Mémoire, attention, humeur : comment la canicule affecte le cerveau

En Europe, la chaleur a déjà tué. La canicule de l’été 2003 a provoqué environ 70 000 décès sur le continent, dont près de 15.000 en France, marquant un tournant dans la perception des risques climatiques. Depuis, les vagues de chaleur sont devenues plus fréquentes et plus intenses sous l’effet du réchauffement climatique.

Rédigé par , le 10 Aug 2026, à 11 h 36 min
Mémoire, attention, humeur : comment la canicule affecte le cerveau
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Le réchauffement climatique inquiète de plus en plus les citoyens. Et pas seulement pendant des canicules extrêmes. Des effets délétères ont été observés sur le cerveau et se manifestent à des températures considérées encore « normales » pour une grande partie de la population. C’est ce que révèle une enquête menée par le Human Adaptation Institute, qui fait état de conséquences insoupçonnées de la chaleur sur notre santé mentale et cognitive.

La chaleur transforme notre environnement et notre cerveau

L’Europe a connu des épisodes de fortes chaleurs de plus en plus fréquents et intenses. Après la canicule historique de 2003, qui a causé des dizaines de milliers de décès en France et dans d’autres pays européens, les vagues de chaleur se multiplient sous l’effet du réchauffement climatique anthropique. Ce changement global dans le climat affecte l’humanité à plusieurs niveaux. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la chaleur est désormais un risque majeur pour la santé publique, avec une mortalité liée aux températures élevées qui a crû de façon spectaculaire ces dernières années.

Mais au-delà de la mortalité aiguë, c’est la chaleur elle-même qui affecte notre cerveau, selon l’étude « Les humains face à la chaleur » présentée par Christian Clot, président du Human Adaptation Institute. Les chercheurs ont interrogé plus de 4 000 personnes et analysé ces réponses conjointement avec des données physiologiques et météorologiques. Christian Clot souligne, dans des propos rapportés par Futura Sciences, que « nous ne nous attendions pas à observer un début de dégradations psychologiques et mentales aussi rapidement. Dès 24 °C moyens sur 24 heures ou 32 °C en pic », des effets peuvent se faire sentir sur les fonctions mentales.

La chaleur altère cognition et fonctions mentales

L’impact de la chaleur sur le cerveau se mesure à différents niveaux. Des études scientifiques indépendantes montrent que des températures ambiantes élevées peuvent réduire la performance cognitive même en l’absence de maladie grave. Une recherche publiée en 2018 a révélé qu’au cours d’une vague de chaleur, des adultes vivant sans climatisation montrent des déficits cognitifs significatifs par rapport à un groupe équipé d’air conditionné, avec une augmentation du temps de réaction et une baisse des capacités de traitement de l’information.

Des travaux récents menés chez les enfants préadolescents suggèrent aussi que l’exposition à des températures élevées est associée à une connectivité réduite dans plusieurs réseaux cérébraux essentiels (mémoire, attention, prise de décision), ce qui pourrait affecter la façon dont le cerveau communique en interne. Cette perturbation des réseaux cérébraux est cohérente avec d’autres observations, des températures élevées sont associées à une baisse de performance cognitive, une altération de l’attention et une baisse de la mémoire, même lorsqu’elles ne sont pas extrêmes.

Comment la chaleur dérègle le cerveau

Les mécanismes biologiques par lesquels la chaleur affecte le cerveau sont multiples. La déshydratation, qui accompagne souvent une forte chaleur, peut modifier l’irrigation sanguine cérébrale et affecter les connexions entre neurones, altérant fonction cognitive et jugement. Une autre voie probable est l’impact sur la qualité du sommeil. La régulation thermique du corps durant la nuit est essentielle à un repos réparateur.

Lorsque la température ambiante reste élevée, comme cela devient fréquent avec les nuits tropicales en période de canicule, le sommeil s’en trouve perturbé, ce qui peut indirectement dégrader les capacités cognitives et l’humeur. Par ailleurs, sur le plan neurologique plus large, plusieurs affections telles que la sclérose en plaques présentent une aggravation manifeste des symptômes sous l’effet de la chaleur, un phénomène neurologique bien documenté appelé phénomène d’Uthoff.



Rédactrice dans la finance, l'économie depuis 2010 et l'environnement. Après un Master en Journalisme, Stéphanie écrit pour plusieurs sites dont Economie...

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