagnies dans lesquelles ce fonds investit soient compatibles avec la charte éthique norvégienne. Le gouvernement norvégien s’autorise à puiser dans ce fonds pour financer ses comptes (et déficits) publics mais jusqu’à une hauteur maximale de 4 % pour être certain d’assurer la pérennité du fonds.

norvège pétrole

Le musée du pétrole à Stavanger

Ce mode de fonctionnement parcimonieux permet à la Norvège de devenir un modèle de puissance pétrolière, d’insuffler un élan écologique à une production souvent décriée et d’inspirer d’autres endroits du monde ou les guerres d’exploitation font rage. Cependant, si le modèle norvégien a su perdurer c’est en grande partie à cause de la solidité de son système démocratique, ses tentatives d’exporter ce modèle dans des régions où la démocratie n’est pas aussi exemplaire ont souvent échoué.

Ce fonds souverain est une garantie d’avenir pour les citoyens norvégiens mais sa préservation va probablement contraindre la Norvège à quelques compromis pour le faire durer un peu plus longtemps. Nul doute que l’ouverture de nouveaux puits dans l’Arctique répond de ce mouvement de sauvegarde même si la Norvège n’a pour l’heure pas vraiment expliqué cette décision paradoxale.

Lire page suivante : la Norvège vers le zéro carbone

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Végétarienne et contemplatrice de naissance, attirée depuis mon plus jeune âge par les lettres et les âmes de papier, j’ai assez naturellement opté...

4 commentaires Donnez votre avis
  1. Bonjour
    Les Norvégiens ne sont pas tous des anges et il y a parmi eux de riches parvenus qu’on voit foncer dans le fjord d’Oslo à bord de leurs vedettes surpuissantes gaspilleuses de pétrole et destructrices de l’écosystème marin. L’industrie n’est pas en reste, il n’est pas conseillé de consommer les morues du même fjord car en tant que poissons de fond elles sont contaminées par les métaux lourds rejetés pendant des années. Les maisons sont souvent en bois mais pas toujours bien isolées, et gourmandes en chauffage électrique. L’agriculture est encore largement basée sur engrais et pesticides même s’il existe des circuits bio.
    Mais il existe en Scandinavie une culture du respect de la nature, qui est le moteur de comportements civiques dont nous pourrions nous inspirer : trier ses déchets, limiter sa consommation globale, mutualiser la rente pétrolière en investissant dans la recherche et les énergies renouvelables, et surtout dialoguer sur ces sujets. C’est pourquoi on peut être optimiste, mais le meilleur encouragement à leur faire serait de leur emboiter le pas..

  2. Merci à vous, j’apprécie beaucoup la lecture de vos articles.

  3. Il s’agit de 817 milliards d’€ et non pas millions

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