Russie : la première centrale nucléaire flottante en route vers l’Arctique

La centrale nucléaire flottante russe va commencer son voyage vers l’Arctique dès aujourd’hui… Première usine de ce type, l’Akademik Lomonosov va quitté Mourmansk, où ses réacteurs pour l’Arctique, la Russie comptant bien profiter de la fonte des glaces du Grand Nord pour exploiter les gigantesques réserves pétrolières. Bien que les officiels russes assurent qu’elle est capable de résister aux cataclysmes naturels, le projet est largement critiqué par les écologistes. Greenpeace l’a même surnommé le « Titanic nucléaire ».

Rédigé par MEWJ79, le 23 Aug 2019, à 8 h 35 min

Une centrale nucléaire flottante russe, première de ce type dans le monde, exploitée par le géant russe Rosatom, a été mise à l’eau le 28 avril 2018 à Saint-Pétersbourg. Après avoir rejoint Mourmansk où ses réacteurs ont été chargés en combustible, l’Akademik Lomonosov entame aujourd’hui un voyage de 5.000 kilomètres dans l’Arctique

Le « Titanic nucléaire », la centrale flottante russe qui inquiète les écologistes

Vendredi 23 août, l’Akademik Lomonosov, première centrale nucléaire flottante du monde va quitter le port de Mourmansk où elle a été chargée en combustible et testée, direction l’Arctique :  elle va être remorquée jusqu’à Pevek son emplacement définitif, situé à 5.000 km de là, pas très loin de l’Alaska. Cette « innovation » est exploitée par le géant Rosatom, contrôlé par l’État russe.

centrale nucléaire flottante , akademik Lomonosov

L’Akademik Lomonosov dans le port de Saint-Petersbourg – Capture d’écran Youtube

Un autre Tchernobyl flottant ?

Et tout ceci inquiète les écologistes quant au sort de l’ArctiqueSurnommée « Titanic nucléaire » par Greenpeace, elle n’est pas appréciée de tous, loin  de là.

Et c’est même avec un grand soulagement que les habitants de la mer Baltique l’ont regardée quitter leurs côtes en 2018. La Norvège s’y opposait depuis 2013. En juillet 2017, le pays a ainsi obtenu que les deux réacteurs nucléaires KLT-40 ne soient alimentés en uranium qu’après avoir franchi ses 83.000 km de côtes.

Les riverains russes avaient eux aussi accueilli son départ avec soulagement, notamment les cinq millions d’habitants de Saint-Pétersbourg, dont bon nombre ont signé la pétition relayée par l’écologiste Alexander Nikitin, de la fondation Bellona (responsable également du traitement des déchets du gigantesque cimetière de sous-marins nucléaires abandonnés près de Mourmansk), qui s’inquiète aussi pour l’environnement fragile de l’Arctique.

Cette centrale flottante peut alimenter une ville de 200.000 habitants, mais à quel prix ?

Pour rappel, le projet Akademik Lomonosov a débuté il y a plus de 10 ans (en 2006) et s’appuie sur des réacteurs testés à bord des sous-marins et des brise-glaces nucléaires russes et sur les conclusions tirées de l’accident du Koursk, sous-marin nucléaire qui a sombré en mer de Barents en 2000 !

La puissance électrique de la centrale flottante Lomonosov est cependant 20 fois inférieure à ses équivalents installés sur terre : 70 MW seulement, contre 1450 MW pour les centrales nucléaires à eau pressurisée, les plus courantes dans le monde.

Cette centrale nucléaire flottante, installée sur un navire-barge de 140 mètres de long, peut alimenter en électricité une ville de 200.000 habitants. Une cité portuaire, Pevek – petite ville de Sibérie orientale, dans le district autonome de Tchoukotka -, devrait bénéficier de cette énergie électrique, mais elle est surtout destiné à alimenter le développement de la production d’hydrocarbures (et l’alimentation énergétique de plateformes pétrolières) dans des zones excessivement isolées.

Le voyage durera entre 4 et 6 semaines, dépendant énormément de la météo et de la quantité de glace sur la route, bien que le passage permettant de relier l’océan Atlantique à l’océan Pacifique en longeant la côte nord de la Russie soit de plus en plus accessible avec la fonte des glaces provoquée par le réchauffement climatique.

Des voix qui s’élèvent mais ne sont pas entendues

Mais ses opposants rappellent les dangers d’une telle installation pour l’environnement. Ainsi, Alexander Nikitin, ancien officier russe, explique que les fonds marins de la baie de Chazhma, près de Vladivostok, dans le Pacifique, sont toujours contaminés après le ravitaillement d’un sous-marin nucléaire qui a mal tourné, en 1985 et que l’explosion, révélée en 1993, a aussi tué dix personnes. Plus proche encore, début août 2019 également, une explosion – dans des circonstances qui restent floues – sur un centre de recherche nucléaire dans le Grand Nord a provoqué cinq décès et une brève augmentation de la radioactivité localement…

Lire aussi : Incident nucléaire en Russie : le mystère reste entier

L’ONG Greenpeace rappelle que la centrale flottante russe n’est pas soumise aux tests et protocoles de sécurité obligatoires pour les centrales terrestres : aucune évaluation appropriée des risques n’a été effectuée : « Le démarrage d’un réacteur nucléaire – surtout lorsqu’il s’agit d’un prototype flottant dépourvu d’enceinte en béton – constitue toujours une phase dangereuse dans le cycle de fonctionnement d’une centrale nucléaire. Tous les tubes sont-ils étanches ? Chaque soudure résistera-t-elle aux contraintes et à la pression ? L’arrêt d’urgence fonctionne-t-il ? »

D’autant qu’en Arctique, la météo est extrême et imprévisible. « La barge est tractée par d’autres navires, donc en cas de grosse tempête, il peut y avoir des collisions. Rosatom prévoit de stocker le combustible usé à bord […], tout incident aurait de graves conséquences sur l’environnement fragile de l’Arctique, sans oublier qu’il n’y a pas d’infrastructures de nettoyage nucléaire là-bas », estime Rachid Alimov, du département de l’énergie de Greenpeace Russie.

Plateforme russe en Arctique – Capture d’écran Youtube

Mais ces interrogations n’ont pas l’air d’inquiéter la Russie qui veut même exporter ce navire hors de ses frontières et assure être en contact avec plusieurs pays. Rosatom planifierait d’ailleurs déjà la construction de six autres unités.

De nombreuses questions, qui comme souvent dans les dossiers nucléaires (dans lesquels le principe de précaution est généralement un concept qui sert à s’essuyer le séant), restent sans réponse.

Une politique énergétique russe, archaïque mais pas étonnante, qui va à contre-sens de l’Accord de Paris, puisque le pays veut profiter du réchauffement climatique et de la fonte des glaces en Arctique pour explorer plus de pétrole, de gaz et de charbon.

Article mis à jour et republié
Illustration bannière : Départ de l’Akademik Lomonosov, la nouvelle centrale nucléaire flottante russe – Capture d’écran Youtube

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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

2 commentaires Donnez votre avis
  1. Leur Sibérie est en feu et ils n’ont même pas les moyens de l’éteindre !!!!
    Ils ont des milliards pour organiser des jeux olympiques d’hiver et ils n’ont même pas un Canadair pour éteindre un feu, c’est bien là qu’on voit qu’ils n’ont pas la lumière à tous les étages…..

  2. «(…) le principe de précaution est généralement un concept qui sert à s’essuyer le séant » je note !

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