Le savon de Marseille, il y en a des vrais… et surtout des faux. Ne bénéficiant d’aucune protection officielle sur son appellation, l’authentique savon de Marseille subit de plein fouet la concurrence des imitations venues de l’étranger qui usurpent son nom. Aujourd’hui, seules quelques savonneries perpétuent encore la fabrication traditionnelle en chaudron.
Le Sérail, Fer à Cheval, la Savonnerie du Midi ou encore Marius Fabre continuent de produire un savon selon la méthode historique marseillaise. Un savoir-faire artisanal qui séduit toujours autant, alors même que la majorité des savons estampillés « savon de Marseille » n’ont jamais vu la cité phocéenne.
Le savon de Marseille, un patrimoine français plusieurs fois centenaire
L’histoire du savon de Marseille remonte à plusieurs siècles. Les Gaulois utilisaient déjà des préparations à base de graisse et de cendres pour nettoyer le linge ou colorer leurs cheveux. Mais c’est à partir du XVIe siècle que la fabrication du savon prend une ampleur industrielle à Marseille.
Grâce aux huiles végétales importées par le port méditerranéen, les savonneries marseillaises développent rapidement leur activité. Sous Colbert, au XVIIe siècle, la qualité des savons est telle que le terme « savon de Marseille » devient progressivement un nom générique.
À cette époque, le savon se présente sous forme de grandes barres vertes de plusieurs kilos. En 1786, Marseille compte déjà 48 savonneries produisant près de 76.000 tonnes de savon par an.
Bon à savoir : le célèbre cube vert de savon de Marseille n’était pas seulement utilisé pour l’hygiène corporelle. Il servait aussi à laver le linge, nettoyer les sols, détacher les textiles et même entretenir certains cuirs.
L’industrie savonnière marseillaise restera florissante jusqu’à la Première Guerre mondiale avant de décliner progressivement après 1945 avec l’arrivée des détergents industriels et des savons synthétiques.

Pourquoi le vrai savon de Marseille est aujourd’hui menacé
Le savon de Marseille ne bénéficie d’aucune AOC, AOP ou IGP. Résultat : n’importe quel fabricant peut légalement vendre un produit sous cette appellation, même s’il est fabriqué à l’étranger et ne respecte pas la recette traditionnelle.
Aujourd’hui, selon les professionnels du secteur, 90 à 95 % des savons vendus sous le nom “savon de Marseille” seraient des imitations. Beaucoup sont fabriqués en Turquie, en Chine, au Maroc ou en Tunisie.
Le problème ne concerne pas uniquement l’origine géographique. De nombreux produits industriels utilisent des graisses animales, des additifs chimiques, des colorants ou des parfums synthétiques, très loin de la recette historique.
Vers une protection officielle du savon de Marseille ?
Plusieurs savonneries historiques se sont réunies au sein de l’Union des Professionnels du Savon de Marseille afin de défendre l’authentique procédé de fabrication. Leur objectif : obtenir une Indication Géographique Protégée (IGP) pour protéger enfin ce savoir-faire traditionnel français.
Comment reconnaître un véritable savon de Marseille ?
Face aux nombreuses copies, quelques détails permettent heureusement de reconnaître un savon authentique.

Une composition très simple
Le véritable savon de Marseille contient essentiellement des huiles végétales et de la soude. Traditionnellement, il affiche la mention « 72 % d’huiles végétales ».
Le savon peut être fabriqué à partir d’huile d’olive, d’huile de coco, de coprah ou parfois d’huile de palme. Les savons verts ou brunâtres contiennent généralement de l’huile d’olive, tandis que les versions plus claires utilisent davantage d’huile de coco.
Attention : si vous repérez dans la liste des ingrédients la mention sodium tallowate, il s’agit de graisse animale. Ce n’est pas un savon de Marseille traditionnel.
Un savon sans additifs inutiles
Un véritable savon de Marseille ne contient normalement ni conservateurs, ni colorants chimiques. Son odeur reste discrète et sa couleur peut évoluer avec le temps, justement parce qu’il s’agit d’un produit vivant et naturel.
Certains savons parfumés existent toutefois. Les parfums ou huiles essentielles sont alors ajoutés après fabrication, lors du broyage et du moulage à froid.
Le fameux cube estampillé
Le traditionnel savon de Marseille se présente souvent sous forme d’un cube de 600 grammes. Les six faces sont généralement estampillées avec :
- la mention « 72 % » ;
- le nom de la savonnerie ;
- la mention « pur végétal ».

Comment est fabriqué le savon de Marseille traditionnel ?
La fabrication traditionnelle repose sur un procédé long appelé « procédé marseillais ». La pâte est cuite en chaudron pendant plusieurs jours selon différentes étapes : empâtage, cuisson, relargage, épinage et liquidation.
Au total, le cycle de fabrication peut durer plus d’une semaine. Ce savoir-faire artisanal explique en partie pourquoi les véritables savons de Marseille coûtent plus cher que certaines imitations industrielles.
Le savon est ensuite moulé, découpé puis estampillé avant de sécher plusieurs jours.

Pourquoi le savon de Marseille reste aussi populaire
Le savon de Marseille séduit toujours autant grâce à sa polyvalence. Biodégradable, économique et généralement bien toléré par la peau, il est utilisé aussi bien pour la toilette que pour l’entretien de la maison.
Il sert notamment à :
- fabriquer une lessive maison ;
- nettoyer certaines surfaces ;
- laver les textiles délicats ;
- détacher le linge ;
- nettoyer les pinceaux ou certains cuirs.
Contrairement à certaines idées reçues, le savon de Marseille ne remplace toutefois pas systématiquement un désinfectant médical. Pour une plaie importante ou profonde, mieux vaut demander conseil à un professionnel de santé.
Recette simple de lessive maison au savon de Marseille
Fabriquer sa lessive maison reste l’un des usages les plus populaires du savon de Marseille.
Les ingrédients
- 80 g de savon de Marseille râpé
- 1,5 litre d’eau chaude
- 1 cuillère à soupe de bicarbonate de soude
- 1 cuillère à soupe de vinaigre blanc
La préparation
Faites fondre les copeaux de savon dans l’eau chaude en mélangeant doucement. Ajoutez ensuite le bicarbonate puis le vinaigre blanc une fois la préparation tiédie. Secouez avant chaque utilisation. Cette lessive maison permet de limiter les emballages plastiques tout en réduisant l’utilisation de détergents industriels.
Conseil : choisissez de préférence un savon de Marseille sans glycérine ajoutée pour éviter que votre lessive maison ne fige trop rapidement.
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