Pollution des voitures : Volkswagen n’est pas seule à vous tromper

Le plus grand constructeur automobile du monde, Volkswagen, fait face à une levée de bouclier spectaculaire, pour avoir introduit un logiciel dans ses tests de pollution, falsifiant en sa faveur les résultats.

Pollution des voitures : Volkswagen n'est pas seule à vous tromper

D’autant plus spectaculaire que cela fait plusieurs années que les ONGs environnementales alertent sur le procédé et dénoncent le décalage entre théorie et réalité : les voitures à diesel, mais aussi à essence, polluent beaucoup plus dans le vrai monde qu’on ne vous le fait croire sur le papier. D’autant plus spectaculaire aussi que le PDG de Volkswagen nous promettait il y a quelques jours encore au salon automobile de Francfort des avancées technologiques majeures. Ou peut-être n’est-ce pas si surprenant ?

Plus ça change : Volkswagen vous trompe sur la pollution des voitures

Le constructeur automobile allemand, assuré de sa prédominance commerciale, n’hésite pas dans ses publicités à se présenter comme « Das Auto » : LA voiture, la vraie. Son statut de groupe économique majeur en Allemagne, symbole de la croissance économique outre-Rhin, où le secteur automobile emploie une personne sur sept, fait de sa tricherie « une affaire d’Etat » selon les termes du Wall Street Journal.

Jugez-en plutôt. « Das VW Skandal », tel que le nomme le Frankfurter Allgemeine Zeitung, a été révélé par une ONG américaine. Selon celle-ci, VW aurait truqué des tests antipollution, réduisant délibérément les taux d’oxyde d’azote soi-disant émis. La firme allemande a admis que les résultats étaient faussés et présenté des excuses, sans admettre avoir délibérément triché.

pollution des voitures

C’est une ONG américaine qui a chargé un chercheur de mesurer la pollution des voitures, expérience menée dans une petite ville des Etats-Unis. « Les chiffres nous ont stupéfaits, les différences sont énormes », ont déclaré ses représentants en dénonçant le logiciel truqueur qui falsifiait les données.

Ce scandale n’est pourtant pas nouveau. Depuis de nombreuses années, les ONGs européennes et américaines dénoncent le décalage entre les mesures effectuées dans les tests théoriques et la pollution réelle des voitures, en conditions de circulation normale.

La crise est suffisamment grave pour faire baisser l’action de 20 % lundi et menacer ses activités dans le monde entier. L’agence de protection américaine, la EPA, a menacé la firme d’une amende de 18 milliards de dollars. Dans la foulée, les actions d’autres constructeurs européens, soupçonnés d’avoir recours aux mêmes pratiques, sont également tombées.

Nous faisons face à un cas flagrant de tromperie des consommateurs et de dommages à l’environnement. J’attends de VW de révéler, sans faille, comment et jusqu’à quel point ces manipulations ont été conduites.
Jochen Flasbarth, ministre adjoint à l'environnement

 

La Commission européenne, qui a essayé par le passé d’imposer des limites d’émissions plus contraignantes sur les moteurs diesels aux constructeurs automobiles, a annoncé qu’elle initiait sa propre enquête.

Un coup dur pour l’image du « diesel propre »

L’image de la qualité allemande vient d’être sérieusement écornée, mais aussi l’idée du prétendu « diesel propre ». Le Ministre des Finances français Michel Sapin vient de demander une enquête au niveau européen. Les réactions politiques en cascade en Allemagne créent une tension rarissime entre monde politique et entreprise. Une crise d’autant plus surprenante que Volkswagen surfait depuis quelques jours sur ses annonces au salon automobile de Frankfurt la semaine passée, suggérant que d’ici 2020, Volkswagen aurait « transformé toutes ses voitures en smartphones sur roues », laissant entrevoir une transformation radicale du marché automobile.

Décalage avec le discours : « les voitures vont faire beaucoup plus que vous transporter »

Volkswagen, le constructeur automobile depuis longtemps synonyme de voitures de masse – pensez à la Coccinelle bien sûr – comptait se positionner par ces déclarations de son PDG, Martin Winterkorn, pour une ère dans laquelle la voiture accomplira beaucoup plus que le transport des personnes.

Volkswagen veut que toutes ses voitures envoient et reçoivent des données, en même temps qu’elles soient capables de se conduire seules. Le constructeur a aussi annoncé vouloir mettre sur le marché 20 véhicules électriques et hybrides rechargeables dans les cinq prochaines années, dans ses différentes gammes.

La menace d’Apple, Tesla et Google fait réagir les grands constructeurs

Ces annonces sont la réponse directe aux récentes annonces d’Apple et Google, ainsi qu’aux voitures électriques de Telsa. C’est aussi une tentative de se réinventer alors que le constructeur allemand fait face à des baisses de parts de marché aux Etats-Unis, et un ralentissement des activités en Chine, désormais son marché principal. La firme doit donc stimuler ses ventes en Europe.

Cette stratégie est mise en évidence d’ores et déjà par les prototypes Porsche Mission E et Audi e-tron Quattro, qui atteignent une autonomie de 500 kilomètres. Signe des temps, Martin Winterkorn a conclu : « Le leadership technologique ne se mesure plus seulement en termes de puissance chevaux, ni de torque ». Assurément, il faudra faire beaucoup plus désormais pour mettre en cohérence discours et réalité pour convaincre de manière crédible que les voitures Volkswagen sont réellement moins polluantes.