Les États-Unis suppriment les limites d’émissions de CO2 des centrales à charbon et au gaz
Aux États-Unis, le virage climatique de l’administration Trump gagne le secteur de la production d’électricité. L’Agence américaine de protection de l’environnement vient d’effacer une partie centrale des normes d’émissions de CO2 imposées aux centrales au charbon et au gaz sous Joe Biden, tout en ouvrant un second chantier destiné à empêcher leur retour.

Derrière l’argument de l’électricité moins chère se joue une confrontation beaucoup plus large sur les émissions, la santé publique et le pouvoir même de l’État fédéral à réglementer les gaz à effet de serre.
Aux États-Unis, l’EPA efface les limites de CO2 imposées aux centrales électriques
Le 14 septembre 2026, l’Environmental Protection Agency, ou EPA, a signé l’abrogation partielle définitive des normes fédérales encadrant les émissions des centrales électriques fossiles. L’annonce a été faite à Houston, en marge de la réunion des ministres de l’Énergie du G20. « Les Américains réclament davantage de bon sens de la part des agences fédérales sous la présidence de Donald Trump », a déclaré Lee Zeldin, administrateur de l’EPA.
La portée de l’annonce nécessite toutefois une distinction. Une partie substantielle des Carbon Pollution Standards adoptés sous Joe Biden est bien supprimée de manière définitive. En revanche, le volet destiné à faire disparaître les exigences fédérales restantes sur les gaz à effet de serre et à réduire la capacité d’une future administration à réglementer ces émissions n’est encore qu’une proposition, comme le précise l’EPA.
Centrales au charbon : l’EPA démantèle les limites de CO2
Le premier volet s’attaque directement aux contraintes mises en place en 2024 pour les unités au charbon existantes et certaines nouvelles installations au gaz. Les règles Biden devaient réduire d’environ 1 milliard de tonnes métriques les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2047. Pour les centrales au charbon appelées à fonctionner à long terme, la réglementation aurait conduit à capter l’essentiel du carbone rejeté à l’horizon 2039, faute de quoi elles auraient dû fermer.
L’administration Trump présente cette contrainte comme une menace pour l’offre électrique au moment où les centres de données, l’intelligence artificielle et de nouvelles capacités industrielles font progresser les besoins du réseau. L’EPA affirme que l’abrogation permettra d’éviter plus de 300 milliards de dollars de coûts, soit plus de 260 milliards d’euros. Le volet supplémentaire encore proposé représenterait environ 370 millions de dollars, soit près de 320 millions d’euros d’économies directes de mise en conformité, a fait valoir Lee Zeldin. Ce recul réglementaire modifierait éviemment la trajectoire des émissions en rajoutant 123 millions de tonnes métriques de CO2 au cours de la prochaine décennie.
États-Unis : la bataille des émissions de gaz à effet de serre change d’échelle
L’enjeu ne se limite pas au coût de quelques équipements. Le secteur électrique produit près d’un quart des émissions américaines de gaz à effet de serre et arrive parmi les principaux secteurs émetteurs du pays, derrière les transports. Ses émissions ont en outre progressé de 4 % en 2025. Il faut savoir que les centrales électriques sont la première source industrielle de gaz à effet de serre aux États-Unis. Avec ses émissions de 2022, le secteur électrique américain, considéré comme un pays, se serait classé au sixième rang mondial des émetteurs.
L’administration Trump ne se contente donc pas d’abroger des seuils techniques. Sa proposition complémentaire vise à supprimer les fondements permettant à l’EPA de réglementer les gaz à effet de serre des centrales au titre de la section 111 du Clean Air Act. L’agence avait déjà, en février 2026, annulé le constat fédéral de 2009 selon lequel les gaz à effet de serre menacent la santé et le bien-être publics, décision qui concernait notamment la réglementation des véhicules. Le nouveau chantier transpose cette offensive juridique au secteur électrique.
Ce terrain est familier aux tribunaux américains. Le Clean Power Plan élaboré sous Barack Obama a été invalidé par la Cour suprême en 2022, tandis que la règle qui lui avait succédé sous la première administration Trump avait elle aussi été annulée par la justice. La nouvelle architecture réglementaire devrait donc être contestée. Interrogée par Bloomberg, Maggie Coulter, avocate au Climate Law Institute du Center for Biological Diversity, y voit « un cadeau manifeste aux pollueurs fossiles, et les tribunaux devraient le considérer ainsi ».
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