Les 6 piliers de la révolution énergétique, l’habitat (1)

Rédigé par Jean-Marie, le 12 Sep 2012, à 21 h 11 min

La rénovation énergétique de dizaines de millions de logement

maison bioclimatiqueUn gisement énergétique se trouve dans l’énergie qu’on ne consomme pas et donc dans les économies d’énergies. Et comme le chauffage représente aujourd’hui plus de la moitié de la consommation d’énergie en France, notre habitat est le premier concerné. La Basse consommation est donc un gisement énergétique évident pour le parc immobilier mondial et européen : la Commission européenne souligne que « Typiquement, la diminution de la consommation d’énergie requise pour correspondre à la définition nationale va de 30 à 50 % de ce qui est défini pour les bâtiments standards ».

Or, la « Basse consommation » n’est qu’une étape car on sait construire des logements qui brûlent 20 fois moins d’énergie que les anciennes habitations . Ces nouveaux habitats sont des producteurs nets d’énergie, les bâtiments « positifs ». « Les progrès sont faciles à faire au début, mais de plus en plus difficiles au fur et à mesure que l’on progresse », explique Thierry Salomon, qui préside l’association Négawatt, qui milite pour une économie moins vorace en énergie. « Il est très facile de ramener la consommation d’énergie d’une vieille maison de 400 à 100 kilowattheures par mètre carré et par an. Mais c’est beaucoup plus onéreux de passer de 100 à 40 kWh/m2/an. ».

Pourtant de nombreux écoquartiers en sont déjà là : À Eberswalde, un commune de 40 000 habitants dans le canton de Barnim à 60 km au au nord de Berlin, les énergies renouvelables sont partout. En plus de 90 centrales solaires, du gaz de décharge et de la biomasse (de bois), des parcs éoliens, des centrales à bois ou de biogaz se comptent par centaines. Le canton de 180 000 habitants arrive à produire 2 fois plus d’électricité qu’il n’en consomme.  En 2009, le canton couvrait déjà 150 % de ses besoins énergétiques. Ce qui prouve que l’idée d’une communauté territoriale sans hydrocarbures (et ici sans nucléaire) productrice nette d’électricité est non seulement possible mais a l’avantage de créer des emplois locaux. Cerise sur le gâteau, cette « exportation » d’électricité rapporte de l’argent au budget des collectivités qui ont investi.(5)

En France, à Mené, dans les Côtes-d’Armor, sept villages s’engagent eux aussi dans  une révolution énergétique progressive en s’appuyant sur des chaudières à bois, des éoliennes, une huilerie de colza ou une usine de méthanisation. Avec, comme but une autonomie énergétique totale d’ici 2030. C’est en réaction aux perspectives de désertification de leur territoire et après une visite en Autriche que les Bretons se sont décidé.

C’est en effet Güssing, un village pauvre d’Autriche qui le premier a décidé de s’affranchir du pétrole il y a vingt ans, devenant le premier village d’Europe 100 % autonome grâce aux énergies renouvelables, notamment avec la production de biogaz (ci-contre). En Bretagne, on dispose d’un gisement énergétique tout trouvé : le lisier.  Les boues issues de l’industrie agroalimentaire et les déjections de porc servent de matière première à une usine de méthanisation, qui consiste à laisser fermenter les déchets sans oxygène. La fermentation produit des biogaz (méthane et CO2) qui servent à produire de l’électricité.

>> On voit bien la somme énorme de talents, de matériels, de services qu’il faudra créer et mobiliser pour mettre tout notre parc d’habitations et de bâtiments aux normes de l’habitat positif. Les économies qui seront faites sur la facture énergétique nationale, qui a explosé en 2011, pourront être investies dans ce chantier à la rentabilité durable.

Rénover l’habitat, chantier gigantesque créateur de millions d’emplois

Au sein de l’Union européenne, le secteur de la construction et du bâtiment représente 10 % du PIB et 20 millions d’emplois. Booster le bâtiment a des effets directs sur l’économie globale. L’Allemagne qui dispose en moyenne de moins de soleil que la France a déjà convertit un million de bâtiments. Elle a pris, brutalement, la décision de se passer du nucléaire. Mais, moins spectaculaire mais plus important, elle s’est engagée dans la transition énergétique. Son économie consomme déjà moins d’énergie que la nôtre par unité de production.

L’habitat basse consommation en Europe

Faire que chacun chez soi devienne un producteur d’énergie a d’autres avantages.
Projet Maison AAnatura à strasbourgDébut 2012, seulement 20.000 maisons basse consommation avaient été construites dans l’UE, dont 17.000 en Allemagne et en Autriche. C’est très peu malgré les avantages environnementaux et économiques évidents. Mais les choses changent : 7 États membres ont défini ce qu’est un bâtiment basse consommation (Allemagne,  Autriche, Belgique, Danemark, Finlande, France, République Tchèque, Royaume-Uni). L’UE estime que l’amélioration énergétique des bâtiments résidentiels et publics nécessite un investissement de 25 à 35 milliards d’euros par an jusqu’en 2020 et que « Cela pourrait créer jusqu’à 1 million de nouveaux emplois d’ici 2020″.

La sécurité stratégique qu’apporte cette vision horizontale d’une économie alimentée par de l’énergie répartie localement en est le principal atout : en cas d’accidents, pas de risque de pénurie généralisée. Plus besoin non plus de dépenser des dizaines de milliards d’euros auprès de pays dont on s’accommode du modèle politique uniquement parce-que on ne peut faire autrement. Bref, l’habitat est le pilier majeur de la nécessaire révolution énergétique.

Habitat écologique sur l'eau aux Pays-Bas

Habitat écologique sur l'eau aux Pays-Bas

Mais ce sont aussi les infrastructures qui seront concernées. Tous les bâtiments et infrastructures le sont. Les projets sont déjà très nombreux : en Belgique, entre Paris et Amsterdam, vous aurez peut-être la chance d’emprunter une innovation du Plat Pays : un tunnel couvert de panneaux solaires. Ce tunnel de 3,4 km, situé en Flandre, permettra d’alimenter en électricité les trains circulant dans la région d’Anvers grâce à 16 000 panneaux solaires. (6) En Californie, le Suédois Mans Tham veut couvrir 24 km d’autoroutes de panneaux solaires dans le but de permettre aux conducteurs de baisser leur climatisation et afin de produire 150 GW par an. Un ingénieur américain, Scott Brusaw, va encore plus loin car sa société, Solar Roadways, se propose de remplacer l’asphalte des autoroutes par des panneaux photovoltaïque. Un peu comme avec les circuits de voitures téléguidées de son enfance, c’est de la route que viendrait l’énergie qui meut les véhicules.

Est-ce possible ?

Pensez aux ordinateurs géants des années 70.
C’étaient des unités géantes réservées aux grands industriels. L’informatique en était alors au point où est de nos jours la production énergétique : centralisée à l’extrême, verticale, … Mais elle a depuis réalisé sa révolution. Aujourd’hui, des milliards d’ordinateurs sont répartis dans les foyers du monde entier qui disposent ainsi d’une « énergie » informatique colossale. Ils sont distribués et communiquent dans un réseau informationnel, l’internet. Trente ans ont suffi à accomplir ce miracle. On ne l’aurait pas cru possible alors.

*

La semaine prochaine, le second pilier de la révolution énergétique


 

[5]. « Nous avons constaté que les 180 000 habitants du canton dépensaient des millions chaque année pour l’énergie(environ 139 millions d’euros en 2008, NDLR). Si on ne fait rien, cet argent quitte la région », constate Christine Schink, qui travaille depuis dix-sept ans pour le développement des énergies renouvelables dans le canton de Barnim. Avec l’augmentation des prix de l’énergie, les communes voient aussi leurs coûts de fonctionnement exploser. Elles ont décidé d’agir. Résultat ? Quelque 700 installations d’énergies vertes dans le canton de Barnim : 115 parcs éoliens, 590 centrales solaires, 7 de biomasse, 2 centrales hydrauliques. Soit une production de 183 mégawatts d’électricité, injectée dans le réseau en 2009, et rachetée par le gestionnaire.  À l’avenir, le canton devra aussi développer sa production de chaleur. Pour l’électricité, il existe suffisamment de surfaces libres pour implanter des éoliennes, des parcs solaires et de la biomasse. Mais plus difficile de mettre en œuvre des projets rentables pour la chaleur, car on ne peut pas la transporter très loin. « Il faudrait aussi construire des réseaux autonomes d’électricité, dans un premier temps pour les grandes entreprises, les cliniques, la société de bus, de traitement des déchets… puis des réseaux locaux pour les foyers de Barnim », estime Christine Schink (in http://www.bastamag.net/article1997.html)

[6] : 16 000 panneaux solaires ont donc été installés sur ce tunnel. Ceux-ci produiront 3300 MWh, permettant de faire circuler à terme pas moins de 4000 trains belges mais aussi d’alimenter la Gare d’Anvers.

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Jean-Marie Boucher est le fondateur de consoGlobe en 2005 avec le service de troc entre particuliers digitroc. Rapidement, il convertit ses proches et sa...

6 commentaires Donnez votre avis
  1. Ce serait fantastique, génial en effet si chaque habitation pouvait produire sa propre énergie. Hélas, à nouveau on ne se pose pas la question: avec quelle énergie? Et je parle ici d’énergie primaire, c’est-à-dire l’énergie qu’on trouve dans la nature avant toute transformation. Pour prendre l’exemple d’une éolienne: avec quelle énergie va-t-on construire, transporter, installer, entretenir, réparer et recycler une éolienne? Pas avec du vent, mais bien avec du pétrole! Du pétrole en effet, sous différentes formes, matière première, carburant, combustible, est nécessaire pour tout appareil de captage des énergies « renouvelables ». Par conséquent, pour l’instant, tout semble parfait tant que le pétrole coule à flot. Mais qu’en sera-t-il dans 30-40 ans lorsque nous nous serons débarrassés du pétrole, de gré ou de force?

  2. Il faut citer aussi l’association négaWatt – negawatt.org – qui publie « Changeons d’énergie » un petit ouvrage de 100 pages pour proposer une transition énergétique d’ici à 2050 respectant l’objectif de ne pas dépasser 2°C de réchauffement, sous réserve évidemment d’une volonté politique et d’une volonté populaire.

  3. Votre (vos) article(s) sur la révolution énergétique porte un autre nom sous la plume de Jeremy RIFKIN, dans son livre récent: la troisième révolution industrielle. J’attends avec impatience vos prochains articles pour savoir quel est le 6ème pilier de cette révolution (J. RIFKIN parle de 5 piliers de la TRI.)

  4. Hum en fait tous les liens entre crochets du texte le sont.

  5. Les liens [3], [4] (page 1), [5] et [6] (page 2) pointent vers des fichiers locaux du type C:\… et ne sont pas des liens web. Sont également dans le même cas tous les numéros entre crochets de la zone de liens, en fin d’article. On dirait qu’une conversion s’est mal faite lors du passage au web de l’article Word et de ses notes de bas de page !

    • Jean-Marie

      C’est corrigé. Merci de l’avoir signalé

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