Catastrophes naturelles : la scolarité d’un élève sur dix perturbée

Un élève sur dix a subi en 2025 une perturbation de sa scolarité liée au climat, soit au moins 171 millions d’élèves à travers le monde, estime l’UNICEF dans un nouveau rapport.

Rédigé par , le 14 Sep 2026, à 9 h 16 min
Catastrophes naturelles : la scolarité d’un élève sur dix perturbée
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Derrière ce chiffre mondial se cachent des fermetures de classes, des écoles transformées en refuges, des rentrées repoussées, mais aussi une aggravation des inégalités entre enfants et entre pays. Dans son dernier rapport sur le sujet, l’UNICEF dessine surtout une nouvelle réalité : la crise climatique engendrant de nombreuses catastrophes naturelles, est devenue une crise éducative.

L’UNICEF mesure une crise de la scolarité au-delà des fermetures

Au moins 171 millions d’élèves, de l’enseignement préprimaire au second cycle du secondaire, ont été concernés par des perturbations scolaires dues aux catastrophes naturelles survenues en 2025, annonce l’UNICEF dans un rapport publié le 10 septembre 2026. Les tempêtes, inondations, vagues de chaleur, sécheresses et feux de végétation ont impacté les écoles dans 106 pays et territoires. Ce bilan est pourtant présenté comme conservateur, nuancent les auteurs : l’étude saisit beaucoup mieux les chocs soudains, comme une inondation ou un cyclone, que les pressions lentes et durables, comme une sécheresse prolongée. L’étude exclut aussi les effets secondaires de certains risques sensibles au climat, parmi lesquels les maladies à transmission vectorielle ou la pollution de l’air.

Le premier enseignement du rapport est que la perturbation scolaire ne se résume plus à une porte d’école fermée. Parmi les élèves touchés, 66 % ont connu une suspension des cours. Mais pour 21 % d’entre eux, le retour en classe a également été retardé parce que leur établissement avait été endommagé ou transformé en abri pour des populations déplacées. D’autres ont basculé vers l’enseignement à distance, subi des horaires réduits, rencontré des difficultés physiques pour rejoindre l’école ou vu leur risque de décrochage augmenter. Dans ce rapport de l’UNICEF on lit également qu’au moins 11 pays ont connu des perturbations scolaires sur l’ensemble de leur territoire, provoquant l’interruption de l’apprentissage de 44 millions d’élèves. S’y ajoutent 40 pays ayant subi plusieurs épisodes distincts au cours de la même année. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de reconstruire après une catastrophe isolée : certains systèmes scolaires doivent absorber des chocs successifs avant même d’avoir retrouvé leur fonctionnement normal.

La sécheresse illustre particulièrement les angles morts des statistiques classiques. Elle ferme moins brutalement les écoles qu’un cyclone ou qu’une crue, mais elle réduit les revenus des ménages, dégrade la sécurité alimentaire et complique l’accès à l’eau. En 2025, environ 2 millions d’élèves ont ainsi moins fréquenté l’école ou vu leur risque de décrochage progresser en raison de la sécheresse. La perturbation climatique peut donc commencer longtemps avant qu’un établissement ne ferme officiellement.

Le coût potentiel s’étend bien au-delà d’une année scolaire. À partir d’un scénario reposant sur une moyenne de 18 jours de scolarité perturbés par élève, l’UNICEF évalue à au moins 200 milliards de dollars (soit 172,4 milliards d’euros) les pertes potentielles de revenus futurs. L’agence insiste cependant sur un point essentiel : il s’agit d’un exercice de modélisation, pas d’argent déjà perdu, et une continuité pédagogique efficace peut limiter les pertes d’apprentissage.

Tempêtes, inondations, chaleur : les enfants face à une année de ruptures

En 2025, les tempêtes ont constitué le premier facteur de perturbation scolaire, impactant environ 109 millions d’élèves. Les dégâts ne concernent pas uniquement les salles de classe. Les cyclones peuvent détruire le matériel pédagogique, couper l’eau et l’électricité, déplacer enseignants et familles ou transformer les écoles en centres d’hébergement. Le rapport rappelle également que l’exposition aux cyclones tropicaux est associée à une baisse de 2,5 % de la probabilité de commencer l’école primaire, avec un effet disproportionné sur les filles.

L’automne 2025 a été particulièrement brutal. En octobre, 23 pays ont suspendu des cours à la suite d’événements climatiques, soit le plus grand nombre de pays concernés au cours d’un même mois en 2025. Le cyclone tropical Montha a touché au moins 16 millions d’enfants en Asie du Sud, tandis que l’ouragan Melissa a perturbé l’éducation de plus de 3,3 millions d’enfants dans les Caraïbes. En Jamaïque, plus de 600 écoles primaires et secondaires avaient été endommagées, et les perturbations persistaient encore en juin 2026. Dans certains établissements, les élèves ne pouvaient suivre les cours que deux ou trois jours par semaine en raison du manque de salles utilisables.

Les inondations ont, elles, perturbé la scolarité d’au moins 70 millions d’élèves. Au Pakistan, les crues de mousson ont empêché plus de 28 millions d’élèves de reprendre les cours à la date prévue. Au Niger, les inondations ont retardé de deux semaines la rentrée de quelque 4 millions d’élèves. C’était d’ailleurs déjà la deuxième année consécutive où les crues obligeaient le pays à repousser la reprise des cours.

La chaleur n’est pas en reste. Des vagues de chaleur ont provoqué des perturbations scolaires dans au moins 10 pays et impacté environ 50 millions d’enfants. Même des systèmes éducatifs de pays européens ont dû modifier leurs horaires ou suspendre des cours : quelque 1,5 million d’enfants ont été concernés en Belgique, en France, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Au Soudan du Sud, des températures dangereusement élevées ont de nouveau entraîné des fermetures nationales après des malaises d’élèves dans les classes.

Catastrophes naturelles : la scolarité des filles apparaît particulièrement impactée

L’impact climatique est mondial, mais il est loin d’être réparti équitablement. Les trois quarts des 171 millions d’élèves concernés vivent dans des pays à revenu faible ou à revenu intermédiaire inférieur, rappelle l’UNICEF. Ces États disposent précisément de moins de ressources pour réparer rapidement les bâtiments, installer des systèmes de refroidissement, garantir l’accès à l’eau ou mettre en place des solutions d’enseignement temporaire.

Les filles cumulent plusieurs vulnérabilités. Quand une école est endommagée et que l’accès à l’eau se complique, elles peuvent se voir confier davantage de tâches domestiques ou de collecte d’eau. Le déplacement des familles et la perte de revenus peuvent également accroître le risque de mariage précoce et rendre le retour en classe plus difficile. « Les aléas climatiques mettent en péril la vie et l’avenir des enfants », rapppelle Catherine Russell, directrice générale de l’UNICEF.

Le tableau pays par pays révèle aussi l’ampleur de certaines perturbations. L’Égypte compte environ 28,44 millions d’élèves touchés, après notamment la fermeture nationale des établissements pendant une tempête de khamsin, un vent transportant du sable brûlant du désert d’Égypte vers le nord du pays. Le Pakistan en compte environ 28 millions, l’Inde 26,10 millions et les Philippines 12,30 millions.

Un autre exemple vient de Malaisie. Les inondations de mousson ont impacté 94.091 élèves. Certaines écoles ont dû passer à un enseignement à domicile, tandis que d’autres servaient de centres d’évacuation. Dans le même temps, les épreuves écrites du certificat national de fin d’études secondaires ont été maintenues pour plus de 400.000 candidats, avec des dispositifs de relogement et de transport pour ceux dont les routes étaient devenues impraticables. Cet épisode résume l’enjeu d’adaptation : une catastrophe ne doit plus automatiquement signifier l’arrêt complet de l’apprentissage.

La fragilité politique et humanitaire complique encore le diagnostic. L’UNICEF a examiné 21 pays considérés comme particulièrement touchés par des crises éducatives majeures, et a identifié des aléas climatiques documentés dans 19 d’entre eux. En croisant les données humanitaires avec les populations d’âge scolaire, l’agence conclut à une sous-estimation d’environ 9 millions d’élèves dans les contextes de crise.

Continuité de la scolarité : l’espoir demeure, insiste l’UNICEF

Plusieurs expériences nationales décrites par l’UNICEF montrent cependant à quoi peut ressembler l’adaptation du milieu scolaire au dérèglement climatique. Au Costa Rica, 4.038 diagnostics d’établissements et 3.391 plans de sécurité ont été réalisés dans le cadre d’un programme désormais intégré au dispositif national de suivi, au bénéfice de plus d’un million d’élèves. En Tanzanie, les clubs consacrés au changement climatique avaient été étendus à toutes les écoles secondaires et à plus de la moitié des écoles primaires à la fin de 2025, tandis que 77 établissements servaient de modèles et que 9.865 adolescents avaient participé à un programme de leadership climatique.

Pour l’UNICEF, la réponse doit relier beaucoup plus étroitement politique éducative et politique climatique : plans nationaux d’adaptation, contributions nationales de réduction des émissions, stratégies relatives aux pertes et dommages, infrastructures scolaires, formation des enseignants, continuité pédagogique et systèmes de données doivent être pensés ensemble. L’école apparaît alors sous un double jour : une infrastructure extrêmement exposée à la multiplication des chocs, mais aussi un outil d’adaptation capable de transmettre les compétences qui permettront aux enfants de vivre dans un climat plus instable.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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