Scénario catastrophe pour la baleine noire de l’Atlantique nord : pas de baleineau cette saison !

Aucun baleineau n’a été aperçu dans les zones de reproduction des baleines noires de l’Atlantique Nord cet hiver. Cette absence de bébé renouvelle les inquiétudes quant à la survie de l’espèce qui pourrait , dans le pire des scénarios, complètement disparaître dans une vingtaine d’années.

Rédigé par MEWJ79, le 1 Mar 2018, à 11 h 40 min

Après une année 2017 marquée par des mortalités records chez les baleines noires de l’Atlantique Nord, les scientifiques qui étudient l’espèce constatent un autre phénomène pour le moins inquiétant : aucun baleineau n’a jusqu’ici été observé cette année.

Aucune baleine n’a été observée avec son petit dans les zones concernées

Clay George, un biologiste du département des Ressources naturelles de l’État de la Georgie, aux États-Unis, explique que les baleines noires ont tendance à mettre bas de décembre à mars dans les eaux au large de la Floride et de la Georgie.

Mais cette année, aucune mère n’a été aperçue accompagnée d’un baleineau, pas même durant la période plus importante d’activité dans ces zones, en janvier et février. « À chaque jour qui passe, ça devient un peu plus inquiétant », constate le scientifique. « Et c’est inquiétant surtout à cause du haut degré de mortalité observé dans la dernière année » !

baleines noires Atlantique Nord

Pas de baleineau cette année – Capture d’écran Youtube

En effet, ce constat sur la survie de l’espèce est fait après une terrible année pour les baleines. Au moins 17 baleines noires de l’Atlantique Nord sont mortes dans les eaux canadiennes et américaines en 2017, dont 12 dans le golfe du Saint-Laurent. Les autopsies pratiquées sur sept d’entre elles ont démontré que quatre ont succombé à une collision avec un navire, alors que trois ont péri après avoir été retenues prisonnières d’un filet de pêche.

Il resterait environ 450 baleines noires dans le monde, dont une centaine de femelles. Pêches et Océans Canada, un ministère du gouvernement canadien, a annoncé plusieurs mesures pour venir en aide aux baleines noires de l’Atlantique Nord. « Quand le nombre de morts commence à dépasser celui des naissances, la population se met à décliner. C’est ce qui semble être la situation avec les baleines noires en ce moment » estime Clay George.

De la nourriture plus rare et une activité maritime plus intense

De son côté, Philip Hamilton, chercheur au Anderson Cabot Center for Ocean Life, un organisme à but non lucratif en Nouvelle-Angleterre, pense que l’absence de baleineaux pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs, dont le manque de nourriture. Et lui non plus ne se veut pas rassurant.

Ce scientifique qui observe les baleines noires depuis 1986, n’a jamais vu d’année sans baleineau. « C’est désolant », dit-il. Il est préoccupé à l’idée que la situation se prolonge, ou devienne permanente. Il explique que les habitudes de migration des baleines noires de l’Atlantique Nord ont changé ces 30 dernières années. Plusieurs prennent la direction du golfe du Saint-Laurent, de la baie de Fundy ou de la baie de Cape Cod au printemps et en été. L’hypothèse qui vient à l’esprit est qu’elles se dirigent vers les endroits où le zooplancton, leur principale source de nourriture, est plus abondant.

La raréfaction de la nourriture, ces dernières années, a changé les habitudes migratoires des baleines, affectant leur qualité de vie et faisant diminuer leur taux de mise bas. La fertilité des femelles pourrait être diminuée si elles sont sous-alimentées ou en mauvaise santé. Et le risque élevé d’enchevêtrement dans les filets de pêche, ou le bruit causé en général par l’activité maritime pourraient aussi rendre les bêtes plus stressées, et les femelles moins fertiles.

Le constat est là : autrefois, les baleines donnaient naissance tous les trois ans en moyenne. Aujourd’hui, ce ne serait qu’une fois tous les sept ans. En outre, Clay George indique que le taux de mise bas des baleines noires de l’Atlantique Nord a diminué fortement depuis 2011. Le nombre de baleineaux observés annuellement est passé d’une vingtaine à une douzaine durant cette période. Seul espoir, cinq baleineaux ont été observés en 2017. Il n’est donc pas impossible que 2018 ne s’avère au final qu’une anomalie, mais la tendance des dernières années n’est pas de bonne augure pour la survie de l’espèce, qui est en voie de disparition.

Illustration bannière : Baleine noire Atlantique Nord © Steve Meese
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Journaliste, je fais le grand écart entre football et littérature jeunesse.

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