Pollution de l’air intérieur : avis d’expert

Vincent, l’animateur du blog de la consommation responsable Consommer Durable s’est penché sur le sujet de la pollution de l’air intérieur. Comme chacun sait et aussi étonnant soit-il, l’air intérieur de notre domicile, de notre bureau, est plus vicié que l’air extérieur.

Pour aller plus loin, Vincent a rencontré le professeur Damien Cuny, toxicologue spécialisé dans la pollution de l’air intérieur.

Pollution de l'air intérieur : avis d'expert

La pollution de l’air intérieur a connu récemment une actualité en la création d’un affichage environnemental sur les produits de décoration, d’ameublement et de construction de l’habitat. Peintures, papiers peints, vernis, colles, tapis sont désormais classés de A à C selon le potentiel d’émissions de polluants organiques volatils.

Aujourd’hui, j’ai eu l’occasion d’interviewer le professeur Damien Cuny, toxicologue spécialisé dans la pollution de l’air intérieur, exerçant au sein de l’université des sciences biologiques et pharmaceutiques de Lille. Nous avons fait l’état des lieux des moyens en matière de lutte contre la pollution intérieure, puis des bonnes pratiques à mettre en place pour limiter les risques.

Damien Cuny, toxicologue spécialisé en pollution de l’air intérieur, me reçoit dans son service à l’université de Lille 2

De multiples sources de pollution à la maison ou au bureau

L’air intérieur est plus pollué que l’air extérieur, pour l’évidente raison qu’il est moins fréquemment renouvelé. Aujourd’hui, la pollution par les ondes (wi-fi, portable…) vient s’ajouter à une longue liste de sources de pollution comme celle émanant des produits d’entretien (aux flacons jamais totalement étanches), des traitements (exemple de l’anti-puce pour les animaux), mais aussi les meubles (vernis), moquettes, tapis et parquets qui libèrent des substances toxiques… Sans oublier les désodorisants, bougies parfumées, encens, mais aussi les insecticides, la poussière et bien entendu, la cigarette.

Ne pas se calfeutrer

Si l’isolation des bâtiments est nécessaire pour améliorer la performance énergétique, renouveler régulièrement l’air et réduire les sources de pollution intérieure ne doivent pas être négligés. S’isoler ne signifie pas se calfeutrer !

Nous passons une grande partie de notre temps dans des espaces clos ; l’enjeu de santé publique est donc de taille ! Dans une pièce non aérée, le niveau de pollution peut atteindre jusqu’à trois fois la valeur recommandée par les autorités sanitaires. Améliorer l’air intérieur est l’affaire de tous : citoyens, collectivités, employeurs…

Le syndrome des bâtiments malsains

Apparu dans les années 80, le syndrome des bâtiments malsains regroupe un ensemble de signes annonciateurs d’une réaction à la pollution de l’air intérieur d’un logement, lieu de travail ou autre espace fermé. Cette succession de signaux avant intoxication ou allergie tels que nausée, maux de tête, réaction cutanée

Une ordonnance pour un diagnostic de la pollution interne de votre habitation

La prescription médicale de votre médecin ayant décelé des indices de début d’allergie ou de réaction physique à un habitat pollué peut vous permettre d’accéder à un diagnostic par un CMEI (Conseiller Médical de l’Environnement Intérieur) de votre domicile en termes de pollution de l’air intérieur. Bon à savoir. Certaines associations peuvent aussi vous conseiller et établir le bilan de votre logement.

Des outils pour lutter contre la pollution de l’air intérieur :

  • L’ensemble des données indirectes à prendre en compte est trop important pour pouvoir constater l’étendue des causes et effets de ce type de pollution. Cela dit, la prise de conscience générale ayant eu lieu est un signe positif de progrès en la matière.
  • La création de normes faisant office de valeurs guides, par l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur, ou par l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité de l’Environnement), permet de mieux appréhender la problématique.
  • L’affichage environnemental, en vigueur depuis janvier 2012, permet aux consommateurs d’être informés.

La pollution de l’air intérieur, enjeu de société

la qualité de l’air intérieur est un enjeu de société majeur qu’il est urgent de prendre en considération.

Seuls des obligations et contrôles systématiques, comme ils existent notamment pour les émissions de CO2 des chaudières, permettront de changer les comportements et obligeront l’ensemble des professionnels et les pouvoirs publics à s’investir dans cette problématique.

Cependant, si des contrôles systématiques sont nécessaires, tous s’accordent sur le fait que la mise en place d’obligations uniformes, qui ne prennent pas en compte les contextes géographique et environnemental sont contre-productifs et absurdes.

Il faut pouvoir faire des recommandations techniques en fonction des différents contextes car il n’existe pas de solution unique.

« Il serait raisonnable de faire évoluer la réglementation des logements, notamment étanches, avec des débits de renouvellement d’air plus importants, afin de répondre aux enjeux de santé, soulignés par les experts. Nous préconisons une approche progressive et expérimentale en profitant notamment des futurs labels environnementaux », déclare Pierre-Louis François, Président d’Uniclima.

 

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