Portraits de marques

Avec Ikea, vivez « happy » et encouragez l’économie circulaire ?

Ikea est une marque incontournable de nos intérieurs. Mais donc aussi de la consommation de matières premières, de la production de déchets, des émissions de gaz à effet de serre dus aux transports nécessaires pour l’acheminement de ses produits. consoGlobe.com a donc fait le point avec Carole Brozyna-Diagne, directrice du développement durable pour la France pour la célèbre enseigne suédoise bleue et jaune.

Avec Ikea, vivez « happy » et encouragez l'économie circulaire ?

Interview de Carole Brozyna-Diagne, Directrice du développement durable d’Ikea France

consoGlobe.com – Vous êtes le 3e plus gros consommateur de bois au monde, derrière Home Depot et Lowe’s. Que faites-vous pour vous assurer que cette consommation de bois soit durable ?

Carole Brozyna Diagne directrice développement durable ikea

Carole Brozyna Diagne, Directrice du développement durable, Ikea

Carole Brozyna-Diagne – L’approvisionnement est crucial chez Ikea, car on est convaincu qu’il faut utiliser les ressources dans les limites de la planète. C’est une manière de pérenniser notre activité, donc c’est quelque chose sur lequel nous sommes très vigilants.

On a été parmi les fondateurs du label FSC dans les années 1990, et tout le travail de fond qu’on a initié avec nos partenaires de la filière bois a fini a par payer : on s’était donné l’objectif de 50 % de notre bois certifié ou recyclé d’ici 2017, mais on a atteint cet objectif depuis septembre 2015.

Aujourd’hui, 50 % du bois Ikea est certifié FSC ou provient de matériaux recyclés, ce qui représente 35 millions d’hectares passés en FSC.

consoGlobe.com – Et comment sont gérés les autres 50 % ?

CBD – Ça ne signifie pas que les 50 % autres soient mal gérés. Notre bois respecte des standards qu’on a définis, un code de conduite détaillé sur l’audit, le suivi, le respect des standards, par exemple pour s’assurer que le bois ne vient pas de zones de conflit.

Donc l’ensemble du bois utilisé par Ikea est géré suivant ces codes de conduite, et par ailleurs, nous travaillons à notre objectif 2020 : que 100 % de bois soient gérés durablement selon le label FSC, y compris tout le carton et papier que nous utilisons.

consoGlobe.com – La logistique est bien sûr un aspect essentiel de votre impact environnemental, de vos camions, mais aussi du trafic généré par vos magasins en général en périphérie de ville. Quelle est votre réponse à cet enjeu ? Par ailleurs, en 2014 vous nous indiquiez que 60 % de vos produits vendus en Europe étaient fabriqués sur le continent, mais qu’on « peut faire mieux », où en êtes-vous ?

CBD – Ce sont toujours 60 % de nos produits qui viennent d’Europe, et la Pologne est le principal pays de fabrication.

Au-delà, d’un point de vue environnemental, à l’échelle du groupe, la partie logistique flux de marchandises représente moins de 3 % de l’empreinte carbone. L’enjeu en France est plutôt de faire en sorte que nos clients et collaborateurs accèdent aux magasins de la manière la plus neutre possible. On a été les premiers distributeurs à proposer gratuitement des bornes de recharge électrique.

Quant au flux de transport en commun, on organise des navettes et du co-voiturage, et à Paris on livre nos clients grâce à des camionnettes qui roulent exclusivement au biogaz.

La partie logistique flux de marchandises représente moins de 3 % de l’empreinte carbone. L’enjeu en France est plutôt de faire en sorte que nos clients et collaborateurs accèdent aux magasins de la manière la plus neutre possible.

 

On organise aussi sur nos parkings de magasin, en partenariat avec Nissan, des séances d’initiation à l’utilisation des véhicules électriques, toujours dans notre démarche de sensibiliser à la mobilité durable, pour que les clients aient la possibilité de faire les bons choix.

Sur la partie flux de marchandises, on combine qualité, design et prix, et l’un des 11 principes que les designers doivent respecter, c’est-à-dire que la marchandise doit être transportée sans transporter de vide : nos camions ont toujours des chargements optimisés.

Ikea impose à ses designers une « scorecard » de 11 critères pour développer ses produits, résumés dans l’infographie ci-dessous.

ikea durable

consoGlobe.com – En tant que consommateur, on associe la marque Ikea au design nordique, mais aussi aux meubles peu durables, ne supportant pas les déménagements par exemple, et nécessitant d’être remplacés fréquemment. Que faites-vous par rapport aux déchets engendrés et pour faire que vos meubles durent plus longtemps ?

CBD – Nous avons été membre fondateur d’Eco-mobilier pour donner une seconde vie aux meubles. Mais, au-delà de cet aspect requis par la réglementation, notre travail au quotidien consiste à travailler en amont, nous pensons les meubles au départ pour les recycler au mieux, et les designers sont soumis à un certain nombre de critères. Ils doivent par exemple privilégier des matériaux recyclés, recyclables.

Concernant la durabilité, dans les armoires Pax, quand on accroche la charnière, la densité est plus forte par endroits qu’au milieu du placard. [NDLR – selon les informations fournies par Ikea, ce principe du BoBoard permettrait de réduire de 15% la matière première nécessaire dans la fabrication des meubles, donc de les alléger, mais aussi d’utiliser plus de matière recyclée]

Et le designer doit penser à la fin de vie du produit. Par exemple, pour une table avec des pieds en métal, on devra réfléchir comment chaque matériau pourra être valorisé à sa juste valeur à la fin de vie du produit.

Vidéo sur l’économie circulaire à Ikea

Deux produits aujourd’hui dans l’assortiment Ikea sont l’application parfaite des principes de l’économie circulaire, ce sont le sous-main Skrutt et le paillasson Ydby : on récupère nos propres déchets de plastique et plutôt que de les recycler dans une chaine externe, on les réinjecte dans la fabrication.

consoGlobe.com – Et que faites-vous pour la fin de vie des meubles ?

CBD – On sensibilise nos clients. On explique à nos clients qu’un meuble peut avoir une seconde vie, qu’on peut le brocanter, le donner.

On a instauré depuis quelques temps un service qu’on offre de manière permanente : on reprend le meuble s’il est en bon état et on vous le rachète à sa valeur. Il sera proposé à d’autres consommateurs au même prix dans le coin « bonne trouvaille », sans marge pour nous. Ce sont ainsi 20.000 meubles qui ont été rapportés dans nos 32 magasins.

consoGlobe.com – C’est bien, mais c’est marginal par rapport à ce que vous vendez.

CBD – Oui, ça reste marginal, mais ce qui nous tient à coeur c’est l’adéquation avec les besoins environnementaux, et les clients en redemandent. D’ailleurs, l’initiative au départ vient du magasin de Strasbourg, elle est née d’une discussion avec une cliente.

consoGlobe.com – Nos lecteurs souhaitent être maîtres de leur consommation. On voit apparaître ainsi des phénomènes de détournement des meubles Ikea, des « Ikea Hackers ». Comment voyez-vous ce phénomène et l’encouragez-vous ?

CBD – Au-delà d’une forte population de fans Ikea qui sont ravis par nos produits, on constate ce phénomène de hacking qu’on encourage sans forcément le sponsoriser. Ce sont des choses qui sont pleines de bon sens et de solutions, ça va dans la même direction que ce qu’on essaie d’encourager : un mode de vie plus durable à la maison.

J’ai vu par exemple que certains avaient détourné des arrosoirs en plastique recyclé, et posté sur des blogs comment ils s’en servent pour récupérer l’eau inutilisée pendant que l’eau chauffe sous la douche pour arroser leurs plantes.

86 % des Français seraient ravis d’économiser plus d’eau, d’énergie, et de déchets, mais ils ne savent pas comment s’y prendre.

 

Cela va dans le sens de l’étude « La Vie Happy » que menée par Mes Courses pour la Planète en partenariat avec l’Ademe, IKEA et Ilec-Prodimarques : comment peut-on faire changer de comportement les citoyens, quand on leur parle de changement climatique, de réduction de la consommation d’eau et d’énergie. La théorie est entendue, mais elle a beaucoup de mal à se traduire en transformation. Or, 86 % des Français seraient ravis d’économiser plus d’eau, d’énergie, et de déchets, mais ils ne savent pas comment s’y prendre.(2)

Dans notre expérience Durable & Vous menée l’an passé, nous avons coaché 230 foyers pour vivre une vie plus durable à la maison. On a montré que chaque foyer pouvait réduire sa facture de 150 euros. Ikea est une marque qui a un rôle pour montrer que c’est possible et facile, abordable.

consoGlobe.com – Dans vos efforts de responsabilité sociétale, quels sont vos autres grands axes de travail ?

Comme pour le bois, on a aussi l’objectif pour le coton qu’il soit géré durablement. Nous sommes 100 % coton durable depuis septembre 2015, mais surtout un des membres fondateur de la Better Cotton Initiative (BCI) depuis 2005. Aujourd’hui 100 % du coton dans des produits Ikea sont issus de sources gérées durablement, au même titre que les éclairages sont en 100 % LED.

C’est la technologie d’aujourd’hui et de demain, l’ampoule fait économiser 85 % d’énergie, elle va durer 20 ans, et elle sera donc largement rentabilisée

consoGlobe.com – Pourquoi n’avez-vous pas adopté un label de coton bio ?

CBD – On a préféré privilégier ce label-ci à un label strictement « coton bio », parce qu’on veut travailler à tous les aspects. Or, aujourd’hui, le coton bio reste plutôt centré sur l’aspect environnemental, et les aspects sociaux et économiques nous paraissent également importants.

Quand on veut certifier notre coton bio, on veut qu’il contribue aussi à une gestion durable. Aux Etats-Unis, on a un label « EEE » qui couvre tous nos principes et le bio, ce qui nous a permis d’accepter le label, mais on n’a pas encore l’équivalent au niveau mondial.

Sinon, on peut mentionner nos approvisionnements en pêche et aquaculture responsables, en thé et café certifiés, et nous proposons désormais une alternative végétarienne à nos boulettes suédoises, qui sont très demandées, toujours pour accompagner les changements.

consoGlobe.com – Parmi vos différents engagements pour « une planète positive », vous affirmez viser l’indépendance énergétique : qu’est-ce que cela veut dire concrètement, et qu’est-ce que cela couvre ?

CBD – Oui, l’entreprise s’est fixé l’objectif d’être autosuffisante en 2020 : produire autant d’énergie renouvelable qu’on va en consommer. Cela commence par diminuer notre consommation : on utilise plus de LED, des puits de lumière, des chauffe-eau solaires. En France d’ailleurs depuis 2010 on a diminué de 27 % nos consommations d’énergie.

En même temps on poursuit nos actions à travers la production d’énergies renouvelables, nous avons 29 éoliennes et 20.000 panneaux solaires. On a des magasins qui passent progressivement à l’autoconsommation, par exemple le magasin Avignon a déjà commencé son auto-production pour produire 40 % de ses propres besoins énergétiques, et sept autres magasins vont suivre cette année.