Les Jeux olympiques d’hiver, un modèle climatique à bout de souffle

Présentés comme les Jeux olympiques d’hiver les plus sobres de l’histoire, les Jeux 2026, qui ouvrent à Milan et Cortina le 6 février 2026, incarnent pourtant un paradoxe climatique.

Rédigé par , le 23 Jan 2026, à 11 h 11 min
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Derrière les discours officiels sur la durabilité, l’événement repose sur une consommation massive de ressources, une dépendance croissante à la neige artificielle et un modèle économique qui alourdit considérablement son empreinte carbone.

Des Jeux olympiques d’hiver incompatibles avec le climat actuel

Prévus du 6 au 22 février 2026 en Italie, les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina s’inscrivent dans un contexte climatique inédit. La hausse rapide des températures en montagne, documentée depuis plusieurs décennies, remet en cause la viabilité même de ce type de compétition. Pourtant, malgré ces alertes répétées, les Jeux olympiques d’hiver continuent d’être organisés dans des régions de plus en plus dépendantes de la neige artificielle et d’infrastructures lourdes, au prix d’impacts environnementaux croissants.

Les Jeux olympiques d’hiver reposent historiquement sur un élément devenu instable : la neige naturelle. Or, selon le rapport « Olympics Torched », publié en janvier 2026 par le New Weather Institute et Scientists for Global Responsibility, le réchauffement climatique réduit drastiquement la fiabilité de l’enneigement dans les Alpes italiennes. Ainsi, même en plein hiver, les températures observées dans plusieurs sites olympiques dépassent régulièrement les seuils nécessaires au maintien de la neige naturelle, obligeant les organisateurs à recourir massivement à la neige artificielle.

Cependant, cette neige artificielle constitue elle-même un problème environnemental majeur. Sa production nécessite d’importantes quantités d’eau et d’électricité, souvent prélevées localement, ce qui accentue la pression sur des écosystèmes alpins déjà fragilisés. De plus, la neige artificielle est plus dense que la neige naturelle, de quoi modifier les sols et ralentir la repousse de la végétation alpine. Ainsi, loin de compenser l’absence de neige naturelle, cette solution technique aggrave les déséquilibres écologiques.

Par ailleurs, les Jeux olympiques d’hiver contribuent eux-mêmes à accélérer la disparition de la neige, pourtant nécessaire à leur bon déroulement. Les auteurs du rapport estiment que les seules émissions officielles de l’événement entraîneront la perte potentielle de 2,3 kilomètres carrés de couverture neigeuse cumulée à long terme. Lorsque l’on inclut les émissions indirectes liées au sponsoring, cette perte atteindrait 5,5 kilomètres carrés, illustrant un cercle vicieux climatique dont les Jeux olympiques d’hiver sont à la fois la cause et la victime.

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Une empreinte carbone massive sous-estimée par les organisateurs

Officiellement, les organisateurs mettent en avant des Jeux olympiques d’hiver « neutres en carbone ». Pourtant, les auteurs du rapport « Olympics Torched » révèlent une réalité bien différente. Les émissions totales directement associées à l’organisation des Jeux sont estimées à environ 930.000 tonnes équivalent CO₂, un niveau déjà particulièrement élevé pour un événement de quelques semaines.

Ces émissions proviennent principalement de la construction et de la rénovation d’infrastructures sportives, des déplacements internationaux des athlètes, des délégations et des spectateurs, ainsi que de la logistique nécessaire au bon déroulement des Jeux olympiques d’hiver. En particulier, les déplacements aériens des spectateurs constituent une part majeure de cette empreinte carbone, dans un contexte où l’aviation demeure l’un des modes de transport les plus émetteurs de gaz à effet de serre.

Cependant, cette estimation officielle ne prend pas en compte un volet essentiel : les émissions induites par les partenaires commerciaux de l’événement. Or, d’après le rapport, les trois sponsors majeurs – le groupe énergétique Eni, le constructeur automobile Stellantis et la compagnie ITA Airways – sont responsables à eux seuls d’environ 1,3 million de tonnes équivalent CO₂ supplémentaires. Ces émissions indirectes représentent environ 40 % de plus que l’ensemble des émissions liées aux activités officielles des Jeux olympiques d’hiver.

Ainsi, malgré les engagements affichés en matière de durabilité, les Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina reposent sur un modèle incompatible avec la préservation de la neige et des écosystèmes alpins. L’événement illustre les limites d’une approche fondée sur la compensation carbone et la communication verte, dans un contexte où la réduction réelle des émissions demeure marginale.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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