Loups : le GPS proposé par Annie Genevard peut-il vraiment fonctionner ?

Localiser certains loups au moyen d’une puce GPS pour avertir les éleveurs avant qu’ils ne s’approchent des troupeaux ? Telle est l’idée qui a été avancée par la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, à l’Assemblée nationale.

Rédigé par , le 18 Sep 2026, à 10 h 26 min
Loups : le GPS proposé par Annie Genevard peut-il vraiment fonctionner ?
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Pendant ce temps, d’autres moyens de prévention et de défense sont déjà déployés contre les loups sur le terrain.

Loups sous GPS : voici ce que propose Annie Genevard

La proposition a surgi mercredi 16 septembre 2026 à l’Assemblée nationale. Auditionnée par la commission des affaires économiques, Annie Genevard répond au député du Rhône Jean-Luc Fugit, qui l’interroge sur les difficultés des éleveurs du massif du Pilat face à l’installation d’une meute. La ministre de l’Agriculture avance alors l’idée d’équiper certains loups d’un système GPS dans les secteurs très touchés par la prédation et sur les fronts de colonisation.

L’objectif est simple dans son principe : mieux connaître la position des prédateurs afin de prévenir les exploitants concernés lorsqu’un animal équipé se rapproche de leurs troupeaux. « On a la capacité technique d’équiper les loups », a assuré Annie Genevard devant la commission des affaires économiques. La technologie existe effectivement. Reste une série de questions autrement plus complexes : quels animaux capturer, comment les équiper, à quelle fréquence obtenir leur position et quelle valeur accorder à une absence d’alerte ?

La ministre ne présente pas, à ce stade, un dispositif finalisé. Aucun nombre de loups à équiper, aucune enveloppe financière et aucun calendrier de déploiement n’ont été annoncés. Annie Genevard évoque une piste qu’elle dit avoir soumise à sa collègue chargée de la Transition écologique. Les fronts de colonisation sont particulièrement visés : ce sont précisément les territoires où le prédateur s’installe dans des zones où les élevages ont parfois moins d’expérience et moins d’équipements adaptés à sa présence.

Cette préoccupation correspond à une évolution réelle. Selon les premières estimations diffusées par le ministère de l’Agriculture le 24 février 2026, 4.441 attaques attribuées au loup ont été recensées en France en 2025, soit une progression d’environ 10 % sur un an. Elles auraient fait 12.927 victimes animales, principalement des ovins, un chiffre en hausse de 15,1 %. Dans les territoires d’expansion, celui-ci fait état d’une augmentation de 38,4 % des attaques et de 27,3 % du nombre de victimes en 2025. Ces données expliquent en partie l’attention particulière accordée aux nouvelles zones de présence.

Le Pilat illustre cette progression territoriale. Début septembre 2026, la préfecture de la Loire indiquait que l’intensification du suivi avait permis de confirmer la reproduction du loup et la constitution d’une première meute sur le massif. Des pièges photographiques avaient notamment été déployés à proximité de sites de prédation. C’est donc dans un secteur où la présence du prédateur devient durable que la question d’une information plus rapide des exploitants se pose.

Pour autant, le GPS ne serait qu’une composante supplémentaire d’un dispositif de gestion déjà fortement renforcé. Depuis février 2026, le plafond annoncé de loups pouvant être détruits est passé de 19 % à 21 % de la population de référence, soit 227 animaux, avec la possibilité, sous certaines conditions, de monter à 23 %, soit 248 loups. Puis la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, promulguée le 18 août 2026, a modifié le cadre juridique applicable à la défense des troupeaux, aux prélèvements et à l’effarouchement.

Annie Genevard face au test de la faisabilité technique

Sur le seul plan technologique, la proposition ne part pas de zéro. L’OFB vient d’en apporter une démonstration grandeur nature. Une louve capturée accidentellement en Seine-Maritime le 10 mai 2026 a été relâchée quatre jours plus tard dans la Drôme avec un collier GPS. L’animal a ensuite été suivi pendant près de deux mois avant d’être abattu dans la nuit du 16 au 17 juillet dans les Alpes-de-Haute-Provence lors d’un tir de défense légal.

Le matériel utilisé calculait sa position avec une précision généralement comprise entre 8 et 15 mètres, indique l’OFB dans son bilan publié le 13 août 2026. En 65 jours, le collier a enregistré environ 634 kilomètres de déplacements, depuis des secteurs situés à 2.400 mètres d’altitude jusqu’aux abords de la Durance, autour de 600 mètres. Ces résultats démontrent qu’il est possible de suivre très finement les déplacements d’un loup sauvage sur une longue distance.

Il faut toutefois se garder de confondre précision géographique et instantanéité. Dans l’expérience de l’OFB, le récepteur du collier s’activait périodiquement selon une programmation déterminée. Les positions étaient d’abord stockées dans l’équipement puis transmises par lots grâce au système satellitaire Iridium. Le relief et la couverture forestière pouvaient momentanément perturber la transmission. Les données manquantes ont finalement été récupérées dans la mémoire de l’appareil, ce qui est très utile pour reconstituer a posteriori un parcours, beaucoup moins pour avertir un éleveur au moment exact où un prédateur approche.

Un second obstacle est encore plus évident : il faut d’abord capturer le loup. Le cas étudié par l’OFB était particulier puisque l’animal avait été pris accidentellement avant d’être équipé. Passer à un programme ciblé imposerait de localiser puis de capturer volontairement des individus, de poser des colliers, d’en assurer le suivi technique et de renouveler l’opération lorsque des animaux arrivent sur un territoire ou le quittent. Le droit devra également être précisé. L’arrêté du 23 février 2026 encadre explicitement la capture de loups à des fins de recherche scientifique par l’OFB, le Muséum national d’histoire naturelle, INRAE ou le CNRS. Le scénario d’un réseau opérationnel d’alerte destiné aux élevages n’est, lui, pas décrit dans cette disposition.

Loup : la protection par GPS a ses limites

Même parfaitement opérationnel, un collier ne renseigne que sur l’animal qui le porte. C’est une limite essentielle si l’objectif consiste à prévenir une attaque. L’expérience récente de l’OFB est éclairante : lorsque la louve suivie a été abattue à proximité d’un troupeau ovin, elle était accompagnée d’un second loup. La géolocalisation du premier animal n’équivalait donc pas à un recensement permanent de tous les prédateurs présents dans le secteur.

Le même raisonnement vaut pour une meute. Équiper un individu peut donner de précieuses informations sur l’utilisation d’un territoire, les déplacements ou certaines habitudes. Mais le silence d’un système d’alerte ne prouverait pas qu’aucun loup ne se trouve près d’un troupeau. Un individu non équipé peut circuler séparément. Un jeune en dispersion peut également traverser une nouvelle zone. Pour devenir un véritable dispositif de sécurité, l’outil devrait donc être présenté aux éleveurs comme une information supplémentaire et non comme une garantie d’absence de risque.

La mobilité enregistrée par l’OFB donne d’ailleurs la mesure du problème. 634 kilomètres en 65 jours suffisent à montrer qu’un individu peut couvrir un espace considérable. Plus on souhaite des positions fréquentes, plus se posent aussi les questions d’autonomie du collier, de transmission des données et d’organisation du système d’alerte.

C’est précisément à ce stade que la proposition d’Annie Genevard doit encore être documentée. « Il faut bien trouver des solutions », a déclaré la ministre. Mais pour mesurer l’utilité réelle du GPS, il faudrait connaître le nombre d’animaux visés, la fréquence prévue des localisations, les modalités de capture, les territoires tests, le délai de transmission d’une alerte et la conduite à tenir pour l’éleveur après sa réception. Sans ces paramètres, la faisabilité technologique est établie, pas l’efficacité opérationnelle.

Protection face au loup : d’autres moyens existent

Le GPS arriverait, s’il était retenu, dans une boîte à outils déjà bien remplie. L’aide publique à la protection des exploitations prend en charge différents surcoûts liés au gardiennage renforcé, aux chiens de protection, aux clôtures électrifiées ainsi qu’aux études et à l’accompagnement technique, détaille le ministère de l’Agriculture dans son dispositif 2026. En février 2026, le gouvernement indiquait maintenir environ 40 millions d’euros par an de financement public pour ces mesures de protection.

À ce stade, la proposition d’Annie Genevard est donc une piste technique à instruire, au côté de moyens de protection, d’alerte et de défense qui existent déjà.

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Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

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