Russie : la première centrale nucléaire flottante mise à l’eau

Une centrale nucléaire flottante russe est partie en mer samedi 28 avril. Première usine de ce type, l’Akademik Lomonosov a quitté Saint-Pétersbourg pour Mourmansk, où ses réacteurs seront chargés. Bien que les officiels russes assurent qu’elle est capable de résister aux cataclysmes naturels, le projet a été largement critiqué par les écologistes. Greenpeace l’a surnommé le « Titanic nucléaire ».

Rédigé par MEWJ79, le 30 Apr 2018, à 9 h 55 min

Une centrale nucléaire flottante russe, première de ce type dans le monde, exploitée par le géant russe Rosatom, a été mise à l’eau samedi 28 avril. L’Akademik Lomonosov a quitté Saint-Pétersbourg pour Mourmansk où ses réacteurs seront chargés en combustible.

Le « Titanic nucléaire », la centrale flottante russe, inquiète les écologistes

Samedi 28 avril, l’Akademik Lomonosov, première centrale nucléaire flottante du monde a quitté le port de Saint-Pétersbourg, direction Mourmansk, où elle sera chargée en combustible et testée. Cette « innovation » est exploitée par le géant Rosatom, contrôlé par l’État russe. En 2019, elle devrait être remorquée jusqu’à Pevek son emplacement définitif, situé à 5.000 km de là, pas très loin de l’Alaska.

centrale nucléaire flottante , akademik Lomonosov

L’Akademik Lomonosov dans le port de Saint-Petersbourg – Capture d’écran Youtube

Un autre Tchernobyl flottant ?

Et tout ceci inquiète les écologistes quant au sort de l’ArctiqueSurnommée « Titanic nucléaire » par Greenpeace, elle n’est pas appréciée de tous, loin  de là.

Et c’est même avec un grand soulagement que les habitants de la mer Baltique l’ont regardée quitter leurs côtes. La Norvège s’y oppose depuis 2013. En juillet 2017, le pays a ainsi obtenu que les deux réacteurs nucléaires KLT-40 ne soient alimentés en uranium qu’après avoir franchi ses 83.000 km de côtes.

Les riverains russes ont eux aussi accueilli son départ avec soulagement, notamment les cinq millions d’habitants de Saint-Pétersbourg, dont bon nombre ont signé la pétition relayée par l’écologiste Alexander Nikitin, de la fondation Bellona (responsable également du traitement des déchets du gigantesque cimetière de sous-marins nucléaires abandonnés près de Mourmansk), qui s’inquiète aussi pour l’environnement fragile de l’Arctique.

Cette centrale flottante peut alimenter une ville de 200.000 habitants, mais à quel prix ?

Pour rappel, le projet Akademik Lomonosov a débuté il y a plus de 10 ans et s’appuie sur des réacteurs testés à bord des sous-marins et des brise-glaces nucléaires russes et sur les conclusions tirées de l’accident du Koursk, sous-marin nucléaire qui a sombré en mer de Barents en 2000 !

La puissance électrique de la centrale flottante Lomonosov est cependant 20 fois inférieure à ses équivalents installés sur terre : 70 MW seulement, contre 1450 MW pour les centrales nucléaires à eau pressurisée, les plus courantes dans le monde.

Cette centrale nucléaire flottante, installée sur un navire-barge de 140 mètres de long, peut alimenter en électricité une ville de 200.000 habitants. Une cité portuaire, Pevek, et des plateformes pétrolières, devraient donc bénéficier de cette énergie électrique courant 2019.

Mais ses opposants rappellent les dangers d’une telle installation pour l’environnement. Ainsi, Alexander Nikitin, ancien officier russe, explique que les fonds marins de la baie de Chazhma, près de Vladivostok, dans le Pacifique, sont toujours contaminés après le ravitaillement d’un sous-marin nucléaire qui a mal tourné, en 1985 et que l’explosion, révélée en 1993, a aussi tué dix personnes. 

L’ONG Greenpeace rappelle sur son site que la centrale flottante russe n’est pas soumise aux tests et protocoles de sécurité obligatoires pour les centrales terrestres : aucune évaluation appropriée des risques n’a été effectuée : « Le démarrage d’un réacteur nucléaire – surtout lorsqu’il s’agit d’un prototype flottant dépourvu d’enceinte en béton – constitue toujours une phase dangereuse dans le cycle de fonctionnement d’une centrale nucléaire. Tous les tubes sont-ils étanches ? Chaque soudure résistera-t-elle aux contraintes et à la pression ? L’arrêt d’urgence fonctionne-t-il ? »

Plateforme russe en Arctique – Capture d’écran Youtube

De nombreuses questions, qui comme souvent dans les dossiers nucléaires (dans lesquels le principe de précaution est généralement un concept qui sert à s’essuyer le séant), restent sans réponse.

Une politique énergétique russe, archaïque mais pas étonnante, qui va à contre-sens de l’Accord de Paris, puisque le pays veut profiter du réchauffement climatique et de la fonte des glaces en Arctique pour explorer plus de pétrole, de gaz et de charbon.

Illustration bannière : Départ de l’Akademik Lomonosov, la nouvelle centrale nucléaire flottante russe – Capture d’écran Youtube
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

1 commentaire Donnez votre avis
  1. «(…) le principe de précaution est généralement un concept qui sert à s’essuyer le séant » je note !

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