Côtes andalouses : un hôtel illégal sera démoli en Espagne après 10 ans de litiges

L’hôtel de la plage de l’Algarrobico est condamné à être détruit par le Tribunal Suprême espagnol, en défense du parc naturel de Cabo de Gata dans lequel il fut construit. C’est un tournant et une victoire pour les côtes espagnoles tant malmenées.

Côtes andalouses : un hôtel illégal sera démoli en Espagne après 10 ans de litiges

L’hôtel de la plage de l’Algarrobico, à Carboneras (Almería, Espagne), construit en 2003 dans un parc naturel protégé, sera démoli après 10 années de procédures judiciaires.

Ce symbole de la spéculation et la destruction de la côte, est bâti  à peine à 10 mètres de la mer, et envahit 100 mètres de la bande de domaine public maritime-terrestre. Il est situé en plein parc naturel de Cabo de Gata-Níjar, une zone inclue dans le Réseau Natura 2000, le réseau européen de protection environnementale.

Le Tribunal Suprême espagnol, la cour de dernière instance du pouvoir judiciaire du pays, a récemment condamné le bâtiment à la démolition : un succès pour la protection des côtes dans une zone très sensible du pays.

Le Tribunal a conclu le 18 février que l’hôtel a été construit de manière illégale sur des terrains appartenant à la Junta de Andalucía, le gouvernement de la région du sud de l’Espagne. La construction avait été paralysée depuis 10 ans, et plusieurs groupes activistes comme Greenpeace, WWF et SEO/BirdLife réclamaient sa démolition dans un souci de protection des côtes. Mais, la procédure judiciaire a été très longue et compliquée, suite à plusieurs réclamations de la part des promoteurs de l’hôtel et des investisseurs concernés.

Protection des côtes: un hôtel illégal sera démoli en Espagne après 10 ans de litiges

L’hôtel de l’Algarrobico (Carboneras, Espagne) © Greenpeace

Les responsabilités politiques de la protection des côtes

L’entreprise promotrice de l’hôtel, Azata, recevra 2.3 millions millions d’euros comme paiement pour le terrain. Mais l’entreprise réclame 70 millions au gouvernement local de Carboneras, à la Junta de Andalucía et au Gouvernement Central qui ont accordé les permis de construction.

Cette réclamation est encore en procès auprès de l’Audience Nationale. Les entités publiques n’ont eu recours au droit de préemption qu’après la forte polémique suscitée par la construction de l’hôtel en 2006. Mais, déjà à ce moment-là, Azata avait déjà engagé tout le projet et 95 % de l’hôtel était bâti.

L’argument principal de l’entreprise est que ses promoteurs disposaient d’un permis de construire légal, soutenu par le gouvernement local. Le projet de l’Algarrobico n’était par ailleurs que le sommet de l’iceberg : un plan était prévu pour construire de nombreux autres bâtiments et hôtels, toujours dans le parc naturel de Cabo de Gata-Níjar.

Ainsi, le maire de Carboneras, s’est déclaré fort mécontent de la décision du Tribunal Suprême. L’élu est un ardent défenseur de l’ouverture de l’hôtel, pour les « emplois » et « l’attraction touristique » ; il considère que la démolition va « nuire au futur du village ».

Pour sa part, le gouvernement de la région, la Junta de Andalucía, avait défendu le projet et même donné son approbation pour les permis de construire. Cependant, après la forte polémique, la présidente de la Junta, la socialiste Susana Díaz, a déclaré qu’il s’agissait d’une « aberration urbanistique » contredisant la politique de protection des côtes de la région.

Le maire de Carboneras et l’entreprise Azata considèrent cette posture contradictoire et hypocrite, et accusent la Junta de mauvaise gestion, alors qu’ils avaient approuvé et même promu depuis son début la construction de l’hôtel de l’Algarrobico.

Le coût de la démolition de l’hôtel de l’Algarrobico

Selon les premières analyses réalisées par les techniciens, le coût de la démolition de l’hôtel de l’Algarrobico sera de 7,1 millions d’euros. Environ 400.000 mètres cubes de gravats devront être transportés, l’équivalent de 16 piscines olympiques, avec un coût d’environ 3.6 millions d’euros. On estime que 20.000 mètres cubes de ces résidus pourront être réutilisés.

De plus, l’hôtel a été construit en creusant dans la montagne. Ce trou devra être rebouché. Enfin, il faudra restaurer une surface de 65.800 mètres carrés et réhabiliter le terrain naturel, avec des espèces autochtones. Comble de l’histoire, tous ces coûts devront être couverts par les deniers publics.