De combien de morts la pollution de l’air est-elle vraiment responsable chaque année ?

Une nouvelle étude avance des chiffres vraiment alarmants : les particules fines et la pollution de l’air seraient à l’origine chaque année de 800.000 décès prématurées en Europe et de près de 9 millions à l’échelle planétaire !

Rédigé par Séverine Bascot, le 13 Mar 2019, à 8 h 00 min

En mai 2018, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tirait la sonnette d’alarme : d’après les derniers chiffres qu’elle avait pu compiler, la pollution de l’air tue énormément : dans le monde, 9 personnes sur 10 respirent un air pollué, et 7 millions en seraient mortes  ! Un chiffre qui faisait déjà bien froid dans le dos…

Mais hier mardi 12 mars 2019, un nouveau rapport de chercheurs allemands et chypriotes estiment que 8,8 millions de personnes seraient décédées à cause de la pollution de l’air en 2015 à travers le monde (dont 2,8 millions rien qu’en Chine).

Près de 9 millions de décès par an dans le monde dus à la pollution de l’air

Publiée dans dans l’European Heart Journal, cette nouvelle étude avance donc des chiffres nettement supérieurs aux dernières estimations officielles de l’OMS. Si en janvier 2016, l’organisation onusienne avançait le chiffre de 3,3 millions de décès (d’après des chiffres de 2013), les particules fines (PM2,5 de diamètre inférieur à 2,5 micromètres) contenues dans l’air que nous respirons seraient désormais à l’origine de 9 millions de décès prématurées (avant l’âge de l’espérance de vie) dans le monde !

Lire aussi : Pollution de l’air : 92 % de la population mondiale est touchée

Entre 40 et 80 % de ces décès prématurés sont dus à des maladies cardiovasculaires, estiment les chercheurs.

Une étude qui cible essentiellement l’Europe

En octobre dernier, l’agence européenne de l’environnement (AEE) avait estimé le nombre de décès prématurés dus aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d’azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l’ozone (O3) s’élevait à 518.000 décès prématurés dans 41 pays d’Europe, et 480.000 dans les pays membres de l’UE en 2015.

Aujourd’hui, les chercheurs avancent les chiffres de 790.000 pour l’ensemble de l’Europe, dont 659.000 dans les 28 états de l’Union.

Le pays qui paie le plus lourd tribut en Europe est  l’Allemagne avec 124.000 décès prématurés par an (soit 154 décès pour 100.000 habitants). La France quant à elle, en compte 67.000 (105 morts pour 100.000 habitants), soit bien plus que l’estimation de Santé Publique France qui estimait ce nombre à 48.000 !

Pour rappel, en France

C’est Marseille qui arrive en tête des lieux à l’atmosphère la plus polluée suivi par la métropole lilloise et la région parisienne.

Paris sous la pollution © Davit Khutsishvili

Pourquoi un tel décalage ?

Les chercheurs sont parvenus à développer un nouvel outil statistique plus puissant : le « Global Exposure Mortality Model » (GEMM) qui s’appuie sur plus de 40 études de cohortes issues de 16 pays, en combinant 3 niveaux de données : niveaux d’exposition à la pollution, densité et âge des populations, effets sanitaires.

Plus de morts dues à la pollution de l’air qu’à cause du tabac

La limite annuelle d’exposition dans l’UE est de 25 µg/m3. Un seuil qui semble très insuffisant pour protéger la santé des Européens, l’OMS recommandant d’ailleurs de ne pas dépasser 10 µg/m3.

Mais pour les chercheurs, le seuil de l’OMS lui-même n’est pas suffisamment bas, puisque le niveau d’exposition aux PM2,5 devrait plutôt se situer en dessous de 2 à 3 µg/m3. L’Europe doit donc réagir de manière urgente, alors que les discussions en cours dans le cadre de la révision de la directive européenne sur la qualité de l’air visent seulement un passage de 25 à 20 µg/m3.

Comparons-nous un peu

Le seuil d’exposition aux PM2,5 aux États-Unis est de l’ordre de 12 µg/m3. Et de 7 µg/m3 en Australie.

L’un des auteurs du rapport, Thomas Münzel explique : « Pour mettre ces résultats en perspective, cela signifie que la pollution de l’air fait plus de morts chaque année que le tabac, responsable de 7,2 millions de décès selon l’OMS ». Or, « on peut éviter de fumer, mais pas de respirer un air pollué » !

Protéger les populations et les futures générations © LightField Studios

La solution d’après eux ? L’abandon du notre modèle basé sur les énergie fossiles  : à ce niveau, des normes plus ambitieuses en matière de protection à elles seules ne pourront plus suffire ! Pour citer un des auteurs de l’étude, le professeur Lelieveld : « Dans la mesure où la plupart des particules fines et des autres polluants de l’air en Europe proviennent de la combustion des énergies fossiles, il est urgent de passer à d’autres sources d’énergie, propres et renouvelables ».

Illustration bannière : Pollution atmosphérique : un danger pour la santé humaine – © Thongden Studio
Références :
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Voyageuse insatiable, j'ai parcouru le monde autant pour des raisons personnelles que professionnelles : rien de mieux pour prendre la mesure de l'état de la...

1 commentaire Donnez votre avis
  1. On nous parle toujours de la pollution de l’air, certes, mais on laisse encore utiliser des pesticides pour les cultures, et là, difficile de les éviter, on ne trouve pas autant d’aliments bio que l’on voudrait.

    Et même le bio, si à côté on a quelqu’un qui traite son champs, difficile de ne pas avoir du produit qui vole avec le vent.

    Si dans les grandes villes à certains endroits, La pollution de l’air est plus facile à éviter que le poison qu’on nous met dans les aliments.

    Les nouvelles voitures ont de beaucoup diminué leur pollution, et les nouveaux diesels polluent 30 fois moins que les voitures à essence qu’on nous pousse à acheter.

    Les voitures électriques déplacent la pollution, et les hybrides ne sont pas très écolo.

    Et si on revenait au temps des gaulois ?

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