Le climat, enjeu majeur de la décennie

Le 46e Forum économique mondial de Davos s’est inscrit dans le sillage de la COP21 en plaçant le réchauffement climatique en tête des préoccupations majeures pour la décennie à venir.

Le climat, enjeu majeur de la décennie

À l’occasion de la 46e édition du Forum économique mondial, la station de ski de Davos accueillait la semaine dernière près de 2.500 participants sur le thème de la « Quatrième révolution industrielle ». Pendant trois jours, les chefs d’entreprises, universitaires, représentants politiques et ONG invités, se sont penchés sur diverses problématiques de premier ordre telles que la sécurité internationale, l’accès à l’emploi et l’utilisation de nouvelles technologies.

La question du climat est arrivée en tête du rapport « Global Risks 2016 »(1)qui recense chaque année les risques majeurs encourus par l’humanité sur la décennie à venir. Une première depuis la publication du rapport en 2006.

Sur 29 risques évalués par 750 experts, « l’échec de l’adaptation au changement climatique et des mesures prises pour l’atténuer » a devancé les risques engendrés par les armes de destruction massive, la pénurie d’eau, et les migrations à grande échelle. « Le changement climatique mine les acquis du développement », a déploré le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Parmi les problématiques majeures identifiées au cours de cette 46e édition, nombreuses d’entre elles ont un lien avec le réchauffement climatique. La sécurité alimentaire, les migrations, la crise de l’eau, les épidémies infectieuses, l’instabilité sociale, le manque d’emploi. « Tout est lié », a-t-on souligné à Davos(2).

« Il n’y a pas d’emploi sur une planète morte », a martelé Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. Et le Premier ministre norvégien, Erna Solberg, de rajouter : « Nous n’arriverons jamais à atteindre nos objectifs climatiques si l’équité sociale n’est pas acquise dans le monde ».

Le changement climatique mine les acquis du développement.

 

Une transition écologique indispensable en Chine

La Chine était au centre de l’attention, notamment en raison de son statut de « plus gros pollueur du monde ». Dans les années 1990, la République populaire de Chine a connu une croissance sans précédent. Elle est devenue la plus grande puissance économique au monde. Une évolution rapide qui a eu des effets désastreux sur ses écosystèmes et sa biodiversité.

Aujourd’hui, près de 20 % des plantes et 40 % des zones humides chinoises souffrent d’une dégradation importante. Les pics de pollution, rebaptisés « airpocalypse », sont de plus en plus nombreux, notamment à Pékin. En cause, le charbon qui fournit 70 % de l’électricité du pays, ainsi que l’explosion du trafic automobile.

Au cours des dix dernières années, le nombre de voiture a plus que triplé en Chine pour atteindre 74 millions de véhicules en 2011. Chaque année, plusieurs milliers de Chinois meurent de difficultés respiratoires et de cancers du poumon.

En 2011, la Chine a fait du développement durable, sa priorité dans son dernier plan quinquennal. Le pays a prévu de réduire ses émissions de gaz à effets de serre (GES) et de réduire le nombre de voitures en circulation. En 2014, le Président chinois Xi Jinping avait annoncé à Pékin que le pays atteindrait son « pic » d’émissions à l’horizon 2030. « La Chine accorde plus d’attention à la qualité, plutôt qu’à la quantité, lorsqu’il s’agit de croissance économique », a réaffirmé à Davos, Jiang Jianquing, Président de l’ICBC, plus grande banque de Chine et du monde.

L’après COP21

L’effondrement du prix du pétrole aux alentours de 30 dollars le baril, ne semble pas favoriser la transition énergétique. « À ce prix, il est beaucoup plus intéressant d’utiliser du pétrole que des énergies renouvelables qui sont encore chères », explique Nariman Behravesh, économiste pour l’entreprise de consulting britannique IHS Inc.

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Il est donc indispensable que les énergies dites « vertes » deviennent économiquement abordables pour tous les pays du monde, en mettant fin aux subventions aux énergies fossiles. À ce jour, peu d’États et d’institutions ont les moyens, le savoir-faire, ni même les outils nécessaires pour assurer leur transition énergétique, d’où l’importance des politiques publiques adoptées.

La ratification de l’accord obtenu à Paris en décembre 2015 devient une absolue nécessité pour limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle. À Davos, Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, a observé que bien que « la COP21 fut un succès, elle n’était que la partie facile » du processus.

L’accord de Paris sera soumis à ratification pendant un an à partir du 22 avril 2016, « Journée de la Terre nourricière ».(3) « L’accord entrera en vigueur après que 55 pays représentant au moins 55 % des émissions mondiales de GES auront déposé leurs instruments de ratification », selon les organisateurs de la COP21.

À ce jour, près de 200 pays ont soumis « leurs contributions nationales pour réduire leurs émissions de GES. Tous les 5 ans, chaque pays révisera – à la hausse – sa contribution nationale » et un premier bilan global aura lieu en 2023. Invité au Parlement européen mercredi dernier, le Ministre des Affaires étrangères français et président de la COP21, Laurent Fabius, a rappelé que « l’Union européenne a été l’une des premières à publier sa contribution nationale, en mars 2015 » et doit continuer « à montrer l’exemple » en ratifiant l’accord de Paris dès avril 2016. Il en va de l’avenir de notre planète.

Références :