‘Ensemble, on va plus loin !’ : Carine Ritan parle de l’intelligence collective en entreprise

Ancienne Directrice au sein des Parcs naturels régionaux, Carine Ritan a créé en 2010 la société de conseil et d’ingénierie Appeld’aiR. Elle répond à nos questions sur l’intelligence collective (IC) au service des entreprises et des collectivités.

Rédigé par Paul Boucher, le 19 Mar 2018, à 7 h 55 min

Ancienne Directrice au sein des Parcs naturels régionaux, Carine Ritan a réorienté sa carrière en 2010 en créant la société de conseil et d’ingénierie Appeld’aiR, qui travaille sur la France entière. Elle répond à nos questions sur l’intelligence collective (IC) au service des entreprises et des collectivités.

IC : « Tout seul on va plus vite ; ensemble on va plus loin » – Entretien avec Carine Ritan

L’intelligence collective vise à valoriser toute la diversité des connaissances, des compétences et des idées d’une communauté (entreprise, collectivité voire famille) et de tourner cette diversité en un dialogue créatif et productif. Vecteur de créativité, de collaboration et de performance, l’IC peut apporter une réponse pour réunir les forces des équipes de travail. Carine Ritan nous explique comment.

ConsoGlobe.com – Qu’est-ce que votre expérience au sein des Parcs naturels régionaux vous a appris sur la façon de faire aboutir un projet ?

Carine Ritan : le plus important dans l’aboutissement et la durabilité d’un projet c’est la gouvernance de sa mise en oeuvre, c’est-à-dire dans la manière dont on va cheminer, construire, décider ensemble, ou non, autour de questions qui font sens individuellement d’abord, et collectivement ensuite, sinon elles ne peuvent être partagées.

On se rend compte, quand on travaille sur la protection de l’environnement par exemple, que tous les sujets se tissent ensemble. Tout est lié.

Une vidéo pour en savoir plus sur ce qui anime Carine Ritan

ConsoGlobe.com – Mais qu’est-ce que l’intelligence collective apporte à la réalisation d’un projet en entreprise ?

Carine Ritan : l’intelligence collective apporte de la simplicité dans un sujet complexe. Quand on travaille sur l’économie circulaire avec des entreprises, la première chose c’est de les amener à se jeter à l’eau, à admettre qu’on a le droit de faire ça, de créer des capacités d’auto-apprentissage, de co-apprentissage au sein de l’entreprise. Alors cela interroge forcément l’impression de tout maitriser que l’on incarne, – ou que l’on croit incarner, et invite en quelque sorte, à céder un peu de son « pouvoir de maîtrise ».

La Région Bretagne a accepté de faire ça il y a déjà 3 ans, ce qui était très novateur. Elle a lancé un appel à projets original sur l’économie circulaire en disant : « Allez-y, faites des propositions, investissez-vous dans l’IC ».

ConsoGlobe.com : Est-ce que ça n’existe pas déjà, sous forme de consultations de la population ?

Carine Ritan  : l’I.C. ce n’est pas la consultation de la population, souvent utilisée en lieu et place de processus de co-construction, peut-être tout autant par manque de connaissance ou parce qu’il y a toujours un peu d’appréhension, mais aussi parfois par envie de se donner bonne conscience malgré tout. Mais en fait cela a deux conséquences négatives :

  1. Les personnes qui participent ont le sentiment de « se faire avoir », car ils constatent qu’à aucun moment leurs propositions n’ont été analysées ou même prévues comme pouvant être intégrées dans un véritable processus de décision ou de co-construction ;
  2. Cela confirme une sorte de statut quo au sein de l’organisation où le pouvoir serait jalousement enfermé en haut de la pyramide, alors qu’en fait l’intelligence collective nécessite du pilotage, de la coordination et du cadrage avec la sécurité d’être soutenu justement par le haut de la pyramide… .

ConsoGlobe.com : Beaucoup pensent que donner la parole au groupe va ralentir le processus, créer de la confusion. Ne vaut-il pas mieux quelqu’un seul qui décide et qui agit ?

Carine Ritan : l’I.C., paradoxalement, permet d’aller plus vite, mais pas au même moment. Beaucoup de gens pensent le contraire. Mais, pour citer un proverbe africain : « Tout seul, on va plus vite, ensemble, on va plus loin ». Par contre, cela nécessite un travail important en amont.

On constate en générale dans les projets nouveaux que le plus dur est de ne pas céder à la tentation d’aller plus vite à la phase de « réalisation » du projet. Les techniques varient selon le public. Il faut prendre cas par cas, avancer par petits pas au début, se servir des outils les plus adaptés, les créer si besoin, et c’est cela que je fais.

ConsoGlobe.com – Quels sont ces outils, justement ? Où peut-on les trouver ?

Carine Ritan : on peut trouver beaucoup d’outils de travail collectif sur internet : outils collaboratifs comme les forums ouverts, les quiz d’introduction, les modes coopératifs de décision,  etc. Mais les outils ne suffisent pas en soi. Ce qui est important c’est avec qui et pour quoi on les utilise, dans quel but et à quel sujet.

© KreativKolors

ConsoGlobe.com – Avec qui ?

Carine Ritan : chaque groupe a son passé. Par exemple,, tel groupe a déjà pratiqué l’IC depuis trois ans : on peut aller très vite à l’essentiel. Mais un autre commence juste : il faut alors avancer par petits pas.  ne pas utiliser tout de suite le terme « intelligence collective ».

Chaque terme fait peur et génère potentiellement des questions ou des angoisses  de type : « Est-ce que mon intelligence va être testée ? Est-ce que je vais être à la hauteur ? », ou encore « Mais si je suis trop autonome alors du coup je vais devoir assumer la responsabilité de ce que je fais ? »  Ce qui est le contraire de la culture hiérarchique de responsabilité qui fait qu’on décharge sa responsabilité sur l’autre.

ConsoGlobe.com – Pour quoi ?

Carine Ritan : l’IC n’est pas un label qu’on colle sur un projet déjà bouclé pour faire « moderne ». Cela s’intègre dès le début du processus, comme la sève dans un arbre, comme un souffle qui donne de l’air et la vie à un projet agile et non figé.

ConsoGlobe.com : Est-ce que l’intelligence collective est à la portée de tout un chacun, dans les associations citoyennes par exemple ?

Carine Ritan : L’IC n’est pas limitée aux entreprises et aux collectivités. Chacun peut la pratiquer chez soi, dans son association, etc. De nombreuses associations la pratiquent déjà (Colibris, GRAB, etc.)

Exemple : des employées n’avaient pas de restauration collective sur leur lieu de travail. Après un atelier organisé avec les méthodes du « design de service », ils ont inventé une sorte de cuisine collective itinérante, en mangeant chez les uns et les autres à tour de rôle.

De même, l’organisation des mariages sont souvent générateurs au sein des couples ou des familles de troubles et de conflit. Il suffit d’une soirée parfois pour clarifier, partager, décider ensemble, lever les mal entendus et retrouver le sourire.

ConsoGlobe.com : Merci Carine Ritan pour cet éclairage. Bon courage et à bientôt !

Carine Ritan : Merci à ConsoGlobe de partager ces idées sur l’intelligence collective et de s’intéresser à mon travail.

Illustration bannière : « ensemble on va plus loin » – © Anjo Kan
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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

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  1. Intéressant, nous avons commencé à utiliser l’intelligence collective via mimopop.com

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