« Mon climat » par Jacques Gamblin, le discours d’un militant du peu

En marge de la COP 21, la maison des écrivains a organisé une conférence du ‘Parlement sensible des écrivains’ : 21 discours d’auteurs réputés, dont celui de Jacques Gamblin, épatant et intitulé ‘Mon climat’.

« Mon climat » par Jacques Gamblin, le discours d'un militant du peu

En marge de la conférence internationale sur le climat (COP 21) organisée à Paris en novembre dernier, une autre manifestation organisée par la Maison des écrivains, initialement programmée le 14 novembre 2015 à l’Assemblée Nationale et baptisée « Parlement sensible des écrivains » a d’abord été annulée pour cause d’état d’urgence, puis reportée au 1er février 2016, où elle a finalement, et heureusement, eu lieu au théâtre du Vieux Colombier, à Paris.

Cette conférence, composée de 31 discours d’auteurs sur le climat, est restée relativement confidentielle jusqu’à la circulation ces derniers jours, d’un discours épatant, signé de l’un de nos plus grands auteurs et acteurs de théâtre, Jacques Gamblin. Parmi les 31 discours d’auteurs, celui-ci, intitulé « Mon climat », est une invitation à prendre conscience de l’urgence écologique et à agir chacun à notre petit niveau.

Écrit avec la plume brillante, sincère et drôlatique qu’on reconnaît à Jacques Gamblin, ce discours engagé, inspiré et inspirant, a enchanté la toile et ravi de nombreux internautes. À consoGlobe.com, en résonance avec notre mot d’ordre de « consommer mieux, vivre mieux », nous y avons également trouvé une source d’inspiration méritant d’être largement partagée.

Humble mais doté d’une rage vivifiante, signé de la main d’un être humain sensible, convaincant et sincère, le texte de Jacques Gamblin tranche avec une parole politique trop souvent engluée dans des discours plats et sans grande conviction. Espérons que ce discours dynamise et motive les plus hésitants et sceptiques d’entre nous.

Jacques Gamblin a dit : roulez à tout va !

Le discours, précis et enjoué, dure une vingtaine de minutes. Il met tout d’abord en avant les incohérences des médias et des discours sur le réchauffement climatique, tout en prônant une prise de conscience écologique rapide pour un avenir moins morose et porté par une volonté de changement, moteur indispensable de la vie et d’un monde plus joyeux.

Puis, Jacques Gamblin évoque la prédominance de la vérité individuelle sur la vérité universelle, un monde où « la consommation frivole et addictive » a pris le dessus sur le bon sens, un monde où l’individu veut posséder des choses qui ne lui appartiennent pas et qui l’immobilisent vainement. Un monde sans joie où la peur du changement paralyse, et où l’on préfère accuser et attendre plutôt que d’agir.

La vraie croissance est celle de l’être humain qui tente de répondre

La deuxième partie du discours tente de convaincre les auditeurs que chacun peut agir à son niveau et participer à cette aventure écologique, même si cela commence par quelques renoncements : « rien n’est à moi, ni ma maison, ni mon jardin, je vis sur un morceau de terre, sous un morceau de ciel qu’on me prête ».

Si l’on accepte d’être de passage et de respecter ce que l’on nous prête, alors on est plus joyeux et plus mobile, plus vivant aussi, car moins cramponné à des objets sans vie, inutiles et n’engendrant que la morosité.

On est aussi plus accueillant et plus entreprenant, à l’écoute des autres et des bonnes idées, lorsqu’on sort de ses marques. On a envie d’essayer tout simplement, on désire, on croît, on tente et on agit. « C’est cette joie-là que j’ai envie de soulever, de dire oui, on y va, on fonce, on est courageux… », insiste Jacques Gamblin.

Le monde associatif est joyeux parce qu’il agit, il ne tourne pas sur lui-même en agitant des phrases, son carburant n’est pas l’illusion. Quand des personnes passent une journée sur une plage ou dans une forêt pour y ramasser l’ordure, cela vous paraît peut-être très anecdotique, mais ces gens-là agissent et sont heureux de faire.
Jacques Gamblin

 

Faire des petites choses multipliées par des milliards de toutes petites

Chacun peut agir et tenter de rectifier les incohérences du monde moderne. Alors que tout le monde s’active à remettre du bon sens sur cette planète, pour laisser à nos enfants un bel héritage. Il est temps de « mettre de la terre et du ciel entre ses dents et de ne plus parler la bouche pleine en transpirant de la décision ». En d’autres termes, estime Jacques Gamblin, il faut « stopper la parlerie » et mettre la main à la pâte.

C’est en mélangeant nos efforts que l’on peut parvenir à un avenir collectif radieux, sous un vent porteur. Il faut écouter les « conquérants de l’ombre », entendre les porteurs de projets alternatifs, car eux sont dans le concret et cherchent des solutions, inventent une autre cohérence, un autre art de vivre moderne et sans frontières. Oui, chacun peut agir en consommant des légumes de saison, en triant ses déchets, en éteignant la lumière, en prenant soin de l’eau, ou en pédalant comme Jacques Gamblin, cycliste invétéré et convaincu, qui a fait du vélo son principal moyen de locomotion, quelle que soit la distance, l’effort, ou le climat.

Porté par cette ferveur, et sourire au lèvres, il conclut : « Ma colère est joyeuse, ma rage entreprenante, mon idéalisme chevillé au corps, ma capacité d’étonnement sans failles et ma naïveté lucide ». Qu’elle soit également contagieuse !

Illustration bannière : Jacques Gamblin lors de son discours au Parlement sensible des écrivains.