L’école et les neurosciences : mythes et réalité

À chaque sortie de rapport PISA, la France de l’éducation déprime à l’idée que le pays des Lumières se trouve de plus en plus bas dans les classements mondiaux. Pourquoi n’arrivons-nous pas à éduquer nos enfants correctement ? Pourquoi un tel taux d’illettrisme ? Pourquoi ce piètre niveau de raisonnement mathématique ? Pourquoi tant de violence dans les collèges ? Que faire pour améliorer la situation ?

Rédigé par Paul Boucher, le 31 Jan 2018, à 14 h 30 min

Tout engouement précipité serait une erreur. Ce n’est pas la première fois que le milieu éducatif s’enflamme pour une théorie qui doit bouleverser l’enseignement. nous avons déjà eu à titre d’exemples, l’hygiénisme, l’enseignement assisté par ordinateur, la méthode audio-visuelle, la lecture globale.

Neurosciences : gare à la précipitation

Que ces idées soient justes ou non n’est pas la question. Le danger c’est la précipitation, l’impréparation, le manque de formation des enseignants, puis le tarissement des fonds après quelques années d’insuccès.

Il en sera ainsi avec les neurosciences si nous ne prenons pas garde.

Les études confirment l’efficacité des pratiques plus anciennes

Ensuite, les études neurobiologiques confirment très souvent les bons résultats des méthodes actives pratiquées depuis bientôt un siècle en Europe ou ailleurs. Que ce soit Maria Montessori en Italie, Célestin Freinet en France, ou Ovide Ducroly en Belgique, tous préconisent des choses qui sont validées par les études les plus récentes du cerveau, à savoir :

  • L’importance de l’empathie envers l’élève : le dénigrement et la punition sont contreproductifs. Un jeune apprend toujours mieux dans un environnement où il se sent respecté et sécurisé.
  • L’efficacité de la coopération entre élèves : un élève apprend et retient mieux en résolvant des problèmes à plusieurs qu’en travaillant seul à partir d’un cours magistral.
  • La reconnaissance que l’erreur fait partie de l’apprentissage : elle est souvent le résultat d’une mauvaise stratégie et peut être corrigée. Comprendre la nature de l’erreur et s’en servir pour avancer est cent fois plus productif que de recevoir une mauvaise note.
  • L’importance du contact avec le monde physique : bricolage, jardinage, manipulation d’objets géométriques, le « hands on » comme disent les Américains favorisent beaucoup plus l’apprentissage que l’abstrait ou le virtuel. Ce qui ne veut pas dire que l’enfant ne peut pas aborder l’abstraction, mathématique par exemple, mais il l’intériorise mieux s’il y vient par la résolution d’un problème matériel.
  • Les techniques pour améliorer l’attention de l’élève : l’enseignant doit organiser l’activité de façon à ce que l’attention de l’élève soit captivée, puis maintenue. La tâche à accomplir doit être bien définie, de façon à bien orienter l’attention de l’élève. Pour améliorer les capacités de l’élève à se concentrer on peut utiliser des techniques comme la méditation en pleine conscience, la pratique d’un instrument de musique, le tir à l’arc, etc.

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Ainis, nous sommes sans aucun doute à l’aube d’une révolution pédagogique, qui bouleversera dans les prochaines années les habitudes de tous les acteurs : élèves, parents, enseignants et administrateurs. Ne pas s’y engager c’est garantir que la France continuera à descendre dans les classements de type PISA. Ses écoles continueront à produire chaque année un petit pourcentage d’élèves doués et bien formés qui s’engageront dans les voies d’excellence et obtiendront des emplois bien rémunérés. Et en même temps, le nombre d’élèves sortis du système sans savoir résoudre un problème mathématique, sans pouvoir lire et comprendre un texte, sans qualification professionnelle continuera à augmenter. Mais pour bien changer il faut bien comprendre les enjeux et s’engager à son niveau pour faire le meilleur choix possible.

Illustration bannière : Les neurosciences vont-elles prendre du poids dans le système éducatif ? © Sergey Nivens
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Professeur d’université à la retraite, Paul aime observer le monde moderne et ses évolutions. Il s’intéresse tout particulièrement à l’économie...

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