Santé mentale : combien coûtent les troubles psychiques en France ?

Hospitalisations, médicaments, arrêts maladie, indemnités et pertes de productivité : les problèmes de santé mentale représentent une facture considérable pour l’économie française. Une étude du cabinet Asterès évalue leur coût à 24,7 milliards d’euros par an pour les personnes en âge de travailler.

Rédigé par , le 9 Oct 2026, à 11 h 50 min
Santé mentale : combien coûtent les troubles psychiques en France ?
Précédent

Derrière ce montant se cachent des dépenses très différentes, réparties entre l’Assurance maladie, les complémentaires santé et les entreprises.

Santé mentale : ce que l’étude chiffre réellement

Les problèmes de santé mentale coûtent 24,7 milliards d’euros par an en France. L’Assurance maladie en supporte 60 %, les employeurs 31 % et les organismes complémentaires 9 %, estime le cabinet Asterès dans une nouvelle étude. Cette répartition donne une première indication de l’ampleur du phénomène. Elle montre surtout que les conséquences financières des troubles psychiques dépassent largement le seul remboursement des consultations et des traitements.

Pour mesurer le coût de la santé mentale, les économistes ont d’abord délimité la population étudiée. Leur analyse porte sur les personnes âgées de 20 à 64 ans, qu’elles occupent effectivement un emploi ou non. Une précision essentielle : le périmètre retenu ne se limite donc pas aux salariés en poste et ne couvre pas non plus l’ensemble de la population française.

Au total, 3,4 millions de personnes étaient concernées par les troubles ou les traitements étudiés en 2022. Parmi elles, 1,48 million présentaient une maladie psychiatrique identifiée dans le cadre d’une hospitalisation ou d’une affection de longue durée. Les 1,92 million restantes avaient reçu des traitements psychotropes sans relever de cette première catégorie. Cette seconde catégorie comprend notamment les personnes sous antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques ou neuroleptiques. Elle n’implique pas nécessairement une absence de maladie psychiatrique. Simplement, aucun diagnostic répondant aux critères d’hospitalisation ou d’affection de longue durée retenus par l’étude n’a été comptabilisé pour ces patients.

Sur le plan économique, Asterès distingue les dépenses effectivexment engagées des pertes de production. Les premières regroupent les soins hospitaliers, les consultations, les médicaments et les prestations versées aux assurés. Les secondes concernent notamment les conséquences des absences et des décès sur l’activité des entreprises.

En revanche, certains effets échappent au calcul. La souffrance psychologique, la dégradation de la qualité de vie ou les conséquences personnelles des troubles mentaux ne sont pas converties en euros. Les dépenses directement assumées par les ménages, notamment certaines consultations hors parcours de soins, ne sont pas davantage intégrées. Le stress et l’épuisement professionnel sont également exclus lorsqu’ils ne correspondent pas aux critères médicaux définis.

Autrement dit, les 24,7 milliards d’euros ne constituent pas le coût exhaustif de la mauvaise santé mentale en France. Ils correspondent à une estimation économique circonscrite, reposant sur des dépenses identifiables et des pertes de production modélisées.

Troubles psychiatriques : l’hôpital, premier poste de dépenses

C’est l’Assurance maladie qui absorbe la plus grande partie de la facture. Ses dépenses associées à la santé mentale des 20-64 ans atteignent 14,8 milliards d’euros par an. Le cabinet estime que cette somme représente environ 6 % de l’ensemble des dépenses remboursées par l’organisme.

Deux catégories se distinguent nettement. Les patients atteints d’une maladie psychiatrique concentrent 11,5 milliards d’euros, soit 78 % du coût étudié pour l’Assurance maladie. Les personnes recevant des psychotropes hors hospitalisation ou affection de longue durée psychiatrique représentent les 3,3 milliards d’euros restants.

Pour les maladies psychiatriques, l’hospitalisation domine très largement les dépenses. Elle représente 7,5 milliards d’euros, soit environ 65 % de la facture de cette catégorie. Ce poste comprend les prises en charge hospitalières associées aux pathologies étudiées. Il constitue, à lui seul, un poids financier supérieur à celui de l’ensemble des pertes de production estimées pour les employeurs.

Les soins de ville arrivent ensuite, avec 2,2 milliards d’euros. Ils regroupent les dépenses médicales remboursées en dehors de l’hospitalisation, notamment les consultations, les médicaments et les autres soins concernés. Enfin, les prestations en espèces représentent 1,7 milliard d’euros. Elles correspondent aux indemnités journalières et aux prestations liées à l’invalidité entrant dans le périmètre des calculs.

La hiérarchie change sensiblement pour les patients recevant des psychotropes sans maladie psychiatrique comptabilisée dans la première catégorie. Les soins de ville constituent leur principal poste, avec 1,6 milliard d’euros, selon Asterès. Les prestations en espèces atteignent 1,4 milliard d’euros, tandis que les dépenses hospitalières sont évaluées à 222 millions d’euros. Dans cette population, les arrêts de travail et les soins dispensés en dehors de l’hôpital occupent donc une place proportionnellement beaucoup plus importante.

Toutes les maladies psychiatriques ne pèsent pas non plus de la même manière sur les dépenses publiques. Les troubles addictifs arrivent en tête, avec 5,3 milliards d’euros pour l’Assurance maladie. Ils devancent les troubles névrotiques et de l’humeur, évalués à 3,6 milliards d’euros, puis les troubles psychotiques, qui représentent 1,5 milliard d’euros. Les autres catégories de pathologies constituent une part plus réduite de l’ensemble.

Cette différence apparaît également lorsqu’on raisonne à l’échelle individuelle. Le coût annuel moyen pour l’Assurance maladie d’un patient atteint d’une maladie psychiatrique est estimé à 7.800 euros, contre 1.700 euros pour un patient appartenant à la catégorie des traitements psychotropes, selon Asterès. Pour les troubles addictifs, la dépense moyenne dépasse même 16.100 euros par patient.

Un montant élevé ne traduit toutefois pas automatiquement une maladie plus grave. Il dépend aussi du parcours de soins, des hospitalisations, des traitements et des prestations versées. C’est précisément cette combinaison qui explique les écarts entre les différentes catégories.

Santé mentale : l’étude révèle la facture des complémentaires

Les mutuelles et autres organismes complémentaires occupent une place moins importante dans le coût global, mais leur contribution reste substantielle. Elle atteint 2,3 milliards d’euros par an. Contrairement à l’Assurance maladie, leurs dépenses sont principalement associées aux personnes sous psychotropes hors hospitalisation ou affection de longue durée psychiatrique. Ces patients représentent environ 1,5 milliard d’euros pour les complémentaires, contre 793 millions d’euros pour ceux souffrant d’une maladie psychiatrique comptabilisée dans la première catégorie. Cette répartition s’explique notamment par les règles de remboursement et le dispositif des affections de longue durée.

Lorsqu’une pathologie bénéficie d’une reconnaissance en affection de longue durée exonérante, les dépenses de soins correspondantes peuvent être prises en charge par l’Assurance maladie à hauteur du tarif de remboursement. L’exposition financière des complémentaires s’en trouve donc réduite. À l’inverse, les patients ne relevant pas de ce dispositif sont davantage susceptibles de faire intervenir leur couverture complémentaire.

Pour les maladies psychiatriques, les dépenses des complémentaires se concentrent essentiellement sur les soins de ville. Ceux-ci représentent 702 millions d’euros, contre environ 91 millions d’euros de dépenses hospitalières, selon Asterès. Les soins ambulatoires occupent ainsi une place particulièrement importante dans leurs remboursements.

Le phénomène est encore plus marqué chez les patients recevant des psychotropes hors des critères de la première catégorie. Les soins de ville atteignent environ 1,1 milliard d’euros, tandis que les hospitalisations représentent 402 millions d’euros. Les antidépresseurs et les anxiolytiques concentrent l’essentiel de ces coûts, devant les hypnotiques et les neuroleptiques.

À l’échelle d’un patient, les complémentaires supportent une dépense moyenne de 500 euros pour une maladie psychiatrique et de 800 euros pour un traitement psychotrope hors de la première catégorie. Cette différence reflète avant tout la répartition des prises en charge entre assurance obligatoire et couverture complémentaire.

Troubles mentaux : les entreprises face au coût des absences

Le troisième grand poste se situe du côté des employeurs. D’après les calculs d’Asterès, les problèmes de santé mentale des personnes en âge de travailler entraînent 7,6 milliards d’euros de pertes de production par an. Ce montant ne correspond pas à une somme directement déboursée par les entreprises, mais à une estimation de la richesse qu’elles ne peuvent pas produire dans certaines situations. Deux mécanismes sont pris en compte. Le premier concerne les arrêts maladie, qui réduisent temporairement la capacité de production. Le second porte sur les décès, susceptibles d’entraîner des pertes prolongées jusqu’à ce que les postes vacants soient pourvus et que les remplacements successifs aient permis de retrouver une organisation stable.

Dans cette estimation, les maladies psychiatriques représentent 3,4 milliards d’euros de pertes pour les employeurs, contre 4,2 milliards d’euros pour les patients recevant des psychotropes hors de la première catégorie. Les entreprises supportent ainsi davantage de coûts associés à ce second groupe, pourtant moins lourd financièrement pour l’Assurance maladie.

Les troubles névrotiques et de l’humeur constituent le premier poste parmi les maladies psychiatriques, avec 1,9 milliard d’euros de pertes de production. Ils précèdent les troubles addictifs, évalués à 696 millions d’euros, puis les troubles psychotiques, responsables de 454 millions d’euros. Les autres pathologies occupent une place plus limitée dans le bilan.

Du côté des patients sous psychotropes, les anxiolytiques représentent environ 2 milliards d’euros de pertes pour les entreprises, devant les antidépresseurs et régulateurs de l’humeur, avec 1,7 milliard d’euros. Les hypnotiques sont associés à 347 millions d’euros, contre 109 millions d’euros pour les neuroleptiques.

La prévention constitue un autre volet économique examiné par les chercheurs. Le cabinet estime qu’une division par deux des situations de forte tension au travail pourrait, sous certaines hypothèses, éviter près de 50.000 cas de prise d’antidépresseurs et générer environ 200 millions d’euros d’économies par an. Près de la moitié de cette économie potentielle bénéficierait aux employeurs.


Sondage : Êtes-vous victime de stress au travail ?



Journaliste de formation, Anton écrit des articles sur le changement climatique, la pollution, les énergies, les transports, ainsi que sur les animaux et la...

Aucun commentaire, soyez le premier à réagir ! Donnez votre avis

Moi aussi je donne mon avis